« J’ai pris entre 15 et 20k par an » : 5 manœuvres pour un gap salarial réussi

12 janv. 2023 5min

« J’ai pris entre 15 et 20k par an » : 5 manœuvres pour un gap salarial réussi

auteur.e

Manuel Avenel

Journaliste chez Welcome to the Jungle

Qui n’a jamais pensé mentir sur son ancien salaire pour toucher plus au moment de changer de job ? Marlène, Jean-Christophe, Lola, Julia et Clémence nous racontent comment ils ont usé d’astuces pour obtenir un gap salarial.

Lorsqu’on décide de changer de taf, on est généralement mû par une envie de nouveauté et une recherche de meilleures conditions de travail. Après, on ne va pas se mentir, un salaire revu à la hausse est toujours un gros plus. Le chiffre qui s’affiche tous les mois en bas à droite sur notre bulletin de paie a son importance et il serait dommage de se priver d’un gap salarial dans ces conditions. Mais comment procéder ? Cinq salariés nous dévoilent les techniques (pas toujours honnêtes) qu’ils ont utilisées pour obtenir une revalorisation salariale au moment d’un changement de poste.

L’art de papillonner

« Au début de ma vie pro, je gagnais 27K par an, partage Marlène développeuse web. Je me suis rapidement mise à changer d’entreprise régulièrement, car j’ai compris que c’était la seule façon d’évoluer. Et quand on est une femme, la négociation est encore plus difficile et obtenir des gros gaps de salaire en interne l’est également. » La jeune femme change d’entreprise tous les deux ans en moyenne : « Par exemple, j’ai fait des gaps de 15 et 20k par an sur mes deux dernières prises de poste. » Même constat du côté de Jean-Christophe qui travaille dans le domaine paramédical. Pour lui, la négociation de salaire en interne est moins suivie d’effets qu’un changement d’entreprise : « Après deux ans dans une boîte, où j’avais réussi à négocier un petit peu mon salaire à l’entrée, j’ai changé d’entreprise et mon salaire brut s’est transformé en net. »

Tel un papillon qui butine de fleur en fleur, changer régulièrement d’employeur permet généralement d’empocher un salaire plus intéressant. D’ailleurs, les entreprises le savent et sont prêtes à plus de concession pour attirer un nouveau “talent”. Le glitch parfait. Selon une étude rémunération réalisée par le cabinet Robert Walters, le salaire des cadres déjà en poste devrait augmenter de 4% cette année, tandis que ceux qui changent d’entreprise peuvent espérer 17% d’augmentation de leur salaire.

Revenir chez un ancien employeur : l’effet boomerang

Lola, chargée de communication, se souvient de sa première expérience professionnelle, une alternance d’un an et demi qui lui a permis de faire ses premières armes. Malheureusement, faute de poste disponible à l’issue de la formation, cette dernière est allée apprendre chez d’autres. Six ans plus tard pourtant, la voilà de nouveau en poste chez son premier employeur. « Je suis ce qu’on peut appeler une salariée boomerang, puisque je suis revenue là où tout a commencé. Je n’ai pas eu de souci à me détacher de l’image de junior et cela s’est fait sentir dans les responsabilités qu’on m’a confiées et sur mon salaire. »

Prendre un job en télétravail depuis l’étranger

Autre astuce, trouver un job à distance dont l’entreprise se situe dans un pays ou une ville qui offre des perspectives salariales plus alléchantes que dans votre lieu de vie actuel. Un changement de perspectives qui est d’autant plus facilité depuis la démocratisation du télétravail.

« J’ai travaillé pour une boîte américaine par le biais d’une RH que je connaissais. Je savais que l’entreprise avait des salariés un peu partout quand on m’a proposé de m’embaucher comme commerciale », témoigne Julia, parisienne de 37 ans. En France, la jeune femme a déjà exercé dans ce domaine, au sein d’une start-up. Un poste à responsabilités pour lequel elle était payée 4500 euros bruts par mois. « Lorsque j’ai changé d’employeur, je gagnais 10 000 dollars par mois, c’était énorme pour quelqu’un en bas de l’échelle hiérarchique. » Cependant, Julia qui a déjà vécu aux États-Unis connaît bien les raisons de cet écart de rémunération outre-Atlantique. « En France, les loyers sont moins élevés, on n’a pas à payer la sécurité sociale, ni l’école pour les enfants… À New York, un appartement coûte 7000 dollars par mois de loyer, l’école 1000 dollars et l’assurance maladie s’élève à 400 dollars par personne et par mois. » Mais ce salaire à un prix, ses journées démarrent à 8h, lorsqu’elle amène son fils de sept ans à l’école et se termine à minuit, pour les dernières réunions en visio. Elle tient sept mois avant de quitter son poste, épuisée. « Après, je le referai sans hésiter, c’est certain », assure Julia qui a d’ailleurs entrepris les démarches pour obtenir une green card.

Mentir sur sa précédente rémunération : la technique du poker menteur

Clémence, aujourd’hui 28 ans, a commencé sa carrière par un stage qui s’est transformé en premier emploi : « On m’a proposé un salaire de 1900 euros bruts, sans négociation. J’ai accepté sans réfléchir, trop contente de débuter. » Mais, après un an à bosser dans cette boîte de production de télévision, elle entend parler d’un poste qui se libère dans une autre émission et décide de candidater, en même temps qu’une collègue dont elle est très proche. Alors qu’elles décrochent toutes les deux l’entretien, elles élaborent une stratégie : « On a convenu qu’on dirait qu’on touchait 2600 euros dans notre poste actuel. » Lorsque la directrice de production lui demande quelles sont ses prétentions salariales, la jeune femme prend sa meilleure poker face et tente le coup, « même si je ne me sentais pas à l’aise, admet-elle. J’étais prête à aller en dessous car c’était déjà bien au-dessus de ce que je gagnais, mais contre toute attente, ça a marché. » Clémence a depuis recommencé plusieurs fois. Assistante de production, elle postule pour un job de chargée de production dans un média digital. Cette fois, elle regarde tout de même le tarif minimum de la convention collective. « Il était à 2800 euros, et j’ai dit que je gagnais 3200 euros dans mon précédent job. Bingo ! », commente-t-elle. Pour que ça fonctionne, elle estime toutefois que le salaire demandé doit rester cohérent, mais aussi qu’il est important d’être à la hauteur de ses prétentions.

Bonus : Jouer la carte de l’honnêteté

Il n’est pas donné à tout le monde de faire preuve d’une telle roublardise, et on peut tout à fait réussir un gap salarial lors d’un changement d’entreprise en négociant. Pour se faire, Ann-Kristin Benthien, coach professionnelle, recommande de se préparer :

Il faut d’abord se poser la question suivante « Qu’est-ce que je vaux réellement ? » Pour cela, il ne faut pas hésiter à demander des conseils à son entourage professionnel et à faire un benchmark des salaires dans le secteur dans lequel on travaille. « C’est une réflexion importante qui permet de faire un travail de confiance en soi et d’arriver en entretien en étant sûr de ses forces », commente la coach. Cela permet aussi de faire preuve d’assertivité et d’oser dire “je vaux tant”. Secteur, entreprise (taille et politique salariale), plus on a d’informations, plus on sera capable de négocier et opter pour les offres d’emploi adaptées à nos prétentions :

  • Argumenter et sortir ses meilleurs atouts en rapport avec la fiche de poste ;
  • Proposer une fourchette de salaire plutôt qu’une somme fixe ;
  • Ne pas oublier que l’entreprise doit aussi nous convaincre.

Pour Ann-Kristin Benthien, la négociation va dans les deux sens : « Il faut montrer au recruteur qu’on a nous aussi le choix et rééquilibrer le rapport de force. L’idée est de dire : je ne suis pas dans l’urgence, j’ai d’autres propositions. Cela permet de se faire désirer et aussi de ne pas prendre de décision à chaud. »

On peut aussi négocier le reste du contrat : les congés payés, l’assurance maladie, les avantages du CSE…

Article édité par Romane Ganneval, photo par Thomas Decamps

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