« J’ai toujours adoré me moquer des mantras pros, et si je m’étais trompée ? »

Se moquer des mantras : et si on faisait fausse route ?

Sur les réseaux sociaux, les mantras pour réussir au travail et gagner en motivation sont partout. Et si je me trompais en me moquant systématiquement de ces phrases pseudo-inspirantes ?

« La réussite n’est pas définitive, l’échec n’est pas fatal : c’est le courage de continuer qui importe. » Cette phrase n’est pas sortie d’un manuel de développement personnel, elle n’a pas non plus été prononcée par un speaker lors d’un Tedx, et n’est pas affichée dans les locaux d’une start-up parisienne… Enfin pour ce dernier point, ça reste à vérifier. Quoi qu’il en soit, elle est l’œuvre du génialissime Winston Churchill, devenu un peu malgré lui le plus grand pourvoyeur de phrases inspirantes et de mantras professionnels du début du 20e siècle et dont les mots trouvent une nouvelle résonance sur les réseaux.

Vous l’avez peut-être déjà remarqué, mais aujourd’hui lorsque vous vous promenez sur Pinterest, Linkedin, ou Instagram, vous avez de grandes chances de tomber sur des posts mettant en scène des phrases inspirantes comme celles de Churchill ou de Confucius, si on est plus sensible à la philosophie chinoise, décorés de cadres pailletés, le tout passé dans des philtres vintage. Mais comment se fait-il que de nos jours, des personnes glorifient certaines de ces phrases « inspirantes » pour se motiver, attirer le succès, déculpabiliser ou gagner en sérénité au travail ? Suis-je la seule à trouver ridicule le fait de prononcer ces mantras à haute voix pour mieux s’en imprégner, un peu comme le font les personnes qui sont convaincues par la loi de l’attraction (croyance consistant à se concentrer sur des pensées positives pour qu’elles se réalisent, ndlr) ?

Une origine indienne millénaire

Pour comprendre mon hermétisme, j’ai décidé de me pencher sur l’origine très ancienne des mantras. J’ai ainsi découvert que dans l’hindouisme, le bouddhisme, le sikhisme et le jaïnisme (religion indienne apparu au Xe siècle avant notre ère, qui permet d’après ses adeptes d’atteindre l’illumination, ndlr), les mantras étaient des formules sacrées, des invocations, des instruments d’action et de salut qui « soi-disant » aidaient à améliorer le bien-être physique et mental.

Depuis leur apparition, on les utilise pour guérir des maladies (puisque censés harmoniser les rythmes de l’organisme, ndlr), apaiser l’âme et protéger l’esprit. L’étymologie du mot mantra en témoigne : « man » désigne l’esprit, et « tra » est une forme verbale de protéger en sanskrit, une langue indienne. Aussi, pour libérer toutes leurs puissances, ces formules doivent être répétées pendant plusieurs minutes, en position de méditation.

Évidemment de nos jours l’usage a évolué, exit la méditation et la guérison de maladies, mais le principe reste le même : réciter à voix haute des phrases courtes avant une action particulière pour se donner de l’énergie ou se protéger de pensées négatives. Même le médiatique psychiatre Christophe André dit en être un fervent adepte. Quand il est submergé par les tâches à accomplir, ce dernier explique qu’il répète plusieurs fois la phrase suivante : « Fais de ton mieux, et n’oublies pas d’être heureux. »

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Le droit aux coups de moins bien au travail

Bonheur, réussite, motivation au travail, voilà tous les prétendus pouvoirs des mantras et c’est justement là que mon agacement pointe le bout de son nez. Comme je considère qu’ils font partie de ce que j’appelle « la dictature du bonheur au travail » - ensemble de pratiques de discours au sein des entreprises qui vantent l’émancipation des salariés et le sens au travail depuis les années 1980 -, je refuse de m’adonner à cet usage qui doit me donner un coup de peps quand j’ai un coup de mou ou… de flemme et qui plus est, m’obligerait à me remettre dans le droit chemin. J’estime que comme n’importe qui, j’ai le droit à la paresse et ce n’est pas un vilain défaut que de s’y complaire.

D’autant que dans les mantras, il y a un peu de tout et surtout beaucoup de moins bien : du « un de perdu, dix de retrouvés », célèbre phrase de réconfort post-rupture qui fonctionne aussi bien quand on a perdu son travail, au « no pain, no gain » en français « on n’a rien sans rien » pour nous aider à nous dépasser et à travailler comme un forcené pour obtenir ce que l’on mérite vraiment, en passant par la célèbre citation d’Oscar Wilde « il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles » et la très culpabilisante phrase de Charles Barkley « si vous avez peur d’échouer, vous ne méritez pas de réussir »… Il y en a pour tous les goûts et toutes les situations professionnelles. Si chacun peut y trouver son compte, de mon côté, je préfère prendre les choses comme elles viennent et écouter mon intuition. Et surtout, j’estime que ce n’est pas en criant une phrase à haute voix dans mon petit studio parisien que je me sentirais mieux. Au mieux, ça me fera rire, rien de plus.

Pour la science les mantras ont bien une influence sur le corps

Seulement, en voyant le nombre des adeptes des mantras je m’interroge. Est-ce que je ne passerais pas à côté de quelque chose ? Et d’ailleurs, que dit la science à ce sujet ? En 2018, une très sérieuse étude parue dans l’American Journal of Psychiatry, révélait que la répétition silencieuse d’un mantra atténuait les symptômes de stress post-traumatique chez les vétérans de guerre. D’autres recherches, conduites cette fois-ci par la chercheuse en psychologie Gemma Perry, ont également montré que le fait de dire à haute voix le « Om » augmentait l’attention, la positivité, l’altruisme et le sentiment de cohésion sociale. Ses conclusions sont sans appel : répéter un mantra en silence ou en chantant induit bien des modifications au niveau des neurones et permet de réduire l’anxiété.

Aussi, ne pensez pas que cette pratique soit réservée aux seuls méditants expérimentés. Selon les travaux de Luciano Bernardi, professeur en médecine interne à l’université de Pavie en Italie, les personnes non formées à la méditation bénéficient également d’une intense relaxation lorsqu’elles répètent un mantra.

Pour avoir fait quelques cours de yoga je comprends l’effet relaxant de cette pratique, mais quid de la réussite professionnelle et du regain de motivation ? Rien ne permet de vérifier l’influence qu’ont les mantras à ce sujet. Pour moi, cela relève donc plus de la méthode Coué qui considère que la guérison des malades se fait non seulement par l’administration de médicaments, mais aussi par l’état d’esprit dans lequel ils abordent leur situation. En d’autres termes, pour aller bien, il suffit parfois de se convaincre que l’on va bien. Et ce qui fonctionne dans la vie personnelle s’applique tout autant dans le cadre professionnel.

Après ce petit tour d’horizon, je ne suis toujours pas convaincue que de réciter des mantras m’aide vraiment à progresser et à m’épanouir au travail. Il n’en reste que cette pratique aussi étrange soit-elle, semble aider plus de personnes que je ne le pensais. Et si c’est bon pour d’autres, alors promis, j’arrêterai de me moquer de celles et ceux qui vantent leurs mérites. Aussi, comme ça ne peut pas faire de mal, je vous en donne un dernier pour la route, signé cette fois-ci Richard Branson, le PDG de Virgin Group : « Si quelqu’un vous offre une opportunité incroyable mais que vous n’êtes pas sûr d’en être capable… Acceptez. Et apprenez à le faire plus tard. » À bon entendeur.

Article édité par Gabrielle Predko
Photo par Thomas Decamps

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