Candidats : un turnover élevé dans une entreprise doit-il vous inquiéter ?

Doit-on postuler dans une entreprise qui a un fort turnover ?

Le turnover, autrement dit, le nombre de départs et le nombre d’arrivées dans une entreprise, au cours d’une année donnée rapportés au nombre de salariés, a mauvaise presse. Ce taux de rotation ou taux de renouvellement en bon français serait le signe qu’une entreprise est incapable de retenir ses talents, et le symptôme de conditions de travail mauvaises, voire toxiques. Chez Forbes, on lit carrément qu’« un fort turnover est généralement le signe d’un mauvais management, d’un faible engagement des salariés ou d’attentes irréalisables, au minimum. » Chez Gen20, on affirme qu’« Une entreprise qui ne garde pas ses salariés est une entreprise pour laquelle vous ne devriez pas travailler. »

Quand on postule dans une entreprise, cet indicateur peut être intéressant à surveiller pour savoir à quelle sauce on risque d’être mangé. Mais le taux de renouvellement dans une entreprise est-il toujours le signal que quelque chose ne va pas ? Peut-il y avoir un « bon » turnover ? En tant que candidat, faut-il malgré tout postuler dans une entreprise où les salariés vont et viennent ? On fait le point.

Décrypter le taux de turnover

Il importe d’abord d’identifier le taux de turnover de l’entreprise dans laquelle vous vous apprêtez à postuler. Mais ce chiffre n’est pas facile à trouver. Il vous faudra poser la question pendant vos entretiens, voire approcher des salariés de l’entreprise pour évaluer son atmosphère de travail et sa capacité à retenir les talents.

Dans cette recherche, il peut vous être utile d’avoir quelques ordres de grandeur en tête. D’abord, le turnover de manière générale a beaucoup augmenté ces 25 dernières années. D’après les chiffres de la Dares, au premier trimestre 1998, le taux de rotation en entreprise (tous secteurs d’activité confondus) était de 10,4 %. Au 4e trimestre 2017, il atteignait les 25,7 %. Selon un document élaboré par l’INSEE en 2014, « la rotation de la main d’œuvre a presque quintuplé en trente ans », à la faveur de l’émergence de « formes particulières d’emploi » (intérim, CDD, contrats aidés, apprentissage). Pour 2021, l’Insee a établi le taux de rotation moyen à 15 %. À moins de 5 %, on pourrait donc considérer donc que le turnover est faible, et qu’il est élevé à partir de 15 %.

Mais cette moyenne recouvre de très vastes réalités selon les secteurs. L’Insee observe ainsi que dans le commerce, les nouvelles technologies et la prospection, le taux de rotation peut aisément dépasser les 50 %. Si vous postulez dans les métiers de service comme l’hôtellerie, la restauration et le tourisme, vous pouvez vous attendre à un turnover autour de 70 %. Certaines activités sont aussi prisées de « mercenaires » qui ont tendance à passer d’une entreprise à l’autre assez rapidement, sans que les organisations elles-mêmes soient en cause. C’est le cas des agences de communication ou de publicité, entre autres. « Dans les start-ups, par exemple, les positions ‘sales’ connaissent généralement un très fort turnover, mais je dirais que c’est par nature, éclaire Lilas Duvernois, analyste dans le private equity. Ce sont des mercenaires, c’est rare qu’ils restent. »

Sortis de ces cas particuliers, si l’on considère, comme Forbes, qu’un fort turnover est mauvais signe, cela veut-il dire qu’il vaut mieux postuler dans des entreprises où il est le plus faible possible ? Pas forcément. Comme l’explique la DRH Dominique Podesta, un trop faible turnover peut aussi trahir un manque de dynamisme, une difficulté de l’entreprise à injecter du sang neuf. Pour elle, il existe un “bon” turnover, qui renouvelle la vie de l’entreprise et permet aux salariés d’évoluer…

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De quoi le turnover est-il le signe ?

Si vous décidez de postuler pour une entreprise qui a un taux « anormalement » élevé de turnover pour son secteur, il est important de vous poser les bonnes questions. Pourquoi les salariés s’en vont-ils ? Forcément, on suspecte en premier des conditions de travail dégradées, voire toxiques. D’après une enquête menée par Tinypulse, certaines des causes principales du turnover sont le burn-out, l’absence de perspectives d’évolution et le manque de reconnaissance. Un autre facteur de poids est le salaire : selon un rapport publié par Paychex, 69 % des salariés qui quittent leur entreprise le font parce qu’ils ne sont pas assez payés. Et 53 % parce qu’ils ne se sentent pas valorisés dans leur travail.

Mais il existe des cas où les causes sont moins alarmantes : l’entreprise peut être en train de pivoter ou de se restructurer, elle peut aussi être en recherche de contrats courts pour l’aider à accélérer sa croissance et faire entrer de nouveaux talents ou elle peut encore faire évoluer rapidement ses salariés et avoir besoin de les remplacer à leur ancien poste… Des questions habiles lors de l’entretien peuvent vous aider à évaluer les raisons sous-jacentes d’un turnover élevé mais nous y reviendrons.

Dans les cas où les conditions de départ ne sont pas roses, tout n’est pas perdu pour autant : après une crise qui pousse de nombreux salariés vers la sortie, l’entreprise peut être conduite à réévaluer ses conditions de travail, ses modes de management, voire ses salaires et donc offrir de meilleures conditions de travail. N’oubliez pas que, pour l’organisation, un taux de renouvellement élevé coûte horriblement cher : selon une étude du Work Institute parue en 2019, remplacer un employé perdu coûte jusqu’à 33 % de son salaire annuel. Chaque année, les entreprises américaines perdent 600 milliards de dollars à cause du turnover. L’organisation auprès de laquelle vous postulez a donc tout intérêt à être capable de vous attirer et, surtout, de vous garder.

Vous pouvez aussi décider d’utiliser l’entreprise comme marchepied pour acquérir de nouvelles compétences, élargir votre réseau, mettre un pied dans un secteur différent – et prévoir de la quitter assez rapidement si elle n’offre pas de bonnes conditions de travail sur le long terme. Mais si c’est le cas, assurez-vous de bien savoir ce que vous attendez du poste, pour vous-même et votre carrière, avant de vous mettre dans une situation potentiellement difficile.

L’enjeu, face à un potentiel employeur avec un fort taux de turnover, est donc double : d’une part, déterminer si ce taux est aussi mauvais signe qu’on a tendance à le dire ; de l’autre, évaluer honnêtement si une entreprise en pleine crise ou en pleine croissance (c’est selon) est le bon endroit pour continuer de vous faire avancer. Et ça, il n’y a que vous qui pouvez le savoir.

Nos conseils pour évaluer si le turnover est bon ou mauvais signe pour vous

1. Faites vos recherches sur Internet

D’abord, vous pouvez consulter les avis des salariés sur l’entreprise sur des sites comme Glassdoor, chercher des articles ou des communiqués de presse récents qui peuvent vous éclairer sur sa stratégie, écouter ou lire les discours des dirigeants s’ils s’expriment dans des podcasts, des articles ou des émissions. Il vous faudra probablement lire entre les lignes et vous méfier de la langue de bois corporate, mais vous pourrez ainsi récolter de précieux indices.

2. Sondez le recruteur lors de l’entretien

Fort.e des informations que vous avez récoltées, vous pouvez poser certaines questions à la personne avec qui vous passez votre entretien. Par exemple : « Comment la nouvelle stratégie de l’entreprise s’est-elle traduite de manière opérationnelle ? » / « J’ai cru voir que vos équipes avaient beaucoup changé ces derniers mois : êtes-vous revenus à une situation plus stable ou êtes-vous encore en train de restructurer l’organisation ? » / « Dois-je m’attendre à certains changements dans mon équipe si je rejoins l’entreprise ? » / « Est-ce un remplacement ou une création de poste ? Pourquoi mon prédécesseur est-il parti ? » Tout autant que ses réponses, l’attitude de votre interlocuteur devrait vous informer un peu plus sur la situation de l’entreprise.

2. Contactez des salariés et d’anciens salariés

Rien de mieux pour évaluer une ambiance de travail que d’aller chercher l’information à la source. Par contacts interposés ou par LinkedIn, contactez des personnes qui connaissent l’entreprise de l’intérieur. Un ex-salarié parlera peut-être plus librement, mais une personne qui est encore dans l’entreprise pourra aussi vous éclairer sur son fonctionnement actuel. Posez des questions simples : « Comment évalueriez-vous l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée dans cette boîte ? » / « Comment décririez-vous l’atmosphère et les conditions de travail ? » / « J’ai vu que l’équipe avait beaucoup changé ces derniers mois, est-ce que vous savez à quoi c’est dû ? » / « Pourquoi avez-vous choisi cette entreprise et qu’est-ce qui vous y plaît ? »

3. Soyez au clair avec vos propres attentes

Si l’équilibre entre votre vie professionnelle et votre vie privée, le sens au travail ou l’épanouissement sont des priorités pour vous à ce moment de votre parcours, il est important de ne pas rogner dessus. De même, si vous avez envie de passer un bout de votre carrière dans cette entreprise, n’ignorez pas certains signaux d’alerte. À l’inverse, si vous avez l’intention de n’y passer que brièvement pour booster votre CV (c’est un choix comme un autre !), essayez tout de même de vous assurer que les conditions de travail ne vous mèneront pas au burn-out en quelques mois…

Article édité par Gabrielle Predko et Manuel Avenel photo Thomas Decamps

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