« Comment j’ai empêché les crises d’angoisse de nuire à mon avenir pro »

08 déc. 2022 7min

« Comment j’ai empêché les crises d’angoisse de nuire à mon avenir pro »

auteur.e

Romane Ganneval

Journaliste - Welcome to the Jungle

Les attaques de panique (ou crises d'angoisse) sont fréquentes : presque une personne sur quatre en fera au moins une au cours de sa vie. Ce trouble anxieux n’en est pas moins impressionnant et peut avoir des conséquences importantes chez les personnes qui y sont sujettes, comme le fait de changer de trajectoire professionnelle dans une stratégie d’évitement. Transports, réunions, prise de parole en public… Voici quelques techniques pour mieux gérer les crises d'angoisse au travail et plus globalement dans sa vie.

J’étais encore étudiante en journalisme quand les attaques de panique (ou crises d’angoisse) sont venues assombrir mon quotidien. La première s’est déclenchée dans les transports, en rentrant d’un cours sur l’histoire de la presse en France. La journée n’avait été ni bonne ni mauvaise. Rien de particulier, avant que mon pouls ne s’emballe entre deux stations de la ligne 2 du métro parisien. En quelques secondes, je n’arrivais plus à reprendre mon souffle, ni à avaler ma salive. La barre du wagon glissait entre mes doigts et mes jambes tenaient péniblement debout. J’ai lancé un regard inquiet aux autres passagers : « Si je mourais tout de suite, est-ce que l’un d’entre-eux m’aiderait ? » Je cherchais du réconfort dans leurs yeux et en même temps, comme ce que je vivais n’avait pas de sens, je ne voulais pas qu’ils comprennent que quelque chose clochait chez moi. En sortant de la bouche de métro, poussée par un réflexe de survie, j’ai appelé une amie pour lui dire qu’il fallait me parler jusqu’à ce que j’arrive chez moi. J’étais complètement désorientée et pourtant, je crois que n’ai jamais marché aussi vite de ma vie. Code. Ascenseur. Clé. Une fois en sécurité, je me suis allongée sur le lit. Je suis restée plantée là, les yeux dirigés vers le plafond, les mains posées sur mon ventre. Les battements de mon cœur ont finalement ralenti. Je me suis endormie, vidée.

Quelques heures plus tard, j’ai allumé mon ordinateur pour comprendre ce que j’avais vécu et très vite, je suis tombée sur une définition assez évocatrice de l’attaque de panique. Aussi appelée crise d’angoisse aigüe, cette dernière se caractérise par l’apparition soudaine d’une crainte, d’une angoisse ou une appréhension intense, d’une peur ou une terreur. Elle est accompagnée de symptômes physiques et/ou émotionnels parmi lesquels on retrouve : des palpitations, une accélération du rythme cardiaque, une transpiration excessive, des tremblements, une sensation d’essoufflement ou d’étouffement, une douleur thoracique, un étourdissement ou une faiblesse, des frissons ou bouffées de chaleur, des nausées ou des douleurs abdominales… Ces manifestations sont parfois si brutales qu’elles peuvent évoquer une crise cardiaque et entraîner une consultation aux urgences. Je comprenais que je n’avais pas « failli mourir ». Tout allait bien, sauf mon cerveau qui me jouait des tours.

« Mon avenir professionnel était complètement lié à ma bonne gestion des attaques de panique »

Malheureusement, l’histoire s’est répétée et j’ai commencé à éviter toutes les situations qui pouvaient favoriser l’apparition de nouvelles crises. J’ai arrêté d’aller en cours, de prendre les transports… et progressivement, le périmètre des choses que je m’autorisais tenait entre les murs de mon appartement. Des proches sont venus m’aider et malgré les stigmates encore vifs, j’ai progressivement pu reprendre le chemin de l’école. Bien sûr, lorsqu’il a fallu trouver un stage, j’ai décidé de postuler dans les structures qui se trouvaient dans un périmètre de moins de trente minutes autour de chez moi. Habitant l’est parisien, il était par exemple hors de question de travailler à la télé ou en radio. Ma carrière était désormais circonstanciée à ma bonne gestion des attaques de panique.

Dans un environnement professionnel, je gérais plutôt bien mon trouble panique. Mais, dès que je sentais une crise monter, j’étais complètement désemparée et je cherchais un moyen de fuir. Il fallait que je trouve une excuse pour rentrer chez moi. Est-ce que je pouvais en parler à mon tuteur de stage ? Aux autres stagiaires pour qu’ils puissent éventuellement me couvrir ? Il y a dix ans, on ne parlait pas de santé mentale au travail et comme j’avais encore tout à prouver, je ne voulais pas qu’on m’écarte de certains projets « parce que j’étais fragile ». Je n’ai rien dit et quand ma cheffe me disait que je n’avais pas l’air dans mon assiette, je bottais en touche préférant parler d’insomnie. Au bureau et dans les transports, j’ai trouvé une petite astuce pour éviter les crises qui m’a bien aidé : avoir toujours quelque chose à grignoter dans mon sac. Lorsque je mange, mon cerveau se focalise sur la digestion et oublie l’angoisse.

En plus de me coûter psychologiquement, je sais que mon trouble panique m’a nui professionnellement : ce que certains prenaient pour de la désinvolture ou du dilettantisme était en réalité, une volonté de vouloir paraître la plus normale possible. J’ai manqué des occasions de me réaliser, par exemple lorsque j’ai refusé des reportages à l’étranger parce que j’étais incapable de prendre l’avion toute seule, mais aussi en refusant un poste parce que deux heures de transport chaque jour était dangereux. Mais rien n’est irréversible et depuis six ans, je n’ai plus de béquille. Je ne refuse plus d’opportunités de carrière et mes attaques de panique ont d’ailleurs complètement disparu. J’ai beaucoup de chance.

Éviter que les crises d’angoisse impactent négativement notre travail

Pour celles et ceux qui se posent des questions, il ne faut pas oublier que l’anxiété est un phénomène naturel. En réponse à un stress ou un danger imminent, le fonctionnement du corps est altéré. La plupart du temps ces modifications disparaissent rapidement, mais il arrive qu’elles deviennent trop intenses ou envahissantes, au point de perturber le quotidien, d’entraîner des arrêts de travail ou de générer un sentiment permanent d’insécurité. Parmi ces troubles psychiques, les attaques de panique se distinguent par la survenue brutale d’une peur intense, à laquelle sont associées une détresse physique et une détresse psychologique. « La première attaque de panique est souvent très impressionnante, reconnaît Sylvie Chauvin, psychologue du travail chez Moka.care. Et pourtant, c’est assez fréquent, puisqu’on estime que près d’une personne sur quatre fera au moins une attaque de panique dans sa vie avec une prévalence chez les jeunes femmes. »

Si les premières crises d’angoisse surviennent généralement sans déclencheur ou motif particulier, elles ont ensuite tendance à devenir le principal sujet de la peur. Ce trouble entraîne alors des comportements d’évitement du danger potentiel et les personnes sujettes aux attaques de panique, ont tendance à se refermer sur elles-mêmes et à se dévaloriser. Les conséquences ne se cantonnent pas à la vie personnelle, puisque le travail est un lieu important de socialisation où il faut montrer une certaine assurance. « Les attaques de panique sont souvent vécues avec honte. Les gens n’en parlent pas, par peur de ne pas être compris. En effet, si on n’est pas soi-même concerné, la première tendance peut être de banaliser les choses, de penser qu’on a tous connu quelques peurs et qu’on les a surmontées, que ce n’est pas si grave. Ces réactions isolent encore davantage les patients », regrette Antoine Pelissolo, professeur de psychiatrie à l’Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC), dans The Conversation. Même si c’est un sujet très intime, dont il est difficile de parler à la machine à café avec ses collègues, il est important d’avoir en tête qu’il est toujours possible de sortir du cercle vicieux de l’attaque de panique et de reprendre le cours de sa vie. Pour Sylvie Chauvin : « Les crises ne sont pas graves, mais, pour éviter l’emballement, il vaut mieux apprendre à se prendre en charge et adapter son suivi en fonction de leur récurrence. »

Première situation : je fais une crise de panique au travail

Que l’on soit dans un open space, en réunion, en télétravail ou que l’on passe un entretien d’embauche, voici trois exercices qui vous aideront à mieux surmonter une attaque de panique.

1. Ne pas lutter

« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, quand on sent une attaque de panique, il ne faut pas lutter, mais plutôt accepter cet état, explique Sylvie Chauvin. Je sais que je vais vivre quelque chose de très dur, mais il faut que j’essaie de regarder ce qu’il se passe en moi à ce moment précis. Il faut laisser cet événement qui dure généralement dix et trente minutes me traverser. » En reconnaissant que vous avez une crise de panique au lieu d’une crise cardiaque, cela peut vous aider à vous concentrer sur d’autres techniques pour réduire vos symptômes.

2. Respirer

Lors d’une crise de panique, notre respiration a tendance à s’accélérer. Résultat : notre apport en oxygène est supérieur à nos besoins naturels et on a tendance à hyperventiler. « La première chose à faire, c’est de ne pas ajouter de panique à la panique et essayer de revenir au calme par la respiration », observe Dominique Servant, psychiatre responsable de l’unité spécialisée sur le stress et l’anxiété du CHRU de Lille.

Les spécialistes conseillent par exemple la respiration carrée, une technique de relaxation qui permet de réduire le rythme cardiaque et la pression artérielle. Recommandée pour les débutants à la méditation, donc très accessible, elle peut se faire assise ou allongée. Pour cela il suffit de compter : quatre temps d’inspiration, quatre temps on l’on bloque le souffle, et quatre temps d’expiration. Généralement après 20 cycles, la respiration se calme.

3. L’auto-hypnose

Certains hypnothérapeutes, apprennent des techniques d’auto-hypnose à leurs patients qui peuvent être d’une grande aide lorsqu’une attaque de panique apparaît. Si vous n’avez pas consulté, voici la marche à suivre : installez-vous dans un endroit confortable (fauteuil, lit, chaise) et calme. Ensuite, fermez les yeux. Comme pour la méditation, on se concentre sur chaque partie de son corps en partant des pieds jusqu’à la tête, le tout en respirant profondément. Lorsqu’on a fait le vide en soi, on s’adresse mentalement à son inconscient pour le guider vers la résolution de la crise de panique. Comme l’auto-hypnose relève de l’auto-suggestion, elle ne doit pas être un ensemble d’ordres imposés à soi-même. Les phrases prononcées doivent toujours être positives, on ne dit pas « il ne faut pas avoir peur », mais « je n’ai plus peur ».

Dans le cas d’une attaque de panique, on peut connaître des difficultés à prendre du recul sur soi pour se détendre. Pour cela, vous pouvez également écouter une séance de relaxation que vous trouverez sur différentes plateformes vidéo ou audio.

Deuxième situation : je cherche une solution pour travailler plus sereinement

Lorsque les attaques de panique vous empêchent de mener une vie normale, il est important de parler de ce problème et de vous tourner vers les bons spécialistes.

1. En parler avec ses collègues ou managers

« Lorsque c’est possible, et c’est rarement le cas au travail, il est toujours bénéfique de parler des attaques de panique à un collègue de confiance, un manager ou un responsable des ressources humaines, explique Sylvie Chauvin. Une fois le sujet posé, il est important de choisir les bons termes. Dites simplement qu’il vous arrive de faire des attaques de panique, que ce n’est pas grave, que vous n’allez pas faire de crise cardiaque, mais lorsque ça arrive, vous avez besoin d’être isolé et qu’on fasse attention à ce que vous ne tombiez pas. »

D’ailleurs, si vous êtes témoin d’une personne qui fait une attaque de panique, la spécialiste conseille d’adopter quelques réflexes : parlez-lui, dites-lui que vous êtes là pour elle, qu’elle est en sécurité avec vous. Vous pouvez également éloignez les autres personnes pour qu’elle soit au calme et lui demander si elle a besoin de quelque chose.

2. Consulter un professionnel

Malheureusement lorsque les crises deviennent trop fréquentes, il ne faut pas négliger la prise en charge par un professionnel. Vous pouvez consulter un psychologue classique, faire une thérapie comportementale et cognitive (technique de thérapie à court terme qui peut aider les gens à trouver de nouvelles façons de se comporter en modifiant leurs schémas de pensée, ndlr), ou un psychiatre qui pourra vous donner des médicaments pour vous soulager au moment des crises.

Ne pensez pas que vous devez gérer ce trouble seul. Pour Sylvie Chauvin, « le trouble panique soit la récurrence des attaques de panique se soigne, mais il est important d’en comprendre les raisons profondes pour éviter qu’il ne revienne. Reprendre le cours d’une existence normale peut prendre du temps et sembler fastidieux, mais ce travail sur soi est nécessaire pour avancer. »

Article édité par Gabrielle Predko ; Photo de Thomas Decamps.

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