BADASS : à quel moment faut-il se lever et se casser ?

Publié dans BADASS

05 juil. 2022 - mis à jour le 05 juil. 2022 6min

BADASS : à quel moment faut-il se lever et se casser ?

auteur

Lucile Quillet

Journaliste, conférencière et autrice experte de la vie professionnelle des femmes

BADASS - Vous vous sentez illégitimes, désemparées, impostrices ou juste « pas assez » au travail ? Mesdames, vous êtes (tristement) loin d’être seules. Dans cette série, notre experte du Lab et autrice du livre de coaching Libre de prendre le pouvoir sur ma carrière Lucile Quillet décortique pour vous comment sortir de la posture de la “bonne élève” qui arrange tout le monde (sauf vous), et rayonner, asseoir votre valeur et enfin obtenir ce que vous méritez vraiment.

Il y a des jours où vous tournez le scénario en boucle dans votre tête. Vous êtes dans l’open space, vous vous levez, vous hurlez (un cri, une insulte, ce que vous avez sur le cœur), puis courez dehors avec un sourire en banane sur le visage. Libérée, délivrée. Mais à ce moment-là, Stéphanie vient vous sortir de votre rêverie pour vous proposer une pause… Vous foncez et videz votre sac à grands coups de caféine : « Cette boîte est vraiment naze » ; « je ne sais pas ce que je fais ici » ; « j’aurais dû prendre ce job de dresseuse d’orques à Marineland »… Puis vous retournez vous asseoir, finissez votre journée, revenez le lendemain. Et ainsi de suite. Mais alors, quand faut-il claquer la porte une bonne fois pour toute ?

Petite fille gâtée ou badass exigeante ?

« Il faut que tu partes », vous chantent en cœur vos amis. Mais aussitôt, vous lancez des “oui mais bon” qui introduisent toutes vos inquiétudes : on est en 2022 et les bonnes places sont rares dans votre secteur, vous avez un prêt sur le dos, des gens de votre famille comptent sur vous, et puis les tickets resto sont à deux doigts d’être augmentés… Vous savez ce que vous avez, mais pas ce qui vous attend. Et entre le risque d’une catastrophe climatique, d’une pandémie, d’une crise économique et d’une troisième guerre mondiale, vous vous dites que votre chaise de bureau est tout de même bien moelleuse. Du coup, au lieu de trancher, vous courez comme un petit hamster dans sa roue cérébrale, sans jamais aller nulle part.

Au fond, vous avez de la chance : il n’est pas si mal, ce job. Peut-être que vous êtes trop négative, qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et que quelques changements suffiraient à magnifier votre quotidien.

Vous vous raccrochez à un mince espoir : tout va s’arranger, un jour, on va bien vous donner cette promotion / cette augmentation / la reconnaissance que vous méritez / de vrais moyens / des missions intéressantes / une nouvelle souris de bureau. Un jour, ça ira mieux.

Nombre de femmes sont douées à ce ping-pong intellectuel épuisant : car elles ont à la fois de hautes exigences ET une plus grande capacité à se remettre en question que les hommes. Alors elles stagnent dans ce dilemme, en se disant qu’elles verront bien demain. Parce qu’elles ont peur (“et si je ne trouvais rien après ?”), qu’elles ont la flemme (triple journée, es-tu là ?), elles mettent leur frustration sous le tapis, quitte à prendre le risque de voir leur flamme professionnelle s’éteindre totalement. Alors, comment savoir si l’on vit “juste” une mauvaise passe ou si l’on est en train de végéter à son poste jusqu’à devenir une plante sèche ? Voyons ensemble les situations où, quand c’est trop, c’est vraiment trop.

Quand vous avez fait le max

Nous avons tous dans notre entourage un Martin, cet ami qui change de job aussi vite que d’avis. Tour à tour consultant, ébéniste, moniteur de plongée puis graphiste freelance, la seule chose qui ne bouge pas est son refrain : « Je bosse avec des cons » ; « Les horaires sont impossibles » ; « J’ai un meilleur plan »… Vous l’écoutez à court de « oui, c’est sûr » hypocrites, car vous avez compris à force que le problème est le dénominateur commun de toutes ces expériences : Martin, définitivement inapte à l’adaptation.

À l’inverse, vous avez essoré tous les ajustements possibles : vous vous êtes remise en question et avez progressé (vos soft skills sont au zénith), vous avez changé de missions, de poste, de service pour casser la routine… Vous avez tant visité les RH que vous connaissez le prénom de leurs enfants. Vous avez tout fait pour ne pas avoir à ranger vos affaires dans un carton et faire un pot de départ mais rien n’y fait : votre insatisfaction est toujours là. Il est temps d’exercer votre énergie sur de nouveaux territoires.

Quand il n’y a plus le feu

Le meilleur moment de votre journée ? Quand vous partez. Vous êtes bonne dans ce que vous faites, les collègues sont sympas, mais Dieu que vous vous ennuyez. Vous écoutez votre mère vous dire que « c’est pour tout le monde pareil, c’est le travail, c’est normal… » Mais ce couplet “on-tient-bon-en-attendant-les-vacances” ne serait-il pas un peu trop boomer pour vous ?

Aujourd’hui, on sait qu’au travail, on peut avoir sept vies et moult réincarnations. Et qu’une grande partie des métiers de demain n’existent pas encore. Si avoir peu d’attentes quant à sa vie professionnelle permet de s’accommoder d’un travail plan-plan, il vous reste quand même l’impression d’un immense gâchis… Pour ne pas être rongée par les remords, il est temps de vous barrer.

Quand c’est un match impossible

C’est un peu le “Ce n’est pas toi, c’est moi”, version pro. Vous avez tenté de composer depuis longtemps, mais en fait, votre employeur et vous ne partagez pas la même vision du monde. Ce que vous faites est en décalage avec vos valeurs : parce que vous avez l’impression de trahir ce qui est important pour vous, vous vous sentez bancale. Vous avez certes un compost sur votre balcon, mais vous travaillez dans la fast fashion. Pour vous, il n’y a pas que le travail dans la vie, mais l’idée d’une semaine de travail de quatre jours met votre boss en PLS. Au moment de rompre, il faut en revanche savoir pourquoi vous partez… Cela vous évitera de reproduire d’autres matchs infructueux à l’avenir.

Quand l’entreprise n’assume pas ses responsabilités

Là, ce n’est pas vous, c’est eux. Votre employeur manque à tous ses devoirs, y compris celui de vous respecter, vous écouter, vous protéger. L’entreprise reste les bras ballants alors qu’elle devrait vous défendre face à un boss pressurisant, à un collègue sexiste, un client harceleur ou des conditions de travail toujours plus dégradées. Sur le long terme, ces comportements sont toxiques et impactent l’estime de soi. Gros red flag.

Vous me direz : pourquoi serait-ce à vous de partir alors que vous n’avez rien fait de mal ? C’est injuste, oui. Alors vous pouvez lutter, vous faire conseiller par les délégués du personnel, un avocat, le défenseur des droits et aller jusqu’aux prud’hommes si cette lutte vous apporte ce dont vous avez besoin (de la reconnaissance, de la justice, de l’argent…). Si vous n’avez pas la force, personne ne vous reprochera d’avoir privilégié votre santé (mentale ou tout court), votre temps et votre énergie à une lutte qui vous prendra peut-être plus que ce qu’elle vous rend. C’est à vous de choisir.

Quand ils ne vous méritent pas

Vous êtes la bonne élève, vous avez appris la négociation et tous les codes, à être politique, à ronger votre frein en entendant les blagues sur la nouvelle stagiaire, à écraser adroitement tous les petits feux du sexisme qui se sont allumés sur votre chemin… Et nada. Les bons tuyaux, les promotions, les bonnes places, on les file toujours à des Rémi, Jacques ou Martin (qui va partir dans quatre mois, vous l’avez ?), entre deux Brandy, façon gentlemen’s club du 19e siècle.

Vous avez tout fait pour être la Schtroumpfette, mais vous ne supportez plus cette inégalité institutionnalisée. Au lieu de continuer à avaler des couleuvres et attendre l’absolution du gang des cravates, il est temps de le dire et de le reconnaître : vous méritez mieux. Allez là où l’on vous appréciera.

Quand vous êtes prête

Claquer la porte (en négociant sa rupture conventionnelle, bien entendu), c’est magnifique, mais votre main tremblera encore moins si vous savez où vous allez. Après il arrive aussi qu’on ait besoin de vide pour savoir avec quoi faire le plein : si votre disque dur est trop saturé pour envisager la suite, c’est le moment d’une pause (et peut-être d’un bilan de compétences).

Avant de faire le grand saut, étudiez vos options, contactez des recruteurs et votre réseau, assurez-vous d’avoir un filet de sécurité financier pour ne pas ajouter du stress au stress. Quand vous avez répondu à toutes vos inquiétudes, là, appuyez bien fort sur le champignon. Félicitations : c’est le moment de dire à Stéphanie que cette pause-café était la dernière.

Objectif : zéro regret

Mais si vous pensez qu’entre votre job et vous, il y a encore quelque chose, que vous avez d’autres choses à vivre, que vous pouvez mutuellement vous apporter et vous rendre heureux, alors je ne peux que vous encourager à y travailler et envisager les options avant rupture. Après tout, ce serait dommage que vous finissiez par fantasmer cet ex-job juste après l’avoir quitté. L’important étant de pouvoir regarder la situation en face et ne plus se mentir, ni se vautrer dans un confort qui ne vous épanouit pas.

L’idée de partir vous projette toujours avec enthousiasme dans un futur idéalisé, sans contrainte. Puis, d’un coup, ce futur semble être trop beau pour être vrai. Vos croyances, vos peurs vous rattrapent et viennent saboter votre vision (et votre motivation). Le changement fait peur. Sauf que le changement est permanent. Même en restant là où vous êtes, il s’est déjà produit : c’est une aggravation de votre frustration, de votre insatisfaction, c’est un travail de plus en plus difficile à vivre, une humeur dégradée, une santé peut-être en danger… Parfois, c’est en restant qu’on prend le plus de risques pour soi-même. Peut-être que la chose la plus raisonnable que nous puissions faire pour notre bien-être, pour rester droite avec nous même, c’est ce cri du cœur, cet élan, cet instinct de survie, simple, efficace, radicale mais libérateur : nous lever et nous casser.

Article édité par Éléa Foucher Créteau
Photo par Thomas Decamps

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