6 petits gestes pour booster l’estime de soi de vos collègues

10 nov. 2022 - mis à jour le 10 nov. 2022 6min

6 petits gestes pour booster l’estime de soi de vos collègues

auteur.e

Marlène Moreira

Journaliste indépendante.

Avoir l'impression de compter aux yeux des autres serait primordial pour être heureux et en bonne santé. Et cela s'applique aussi au travail...

Nous passons une grande partie de notre vie à chercher - consciemment et inconsciemment - ce qui nous rend heureux. Une tartine de Nutella ? Une sortie ciné entre amis ? Un environnement familial et amical épanouissant ? Tout cela y contribue, sans aucun doute.

Les psychologues et chercheurs ont également identifié trois éléments centraux et communs aux personnes qui ont trouvé le vrai bonheur : la possibilité de faire des choix, la sagesse et la maturité acquises avec l’âge… et le sentiment de compter pour les autres. Au travail, au sein d’une communauté ou pour ses proches, il s’agirait d’un besoin primordial. Et ce, autant pour l’estime de soi, que pour votre santé mentale et physique. Zoom sur ce besoin fondamentalement humain, et conseils pour montrer à vos collègues de travail qu’ils comptent à vos yeux.

Pour Isaac Prilleltensky, auteur et professeur à l’Université de Miami, “avoir le sentiment de compter”, c’est avant tout avoir l’impression d’être valorisé par les autres, et d’apporter de la valeur soi-même. À savoir, être apprécié, respecté et reconnu. Mais aussi apporter une contribution et faire une différence dans le monde.

Et cela protège ainsi de nombreux maux : du burn-out, de la dépression, de pensées suicidaires… Mais ce n’est pas tout, sentir que l’on compte aiderait également à vivre plus vieux !Une étude réalisée auprès d’un échantillon d’habitants du Tennessee montre ainsi que la charge allostatique (l’usure générale du stress sur le corps dans le temps) est significativement plus élevée chez les personnes qui se sentent insignifiantes que chez les autres. « Même des variations infimes de l’importance sont des prédicateurs plus forts de la santé physique et mentale que le soutien social, explique le chercheur. Et le soutien social est considéré comme un facteur déterminant dans la description de la résilience physique. » Alors si vous voulez continuer à jouer aux mots croisés ou au baby-foot avec vos collègues préférés à la maison de retraite, pensez-y dès maintenant.

Comment savoir si on compte pour les autres ?

De nombreux scientifiques ont élaboré des échelles, plus ou moins complexes, pour mesurer le sentiment d’importance dans le cadre familial, amical, professionnel ou encore au sein de la société dans son ensemble. Le sociologue Gregory Elliott, de l’Université de Brown, a résumé les composantes de ce sentiment d’importance en trois éléments clés :

  • L’awareness : les gens vous prêtent-ils attention ou avancent-ils juste à vos côtés sans se soucier de vous ?
  • L’importance : votre entourage s’intéresse-t-il réellement à votre bien-être ?
  • La confiance : vient-on vous demander de l’aide, du soutien ou des conseils ?

Aider vos collègues à se sentir valorisés, c’est les aider à répondre positivement à ces trois questions. Mais alors, pourquoi les efforts que vous ferez pour valoriser vos collègues ne produiront pas toujours les mêmes effets ? Simplement parce que nous ne sommes pas égaux face au sentiment de compter. Chacun part avec son propre bagage, déterminé par sa génétique et par son éducation.

Dis-moi comment tu as grandi, je te dirais si tu te sens important

En effet, dans le Journal of Health and Social Behavior, le sociologue John Taylor montre que le sexe a un rôle déterminant à jouer. Les femmes rapportent presque universellement un sentiment d’importance plus élevé dans leurs relations - notamment à travers leurs rôles de parents et d’amies - depuis les premières études en la matière dans les années 1990 et aujourd’hui encore. Quant aux hommes, leur moindre sentiment d’importance découle davantage de leur statut social perçu et de leur classe sociale au sein de la communauté au sens large, et de leur appartenance à des groupes.

Par ailleurs, le sentiment d’importance ou d’insignifiance que vous avez pu développer avec le temps prend ses sources dans votre enfance. Et c’est ce qui rend la négligence des parents si destructrice. En 2009, des études illustrent ce phénomène en établissant que les adolescents qui ont le sentiment de peu compter dans leur famille sont plus sujets aux comportements antisociaux, agressifs et autodestructeurs.

Vous l’aurez compris, le sentiment d’importance chevauche donc celui de l’estime de soi, du soutien social et du sentiment d’appartenance… sans être complètement similaire. La différence ? Le sentiment d’importance est plus susceptible de changer, et parfois par de petites actions du quotidien. Alors, que pouvez-vous faire pour aider, concrètement, vos collègues à se sentir valorisés et à comprendre qu’ils comptent ?

6 conseils pour montrer à vos collègues qu’ils sont importants pour vous

1. Usez et abusez des petites attentions

Une enquête nationale américaine réalisée auprès du personnel infirmier a montré que les relations interpersonnelles - plus que les questions d’organisation - influent sur l’état d’épuisement professionnel et le sentiment de compter. Ainsi, celui-ci se cristalliserait autour de « petits gestes » du quotidien. « Il peut s’agir de tenir la main d’un patient effrayé, ou de vos collègues qui vous commandent un déjeuner et qui savent quel sandwich vous aimez », explique Julie Haizlip, auteur de l’étude. Alors la prochaine fois que vous remonterez dans l’open space avec votre traditionnel jambon - beurre, pensez à rapporter à votre collègue Catherine un cookie aux pépites de chocolat blanc, son préféré (on ne juge pas).

2. Laissez-leur de la place et aidez-les à reprendre le contrôle

Le sentiment de contrôle est un mécanisme clé dans l’impression de compter. Les études du scientifique Michael Marmot sur le travail des fonctionnaires britanniques ont montré que les salariés qui avaient peu de contrôle sur leur travail étaient deux à quatre fois plus susceptibles de mourir prématurément que ceux qui avaient la chance d’être davantage maîtres de leurs décisions. Outch. En effet, plus nous avons le contrôle de notre travail, plus nous ajoutons de la valeur à nous-mêmes et aux autres, et plus nous nous sentons important. CQFD. Alors, quand vous travaillez en binôme avec Jean-Claude, ce collègue si discret et réservé, essayez de ne pas être trop directif. Laissez-lui son espace d’autonomie et d’expression. C’est cela aussi, montrer à quelqu’un que vous le respectez.

3. Valorisez leurs efforts et leur travail… et de façon spécifique

Vos parents vous ont sans doute appris à dire « Merci », et c’est un bon début. Au travail, le meilleur moyen de montrer à un collègue qu’il compte est d’aller un tout petit peu plus loin : contextualisez toujours vos remerciements, et rappelez à la personne le cas précis dans lequel elle a fait une différence pour vous : « Hier, quand je suis sorti des toilettes avec un morceau de papier collé sous ma chaussure, tu as été le premier à me prévenir. Et avec discrétion. J’apprécie sincèrement que tu prêtes autant d’attention à préserver le bien-être et la dignité des personnes autour de toi. Pour ça, je te remercie. » Tout le monde a besoin de se sentir apprécié, de voir ses efforts remarqués (et d’éviter de passer la journée avec du persil entre les dents). Pourquoi ne pas remercier sincèrement une personne qui travaille avec vous, chaque semaine, avec un mot manuscrit ? Du personnel d’entretien à vos collègues les plus proches, c’est ainsi que vous ferez la différence pour eux.

4. Intéressez-vous sincèrement aux autres

Dans une autre étude concentrée sur le travail des étudiants en médecine à l’hôpital, la chercheuse Julie Haizlip a appris qu’instiller un sentiment d’importance peut être aussi simple que de se souvenir de leurs noms. Alors souvenez-vous des collègues éloignés que vous croisez à l’occasion à la machine à café. Et accordez une attention particulière à vos collègues les plus proches. Montrez de l’intérêt pour leur travail, leurs passions, leurs convictions personnelles (même si vous ne les partagez pas). Passez du temps avec eux, ou a minima, retenez leur date d’anniversaire. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

5. Exprimez votre affection par des moyens non verbaux

Sur son blog, le spécialiste du sujet Isaac Prilleltensky partage plusieurs manières très concrètes d’aider votre entourage - personnel ou professionnel - à montrer qu’ils comptent. L’une d’elles est le non verbal, une manière souvent mal exploitée, et pourtant cruciale, de montrer son affection dans l’environnement professionnel. Il ne s’agit pas ici de faire la Une de #MeToo, mais de choisir le bon moyen d’expression en fonction de votre proximité et des barrières de vos interlocuteurs : il peut s’agir d’un simple sourire, d’une poignée de main, et même d’un « hug » à l’anglo-saxonne.

6. Écoutez (vraiment) vos collègues

Avez-vous déjà rencontré ces personnes qui ont l’incroyable pouvoir de vous faire sentir comme l’être le plus important et intéressant au monde, pendant les quelques minutes qu’a duré votre conversation ? Leur secret n’en est pas un : ils accordent une attention sincère et entière à leur interlocuteur, renforçant ainsi leur sentiment d’importance. L’écoute active revêt trois aspects importants : cognitif (comprendre et intégrer toutes les informations), émotionnel (gérer les réactions émotionnelles que l’on peut ressentir pendant la conversation) et comportemental (transmettre votre intérêt verbalement et physiquement). Devenir un bon interlocuteur est le travail de toute une vie, alors autant commencer maintenant.

Avoir le sentiment de compter est l’une des caractéristiques les plus déterminantes de l’humanité. Les menaces à notre importance diminuent notre dignité. À l’inverse, le sentiment d’être important nous permet de déplacer des montagnes. Bonne nouvelle : plus vous donnez aux autres le sentiment de compter, plus ils sont susceptibles de vous montrer à vous - et à leur propre entourage - qu’ils comptent aussi. Vous le voyez venir, ce délicieux cercle vertueux ?

Article édité par Gabrielle Predko, photo Thomas Decamps pour WTTJ

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