« De start-up à licorne, ma boîte s'est transformée en babyfoot géant »

De start-up à licorne, ma boîte est devenue un babyfoot géant

Il y a 6 ans, Nicolas (1) intégrait une petite boîte de trente salariés, farouchement convaincu du produit qu’il allait défendre bec et ongles, porté par la vision charismatique de son fondateur. Pour sûr, notre trentenaire a eu du flair en rejoignant cette aventure… car la petite boîte en question pèse aujourd’hui plus d’un milliard de dollars et son service est définitivement entré dans la vie des gens ! Une apogée qui a pourtant poussé notre interviewé à choisir volontairement de prendre la porte de sortie. Il nous explique pourquoi.

En 2015, après une expérience entrepreneuriale avortée, Nicolas rejoint sans le savoir une entreprise qui allait devenir l’une des plus belles licornes françaises. À cette époque, seulement 30 salarié·e·s en sont les artisans. Pour notre sémillant business developper, il s’agit alors de créer “from scratch” le réseau de clients de sa région. « À l’origine, ce qui me portait, c’était avant tout l’impact sociétal que pouvait avoir notre produit. Il allait considérablement améliorer la vie des gens. D’un point de vue professionnel, j’ai adoré intégrer cette boîte composée d’excellents entrepreneur.e.s qui partagaient la même vision et envie que moi », nous raconte-t-il. Pas de process, une énorme indépendance et beaucoup d’autonomie : Nicolas s’épanouit pleinement dans son job. Sans oublier qu’à cette époque, l’entreprise fonctionne sans hiérarchie. La plupart des employé.e.s répondent directement au CEO et travaillent en autonomie sur leurs projets et portefeuilles de clients.

« Quand je voyais les gens jouer au ping pong, je me sentais décalé »

Au fur-et-à-mesure, la start-up grandit et accueille de nouveaux arrivants. Peu à peu, les nouvelles têtes lui sont étrangères. « Je me sentais de plus en plus éloigné de l’état d’esprit des nouveaux entrants, qui avaient davantage une mentalité de salarié·e·s plutôt que d’entrepreneur·e·s. Concrètement, je n’étais pas sensible aux mêmes choses. Moi, je m’en fichais d’avoir des tickets resto, un macbook flambant neuf ou des cours de yoga ! Depuis le départ, je luttais pour la survie de la boîte, et j’étais resté dans cet état d’esprit très défensif. Cette entreprise, c’était en quelque sorte mon bébé, et clairement, je n’avais pas le temps de me préoccuper de ce type “d’avantages”. Moi qui étais tout le temps sur le terrain à me décarcasser pour réaliser mes objectifs, lorsque j’allais au siège et que je voyais des gens jouer au ping pong, je me disais que nous étions vraiment dans deux sphères différentes », se souvient Nicolas.

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« Je me suis retrouvé avec trois managers au dessus de moi »

Malgré ces déclarations, ne voyez dans son discours aucune amertume. « Je suis tout à fait conscient que le risque de perdre l’état d’esprit initial est inhérent à ce type d’ascension de boîte. Pour attirer les nouveaux talents nécessaires à l’évolution de la start-up, il fallait structurer ces avantages car pour certains profils, ils sont essentiels en termes d’attractivité. Au passage, c’est très intéressant d’observer ce qui change au sein d’une boîte quand on met en place un Comité d’entreprise », souligne-t-il.

Sans aigreur, Nicolas constate que « l’entreprise était irrémédiablement devenue de plus en plus processée, ce qui casse totalement l’esprit d’entreprise, et chaque maillon de la chaîne est devenu plus petit ». Le sentiment de n’être plus qu’un simple rouage dans la machine est l’une des autres causes de son départ de l’entreprise. « Moi qui n’avais pas de hiérarchie, j’ai fini avec trois managers au-dessus de moi. L’entreprise est également devenue de plus en plus silotée, avec l’arrivée de personnes très expertes dans leur domaine. Du coup, j’avais le sentiment d’avoir de moins en moins d’impact au quotidien », explique-t-il.

Dans le même temps, Nicolas sent que ses possibilités d’évolution s’amenuisent, d’autant plus qu’il est en 100% télétravail, ce qui semble desservir l’avancement de sa carrière. « Comme cela se passe souvent dans les start-up devenues scale-up, on va chercher des talents surdiplômés à l’extérieur de l’entreprise pour prendre des postes à responsabilités. De mon côté, j’ai eu de la chance car mes managers faisaient tout de même partie des premiers arrivants, et avaient donc à mes yeux une grande légitimité. Mais j’ai constaté ce phénomène dans beaucoup d’autres départements », analyse-t-il.

« On finit par atteindre les limites de son adaptabilité »

En dépit de tous ces changements, Nicolas continue à aimer cette boîte qu’il a contribué à faire grandir. Mais il sent qu’il est temps pour lui d’aller chercher une nouvelle expérience. « À moins d’être totalement passionné par son poste, je crois qu’à un moment, on finit par atteindre les limites de son adaptabilité. Cela m’a donc donné envie de revenir à une boîte de plus petite échelle », nous confie-t-il avant d’ajouter : « Avec ce témoignage, je ne veux pas du tout que l’on ressente de la frustration. J’ai adoré assister à cette incroyable ascension. C’est simplement que j’ai fini par me sentir en décalage. »

Désormais, Nicolas va poursuivre son aventure dans une start-up dix fois plus petite mais en hypercroissance, au niveau hiérarchique de son ancien N+3. « Je vais devoir inventer tous les process, créer une équipe, booster les ventes. C’est ça qui me passionne. Je sais qu’au final, je vais atterrir au même endroit que dans ma précédente boîte, mais au moins, cette fois, c’est moi qui pilote l’avion », conclut-il.

(1) Le prénom a été modifié

Photo Thomas Decamps pour WTTJ, article édité par Éléa Foucher-Créteau

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