« Aider votre manager en manque de confiance n’est pas votre boulot »

19 janv. 2023 5min

« Aider votre manager en manque de confiance n’est pas votre boulot »

auteur.e

Lauren Dunmore

Content specialist passionate about storytelling

Au travail, on ne fait pas beaucoup plus stressant et épuisant qu’un mauvais N+1. C’est une tannée à vivre au quotidien. Tout ça peut finir par affecter notre qualité de vie et notre bien-être mental.

Les études montrent qu’il y a un lien clair entre les « occasions de ressentir de la satisfaction au bureau » et notre capacité à ressentir de la satisfaction dans la vie tout court. C’est ce que dit Mental Health America, une association de sensibilisation aux sujets liés à la santé mentale. Autrement dit, il ne faut jamais sous-estimer l’impact que peut avoir sur nous un manager qui a oublié (ou jamais connu) le vrai sens du mot leadership.

Dans la catégorie des managers qu’on n’a pas envie d’avoir, je demande celui qui a zéro confiance en lui (ou pas loin). Si vous vous dites peut-être que ceux-ci sont inoffensifs et pas du genre à vous écraser, ils peuvent en revanche avoir tendance à projeter leur propre sentiment d’insuffisance sur les membres de leur équipe. Et tout le monde finit par se sentir stressé, découragé, pas digne de confiance. Christian Adames, doctorant en psychologie à l’université de Columbia (New York) à l’origine de divers travaux sur les parcours professionnels et la santé mentale, nous a aidés à comprendre la psyché des personnes qui manquent de confiance en elles alors qu’elles occupent un poste de management, et donné des clés pour s’en sortir avant de sombrer.

Est-ce que votre boss manque d’assurance ?

Un leadership bancal peut être le fruit de nombreux facteurs. Certaines attitudes doivent malgré tout vous mettre sur la piste du manager en mal de confiance. Selon Christian Adames, il y a par exemple le fait d’étaler ses petites victoires ou belles réussites devant les autres, en les rabaissant mine de rien. Si votre manager excelle dans l’art de la fausse modestie, c’est probablement mauvais signe.

Ce sont souvent des adeptes du micromanagement, avec une tendance à verser dans les commentaires passifs-aggressifs. De manière générale, ces managers affichent un manque de confiance éloquent envers leur propre équipe. Ils rechignent beaucoup à admettre leurs « faiblesses » et peuvent imposer à leurs N-1 des objectifs bien trop élevés. Des attentes irréalistes qu’ils appliquent souvent à eux-mêmes aussi, souligne Christian Adames. « De la même manière qu’une personne qui a une piètre image de son corps ne va pas se priver de critiquer celui des autres. Si votre boss a un gros manque de confiance, il y a des chances que ce soit vous qui receviez des critiques sur votre façon de travailler. Votre boss trouve des choses à redire sur votre travail parce qu’il ou elle n’est pas content du sien. » Il n’y a pas forcément de malveillance derrière ces critiques, qui ne sont surtout pas à prendre personnellement, prévient Christian Adames. « Le problème vient de cette personne, pas de vous. »

Comment gérer la situation ?

Il peut être tentant de rassurer votre N+1 dans l’espoir de voir les choses s’améliorer. Le conseil de Christian Adames ? Ne vous lancez pas là-dedans.« Aider votre manager n’est pas votre boulot. C’est du ressort d’un thérapeute. » Par contre, l’idée n’est pas de subir et de voir votre N+1 pourrir la vie de tout le monde au bureau. Voici quelques bonnes attitudes à adopter pour souffler un peu et vous faciliter le quotidien :

Trouvez du soutien en dehors du bureau

Pas facile de vous concentrer et de bien avancer sur vos dossiers dans un contexte compliqué. Bonne nouvelle : rien de vous oblige à le vivre comme une traversée du désert en solitaire. Christian Adames recommande d’en parler, de vous confier à votre famille, vos amis ou un thérapeute. Le simple fait de vider votre sac peut vous faire du bien – et vous permettre éventuellement d’avoir un regard extérieur sur la situation. Pour ne pas ressasser en rentrant chez vous, prévoyez des choses après le travail, retrouvez des gens que vous aimez. Si votre journée a été particulièrement difficile ou pénible, appelez quelqu’un de proche ou vos parents, et racontez-leur ce qu’il s’est passé. Si la situation dégénère au point d’affecter votre santé mentale, n’hésitez pas à pousser la porte d’un cabinet de thérapie.

Évitez à tout prix de critiquer votre boss au bureau ou avec vos collègues. « J’ai eu une patiente qui s’était un peu lâchée au sujet de sa boss lors d’un afterwork, et son collègue avait tout répété à l’intéressée, raconte Christian Adames. Ça a eu des conséquences assez graves pour ma patiente, les choses sont devenues encore plus toxiques qu’avant. » Pour ne pas que cela vous arrive, jouez la carte de la sécurité et n’en dites pas trop à vos collègues.

Faites preuve de transparence

Un ou une boss qui manque d’assurance peut avoir la fâcheuse tendance à remettre en question votre productivité, voire carrément votre implication professionnelle. Dans ce cas, un mot d’ordre : la transparence. Créez un tableau dans lequel vous notez ce que vous faites, vos dossiers bouclés, etc. Tenez votre N+1 au courant de vos différents sujets en cours. Subir toute forme de micromanagement est frustrant, et devoir en arriver là pour montrer que vous bossez bien peut être pénible, mais cela vous aidera à montrer que vous êtes digne de confiance. Cette manière de créer un dialogue peut faire baisser l’inquiétude chez votre boss. Vous pourrez peut-être espérer qu’il ou elle vous laisse ainsi un peu plus d’autonomie.

Reconnaissez ses points forts

On ne le dit jamais assez : ce n’est pas votre job de régler les problèmes de votre boss ou de poser un diagnostic sur ses comportements. Il peut en revanche être utile de ne pas vous focaliser sur le négatif. « Regardez quels sont ses points forts et ce qu’il ou elle peut quand même vous apporter », conseille Christian Adames. Son truc, c’est Excel ? Allez lui demander un coup de main quand l’occasion se présente. Vous appuyer sur ses compétences bien réelles vous aidera à progresser professionnellement parlant et à montrer à votre boss que son expertise a de la valeur à vos yeux.
« Vous n’avez aucun pouvoir d’action sur son manque de confiance en elle ou en lui, mais mettre l’accent sur ses points forts peut lui donner un petit coup de boost positif. » Lui remonter le moral ne réglera bien sûr pas le problème de fond, mais adopter un état d’esprit positif vous fera du bien, et cela pourrait aussi inciter votre boss à être un peu moins critique.

Parlez-en

Une personne qui manque de confiance en elle n’est pas nécessairement perdue pour la cause. Certains managers ne réalisent même pas que leur comportement ruisselle sur leur équipe et affecte tout le monde, et sont finalement OK pour remédier à la situation. Si vous pensez que ce serait le cas de votre N+1, ça peut valoir le coup d’en parler. « Ne lui sortez pas de but en blanc que c’est un problème de confiance en soi. Non, l’idée c’est de signaler certains comportements et de lui expliquer la manière dont vous les vivez. » Christian Adames conseille cette technique à ses patients qui rencontrent ce type de situation au bureau.
Il recommande de poser les choses en expliquant « Quand il s’est passé X et Y, ça m’a fait me sentir Z. Je sais que ce n’était pas mal intentionné de ta/votre part, mais je voulais en parler avec toi/vous pour voir comment on pourrait faire les prochaines fois. »
Tous les managers ne sont cependant pas ouverts à ce genre de feedbacks. Assurez-vous que vous ne risquez rien, côté professionnel ou relationnel, en allant sur ce terrain. Vous devez bien connaître votre manager et sa manière de communiquer avant d’émettre le moindre retour critique.

Faites le point

Aucun job ne mérite que vous sacrifiiez votre santé mentale. Si la situation en est arrivée au point où votre vie hors du boulot en pâtit, l’heure est peut-être venue de chercher ailleurs. Comment savoir si c’est le cas ? Christian Adames invite ses patients à faire par écrit, le pour et le contre. Ça peut vous aider à constater que la liste des « pour » (la démission) est plus longue que celle des « contre ». Si c’est l’inverse, peut-être que ça vaut le coup de patienter un peu. Après ce temps d’introspection, demandez leur avis, si c’est pertinent, à vos proches, à vos amis. Prenez le temps de voir comment vous allez et ce que tout cela vous fait. La situation est-elle devenue trop difficile à gérer ? Si la réponse est « Oui », pourquoi ne pas mettre votre CV à jour et passer à la suite ?

Article traduit par Sophie Lecoq ; Photo de Thomas Decamps

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