Nomadisme digital : pourquoi on hésite encore ?

Nomadisme digital : des conseils avant de partir à l'aventure

En ce début d’automne, qui n’a jamais rêvé de troquer l’open-space et la grisaille parisienne contre un hamac sous le soleil des Caraïbes et la promesse d’un quota de vitamine D enfin respecté ? Surtout qu’entre nous, vous n’avez besoin que d’un ordinateur portable et d’une bonne connexion Internet pour travailler.

Sur le papier, le nomadisme digital fait rêver et semble plus que jamais à notre portée depuis que nous avons expérimenté (et approuvé) le télétravail pendant les confinements successifs. Tout n’est pas rose pour autant et ces désirs d’itinérance s’accompagnent bien souvent de leur lot d’inconvénients. Manque de sécurité, difficulté à construire une vie personnelle stable, ou encore solitude troublent généralement le quotidien des adeptes du voyage permanent et bloquent pour certains, ces aspirations au stade des vélléités. Il semblerait même que les limites et les contraintes inhérentes au nomadisme digital soient plus nombreuses que l’on aurait imaginé. Associée de la start-up engagée Chacun Son Café certifiée B Corp, fondatrice du collectif Le Hub Nomade et Coach pour les aspirants nomades numériques, Margaux Roux - qui vit entre Paris et les tropiques - pointe pour nous tous les freins et obstacles que peuvent rencontrer ces travailleurs d’un nouveau genre.

La limite psychologique

Le premier obstacle soulevé par Margaux Roux est psychologique. « C’est la première chose qui revient régulièrement lors de mes coachings », confit-elle. Peur de l’échec, du regard des autres ou encore peur de perdre de l’argent, nombreuses sont les inquiétudes, plus ou moins rationnelles, qui empêchent les aspirants au nomadisme de sauter le pas. À peine lancés, la crainte est déjà installée.

Ne pas oser sauter le pas

La plupart d’entre nous avons peur de sauter dans le vide, de nous lancer. Et reconnaissons-le, à juste titre : en France, la sécurité de l’emploi est plutôt dissuasive lorsqu’il s’agit de franchir le cap de ce genre d’aventure. Lorsqu’on se lance en tant que nomade digital, plusieurs possibilités s’offrent à nous : devenir entrepreneur en lançant son business, choisir le statut de freelance ou pour plus de sécurité rester salarié en télétravail. Si le choix permet à chacun de trouver chaussure à son pied, chaque statut offre aussi sa part de difficultés et d’inconnus.

Pour contrer cela, Margaux Roux conseille d’élaborer un plan d’action bien déterminé. C’est en bien étant renseigné, organisé, en sachant où l’on va, que l’on gagne en confiance, et que la peur de se lancer se dissipe. La stratégie des petits pas, consistant à scinder le gros cap en plusieurs petites étapes, est très utile pour fragmenter son projet et le rendre plus simple à appréhender. Ainsi, la coach conseille « de prendre le temps de savoir ce dont on a envie, ce dont on a besoin pour s’adapter, pour se diriger vers la vie dont on a envie. »

Le regard de la société

La peur du regard de l’autre peut vite devenir un obstacle selon l’environnement dans lequel on se trouve. Que ce soit celui de ses proches, de son entourage professionnel ou plus largement de la société, Margaux Roux soulève qu’il s’agit là d’un point important limitant beaucoup de prétendants au nomadisme numérique à se lancer. Même si durant le voyage, le nomade peut être amené à rencontrer beaucoup de monde, son statut de baroudeur implique de se retrouver seul de façon assez régulière et ainsi passer pour « un marginal solitaire. » Pas forcément l’étiquette rêvée.

Puisqu’il faut une bonne dose de confiance en soi pour prétendre à vivre une vie différente, loin du triptyque métro-boulot-dodo, pensez à vous faire accompagner à chaque étape du processus. Dès le départ, il faut s’entourer pour avoir des épaules sur qui se reposer en cas de coups durs, de doutes ou de peurs. Pour cela, vous pouvez contacter des collectifs de nomades, vous rapprocher d’espaces de coworkings ou contacter des groupes spécialisés sur les réseaux sociaux !

La peur de l’échec

L’erreur est humaine, tout comme l’échec. Cela fait partie de la vie et de la construction de soi. Aussi paralysante qu’irrationnelle, la peur de l’échec nous concerne tous. Pour autant, la coach rappelle que « si l’on tente l’expérience du nomadisme digital et que cela ne fonctionne pas, il sera toujours possible de valoriser cette expérience sur son CV une fois de retour sur le marché de l’emploi. ». Selon elle, retrouver un CDI après une telle expérience est possible surtout si l’on explique rechercher plus de stabilité.

Depuis le début de la crise sanitaire, les entreprises se familiarisent de plus en plus avec le travail à distance. Margaux Roux parle même « d’un moment charnière où le monde du travail se redessine ». L’occasion semble idéale pour tenter l’expérience sans prendre trop de risques : plus d’opportunités, une meilleure reconnaissance des entreprises et surtout davantage d’acolytes avec lesquels s’entourer pour ne pas souffrir de solitude, ennemie numéro un du digital nomade. Selon Margaux Roux, « il est important de normaliser le nomadisme, c’est un statut comme un autre d’un point de vue professionnel, qui révèle l’autonomie, la polyvalence et la proactivité des salariés. »

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Une charge mentale importante

Une fois le pas sauté, l’entrée dans la vie nomade n’est pas toujours simple. La principale limite concerne la charge mentale qui incombe à ce statut. Le nomade digital doit être partout, sur tous les fronts, capable d’arborer différentes casquettes selon les situations. Et cela peut entraîner un stress plus important, si ce n’est constant.

L’organisation nécessaire

« Voyager tout en travaillant, nécessite une organisation importante », souligne Margaux Roux. Et cela commence bien avant le départ : organisation du voyage, assurance, papiers administratifs (visa, passeport)… Tout doit être pensé pour éviter les mauvaises surprises, particulièrement si l’on choisit de changer de lieu de travail assez régulièrement. Aussi, le nomade doit penser à « trouver un lieu pour se loger, pour travailler, se renseigner sur les moyens de locomotion, vérifier que la connexion Wi-Fi est bonne, avoir la bonne assurance en cas de problèmes, s’adapter à la vie locale. Une liste qui s’allonge selon les pays et les obligations professionnelles. » Selon le pays de résidence, le décalage horaire est aussi un élément important puisque ce sera toujours au nomade de s’adapter : vive les réunions au beau milieu de la nuit ! Enfin, il faut aussi prendre le temps d’organiser des excursions pour découvrir le pays ou la région de résidence.

Si l’image du travailleur-surfeur-feignant est un cliché qui colle à la peau des personnes qui ont fait le choix de promener leur laptop sur les plus belles plages du monde, Margaux Roux rappelle que « peu suivent les préceptes de la semaine de quatre jours. Généralement, les nomades travaillent autant - si ce n’est plus - que les autres travailleurs et salariés. » C’est avant tout une passion pour le voyage, une envie de vivre différemment, et une motivation qui animent leur choix. Pour réussir à trouver son rythme, pas de secret, il faut tenter de varier les durées, les lieux, pour trouver ce qui nous correspond le mieux.

Gérer sa carrière professionnelle et ses envies personnelles

Devenir nomade ne veut pas dire pour autant renoncer à sa carrière professionnelle ou à ses ambitions. Selon son projet, cela peut même être synonyme de réussite. Margaux Roux estime que « c’est une question de motivation et d’engagement. Et si l’on a des objectifs précis, il n’y a aucune raison que cela ne fonctionne pas. » Comme dans une carrière classique, tout repose sur les objectifs dessinés en amont, les rencontres et les décisions que l’on prend. « Parfois on peut renoncer à des missions pour accentuer l’aspect voyage, parfois il nous arrive de refuser des sorties découvertes pour boucler une mission importante : c’est le jeu ! » Un jeu qui en vaut tout de même la chandelle quand on peut voir les chutes du Niagara à la sortie du bureau.

Côté perso, on ne va pas se mentir, le nomadisme digital est loin d’être la situation la plus simple. Difficile d’envisager la construction d’une vie à deux, d’une famille, d’un foyer, ou d’un autre projet nécessitant de se poser dans un lieu fixe. « À un certain moment, je pense qu’on a tous besoin de s’arrêter à un endroit. Après tout, que l’on soit nomade ou non, on traverse tous les mêmes étapes de la vie, explique la coach. Et ce n’est pas forcément incompatible : il suffit d’envisager ses missions autrement, et se construire une vie d’expatrié plutôt que de baroudeur. » Pour éviter de passer à côté, il est nécessaire de prendre du recul pour décider de la suite de ses aventures, sans compromettre ses envies personnelles.

Stress, stress, stress

Être seul aux manettes de son emploi du temps n’est pas de tout repos. Pour Margaux Roux, « si l’on rejette la contrainte du CDI, du bureau ou encore de la routine, celle d’être son propre patron, de devoir gagner sa vie, de vivre loin de sa famille, n’est pas plus simple. » Si cela peut sembler être un avantage d’avoir le choix, des obstacles s’imposent toujours, qu’on le veuille ou non. Tout comme la solitude, l’inconnu professionnel est un stress important pour les nomades, surtout au moment où des crises sanitaires et économiques viennent perturber le quotidien de chacun. « C’est quand on se sent seul dans des situations délicates qu’on peut rapidement se laisser envahir par le stress », observe la coach. Ne pas hésiter à demander de l’aide, à dire quand ça ne va pas et tirer la sonnette d’alarme est crucial. L’adaptabilité et la résilience doivent être vos maîtres mots : cette flexibilité vous permettra de rester calme dans les situations délicates.

Une limite à projeter un avenir

L’instabilité inhérente au statut interroge l’avenir. Comment est-il possible de construire quelque chose de pérenne quand nous sommes perpétuellement en mouvement ?

La limite financière

Travailler pour gagner de l’argent et le dépenser en voyageant : voici le paradoxe du nomadisme digital ! Il est important de bien élaborer ses calculs sur le plan financier en amont pour que cet aspect ne soit pas une limite, bien qu’un imprévu puisse rapidement venir bousculer tous nos plans. Particulièrement, si l’on décide de partir dans un pays lointain, nécessitant un visa, des conditions particulières…

Pour cela, il ne faut pas oublier de garder de l’argent de côté pour s’assurer des lendemains sereins. Ce serait dommage d’arrêter ou de renoncer à l’aventure pour une question budgétaire. Appuyez-vous sur les conseils des communautés nomades qui ont l’expérience de ce mode vie et qui pourront éventuellement vous aider à échafauder un plan financier optimal et réaliste.

L’accès à la stabilité

L’instabilité régnant autour de ce mode de vie effraie, comme cela peut être le cas du travail en freelance. Les emprunts auprès de banques sont compliqués, idem pour l’achat ou la location de biens immobiliers. Cela rend l’étape de construction de vie un peu plus complexe. Bien connue de nos jours, cette limite peut être aussi l’une des raisons pour laquelle de nombreuses personnes abandonnent l’idée de se lancer dans une telle aventure.

Pour pallier ce problème, de nouveaux organismes se développent pour simplifier les démarches administratives des nomades. Margaux Roux estime que le plus simple est encore de choisir un pays d’adoption : ainsi les chances de pouvoir investir, de construire une famille seront plus grandes. Cependant, bien que la carte du monde soit grande, chaque pays dispose d’avantages et d’inconvénients à prendre en compte !

La difficulté à créer du lien

Créer un lien durable est plus compliqué lorsqu’on est toujours en mouvement. Faire cavalier seul peut vite donner envie de rebrousser chemin, même si l’on découvre des endroits magnifiques. De plus en plus de collectifs de nomades numériques se construisent pour pallier cette solitude, un bon moyen de rencontrer des personnes partageant les mêmes valeurs, ambitions et attentes dans la vie. En plus de l’aspect professionnel où la collaboration permet de voir plus grand et d’être plus fort, un collectif peut donner naissance à de belles amitiés, et plus si affinités.

Nous l’avons vu, le nomadisme digital ne s’improvise pas. Margaux Roux explique que si l’« on fait passer la liberté avant tout le reste », parfois l’envie de revoir ses priorités se présente, surtout quand les limites de ce statut empêchent de poursuivre son chemin. Alors que ce mode de vie tend à se développer, il est important de rester flexible face aux obstacles qui peuvent se présenter à nous. Chaque étape doit être vue comme un nouveau challenge rempli d’opportunités qui nécessite prise de recul, patience et organisation. S’entourer dès le départ pour être plus fort vous rendra plus confiant dans ce choix. Mais toutes ces limites sont loin d’être insurmontables, surtout si elles tendent à se réduire avec les changements à venir dans le monde du travail. Alors n’ayez crainte et préparez-vous à sauter le pas !

Article édité par Romane Ganneval
Photo WTTJ

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