Management interculturel : comment accompagner vos équipes internationales ?

19 oct. 2023

4min

Management interculturel : comment accompagner vos équipes internationales ?
auteur.e
Daphnée Breytenbach

Journaliste freelance

contributeur.e

Mondialisation, accélération des échanges, projets transfrontaliers... Dans un contexte où l'on travaille de plus en plus avec d'autres pays, la notion de management interculturel prend tout son sens. Mais de quoi parle-t-on et comment l'appliquer ?

Dans un monde (du travail) globalisé, la gestion d’équipes internationales est devenue incontournable. Néanmoins, les différences culturelles peuvent présenter des défis de taille, voire engendrer des conflits. C’est là qu’intervient le management interculturel. Pourquoi est-il crucial, comment le mettre en place et tirer le meilleur parti de la diversité culturelle au sein de vos équipes ? Malalatiana Ursenbach, spécialiste en conseil, formation et accompagnement de projets transnationaux, nous répond.

Management interculturel : de quoi parle-t-on ?

« Le management interculturel, c’est une discipline qui se concentre sur la gestion des équipes et des organisations, dans un environnement culturellement diversifié », explique Malalatiana Ursenbach. En somme, il s’agit de réfléchir aux relations intra-personnelles avec la perspective des différences culturelles. Le but principal de la démarche étant d’optimiser les synergies et d’anticiper les potentiels conflits. « Un bon management est essentiel pour favoriser la communication. Dans le contexte de la réflexion sur l’interculturalité, l’idée est de les sensibiliser à cette question. Généralement, ce type de différences ne provoque que peu de problèmes de fond, c’est plutôt une question d’approche, de manière de demander les choses… », note-t-elle.

Par différences culturelles, il faut comprendre représentations et valeurs qui caractérisent chaque culture. On parle donc ici de comportements, de perceptions ou encore d’usages professionnels. La question principale n’est pas celle des origines, mais plutôt le contexte dans lequel on évolue, notre environnement, nos fréquentations… « Quand on travaille avec des collaborateurs de différents pays, on peut se trouver face à des incompréhensions qui paralysent des projets, raconte Malalatiana Ursenbach. Par exemple, il y a quelques années, j’ai eu l’expérience d’une personne ayant vécu un deuil, et qui devait clôturer urgemment un projet. Le chef avait du mal à la joindre et lui mettait la pression, car le marché devait être conclu. Résultat : froissée, elle est restée injoignable, et tout a pris du retard. En s’informant sur les usages du pays en question quant au deuil, le manager aurait su qu’il lui fallait avoir beaucoup plus de tact. Finalement, ils ont différé les échéances, se sont excusés auprès du collaborateur et ce dernier s’est remobilisé. »

Un management qui intègre les différences

Pour reprendre l’exemple du deuil, le management interculturel est une aptitude à prendre en considération les us et coutumes de collaborateurs travaillant parfois loin. Il inclut la gestion des différences de valeurs, de croyances, de comportements, d’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle… « Tout ce qui touche à l’interaction entre individus, c’est du management interculturel. Les sujets abordés peuvent être la diversité, l’inclusion, la manière de négocier… », détaille Malalatiana Ursenbach. Le management interculturel, c’est donc une approche globale qui implique de gérer au sein de ses équipes des divergences diverses et variées… « Tout ce qui implique de l’interaction entre les individus peut être concerné par cette notion d’interculturalité. »

Imaginons un manager français qui se trouve avec une équipe américaine sous ses ordres… Il pourrait se sentir déconcerté par l’usage des Anglo-Saxons consistant à s’appeler par leurs prénoms quel que soit leur place dans l’organigramme, là où chez nous, nombre de milieux restent attachés à l’utilisation des civilités et au vouvoiement, qui sous-tendent une marque de respect face aux supérieurs hiérarchiques. « À titre personnel, j’ai accompagné des projets où des associations françaises travaillaient main dans la main avec des structures locales en Afrique de l’Ouest. Chez nous, la culture du résultat et de l’écrit prime, là où certains pays africains mettent l’oral en valeur et ont des difficultés à comprendre notre côté procédurier. Cela peut créer de vrais problèmes pour de simples questions de communication ! », explique Malalatiana Ursenbach.

En effet, ces différences culturelles sont un challenge en ce sens que les comportements, les normes et les valeurs d’une autre culture nous sont souvent inconnus et que nous avons des difficultés à les interpréter. « Et puis, le management interculturel ne concerne pas seulement l’étranger ! Si on reste en France, il peut être intéressant d’accompagner une personne qui changerait de région pour un poste, car entre Paris et Marseille, il y a déjà une rencontre culturelle. Sans compter la question générationnelle, qui peut aussi jouer beaucoup », ajoute la spécialiste.

Mettre en place le management interculturel : mode d’emploi

Des formations en management interculturel existent. Elles sont conçues pour répondre à ce genre de problématiques et permettent de prendre conscience de ses propres valeurs culturelles, pour une meilleure gestion des équipes. Le défi ? « Utiliser cette diversité pour mobiliser ses collaborateurs. L’idée, c’est de prévenir les conflits, de faire des différences un moteur pour l’équipe, d’être en mesure de repérer les talents même si on ne comprend pas tout à fait leur manière de travailler, d’être capable de partager à tous, aussi, sa vision de l’entreprise », précise Malalatiana Ursenbach.

Pour ce faire, voici ses conseils :

  • Tout d’abord, n’ignorez pas les différences culturelles. Le concept de « color blindness » (ou dans ce cas « culture blindness »), utilisé dans les milieux militants pour désigner les écueils d’une approche qui consiste à ignorer les différences entre les individus, est encore bien trop répandu dans le monde de l’entreprise.
  • Ensuite, soyez attentifs aux détails, par exemple au choix d’une langue commune pour faciliter la communication. Vous pouvez, en parallèle, encourager vos collaborateurs à apprendre quelques phrases dans d’autres langues, pour rendre votre approche plus inclusive.
  • Important aussi : luttez contre les stéréotypes ! Prendre conscience des différences culturelles de chacun ne doit pas mener à s’appuyer sur des idées reçues pour expliquer le comportement de ses collaborateurs… Afin d’éviter cet écueil, intéressez-vous aux personnes qui travaillent sous vos ordres, apprenez à les connaître, pour ne pas les voir que comme les représentants d’une culture.
  • Enfin, mettez en place un management empathique. Gardez en tête, par exemple, que certains détails tels que des salutations peuvent être mal interprétés d’une culture à l’autre… Avec une approche bienveillante, vous serez en mesure d’éviter les incompréhensions.

Il est essentiel de se rendre compte que la diversité est une richesse dans une équipe, peu importe le domaine d’activité. « Avoir cette sensibilité culturelle, c’est une véritable plus-value pour l’entreprise et la première retombée d’un bon management interculturel, c’est l’innovation », conclut Malalatiana Ursenbach.


Article édité par Ariane Picoche, photo : Thomas Decamps pour WTTJ

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