Télétravail : « J’ai déménagé, mais ma boîte me demande finalement de revenir »

Télétravail : « J'ai déménagé mais ma boîte me force à revenir »

« Con-fine-ment », un mot qui rime avec changements, ou encore déracinement. Du jour au lendemain, nous avons été nombreux à être libérés de la contrainte du travail en présentiel. Délivrés de nos attaches géographiques, nous nous sommes réfugiés à la campagne, en bord de mer, près de nos proches… là où il fait bon être confiné. Et puis, nous avons compris que le temporaire était parti pour durer. Alors, on s’est projeté et ce nouveau cadre, on s’y est habitué. Bingo ! La direction nous a fait miroiter que le télétravail serait prolongé… Deux, trois, quatre jours de télétravail par semaine, parfois même du « full remote » ! On s’est mis à rêver. On a rendu notre appartement, déménagé au vert, réorganisé notre vie. Quand soudain, s’annonce la reprise et, avec elle, le retour au bureau en présentiel…

Celle qui a pris de la distance…

Laura travaille comme commerciale dans une grande banque. Elle n’a pas attendu le confinement pour se mettre au vert. Depuis quelques années déjà, Laura et sa famille ont fait le choix de vivre à la campagne à 30 minutes de Paris. Lorsque vient le premier confinement, elle est enceinte de son deuxième. Télétravail à 100%, suivi d’un congé maternité, Laura n’est pas revenue au bureau depuis plus d’un an. « Rapidement, la direction nous a fait comprendre que le télétravail allait être maintenu, explique-t-elle. Nous n’avons pas eu d’avenant à notre contrat de travail, ni signé d’accord, mais c’était acté, nous n’aurions dorénavant pas plus de 2-3 jours sur site. » Cette annonce l’enchante. La famille, sur le point de s’agrandir, envisage alors de déménager dans plus grand. « Nous avons acheté une maison plus loin de la gare, raconte-t-elle. J’avais conscience que ça me rajoutait 5-10 minutes de trajet, mais avec cette perspective de télétravail c’était vraiment faisable ! » Laura organise toute sa petite vie de famille pour la reprise. Son nouveau-né est confié à la nourrice trois jours par semaine et, avec le télétravail, le couple se répartit équitablement les tâches ménagères. Tout est rôdé, maîtrisé.

« Du jour au lendemain, on nous a demandé de revenir à 100% sur site, déplore-t-elle. Je me souviens, c’était le mercredi pour le jeudi. Ça a bouleversé toute mon organisation. J’ai dû rappeler la nourrice en urgence, payer les heures supplémentaires, courir chercher mes enfants… Mon rythme est devenu affolant ! Depuis un mois, je suis sous l’eau. Je ne tiendrai pas sur le long terme. » Pour l’instant, Laura patiente. Dans l’entreprise, la rumeur court d’un accord-cadre signé par la maison mère, accordant jusqu’à deux jours de télétravail par semaine. « On pense que la politique du présentiel est temporaire, souffle-t-elle. Il faut le temps que ça redescende dans la filiale. Mais ce qui est sûr, c’est qu’en septembre, si on ne nous accorde pas un minimum de deux jours de télétravail, je vais chercher ailleurs. »

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Celui qui avait trouvé l’équilibre parfait…

« J’ai toujours été passionné d’équitation, lâche Gauthier au bout du fil. Avant, je travaillais à Paris dans un laboratoire pharmaceutique et, le samedi matin, je me levais aux aurores, je sautais dans le RER direction la banlieue et je montais des chevaux de courses tout le week-end. C’était crevant. » Quand on lui annonce un confinement et la politique de télétravail à 100%, Gauthier n’hésite pas une seconde. « Je suis parti me confiner à côté des écuries de courses ! », répond-il avec évidence. D’abord, il trouve refuge chez des proches. Puis, lorsqu’il comprend que le télétravail a vocation à durer, il décide de prendre à bail un logement. « Cela fait un an que je n’ai pas remis les pieds au bureau, s’amuse-t-il. Ça ne me manque pas. Tous les matins, je me lève à six heures pour monter à cheval et à neuf heures je suis devant mon ordinateur, opérationnel. Je suis hyper épanoui car je peux travailler et vivre ma passion. C’est l’équilibre parfait dont je rêvais ! »

Sauf que, depuis quelques semaines, la politique a changé… « On nous a demandé de revenir bosser sur site, déplore-t-il. Pour l’instant c’est un jour par semaine, bientôt deux. Mais il est question de revenir à trois jours en présentiel… ». Cette perspective ne semble pas l’enthousiasmer. « Si c’est trois jours fixe, alors que rien ne justifie que je sois présent (une réunion, ou un rendez-vous), je trouve ça idiot, soutient-il. Je conçois parfaitement qu’il soit nécessaire de maintenir deux jours en présentiel, notamment pour préserver le lien social, mais trois je ne vois pas pourquoi. Je suis prêt à le faire uniquement si c’est légitime au regard de l’agenda ou de nos impératifs. » Pour l’heure, Gauthier profite pleinement de son rythme idyllique. Lorsqu’il sera question de revenir sur site trois jours par semaine, « alors, je négocierai avec mon manager, assure-t-il. Dans tous les cas, je n’envisage pas de démissionner pour un jour de moins en télétravail. »

Celle qui voulait rester à la campagne…

Sarah est chargée de communication dans le secteur de la santé. Elle le sait, la direction de son entreprise est très récalcitrante au télétravail. « Avant le confinement, se souvient-elle, il y avait de dures négociations entre le CE et la direction pour obtenir ne serait-ce qu’un jour de télétravail par mois ! » Puis, vient le premier confinement, le deuxième, le troisième… « Depuis le mois de mars 2020, nous sommes à 100% en télétravail, se réjouit-elle. Et, pour mon poste, ça s’est vérifié, le télétravail est parfaitement adapté. Il n’y a rien que je ne puisse pas faire à distance. » Le premier confinement, c’est l’effet de surprise, elle reste à Paris avec son compagnon dans leurs 40m2. Le deuxième confinement, c’est autre chose. « Il y avait d’énormes travaux dans notre immeuble, souffle-t-elle. C’était intenable ! » Alors ils fuient la capitale et se réfugient à la campagne, chez sa maman, aux portes de Tours. Un lieu où elle se sent tellement bien, qu’elle ne compte plus en partir… Le calme, la verdure, une qualité de vie inégalable, l’ont définitivement convaincue. « Tours, c’est un mini Paris, la campagne en plus », s’enthousiasme-t-elle.

Chaque passage rapide à Paris la conforte dans son nouveau choix de vie. « Tout y est plus stressant, plus pressant, observe Sarah. J’étais ravie de rentrer dans mon nouveau chez moi. » Un lieu de vie pourtant de courte durée. Début juin, elle est destinataire d’une communication RH interne. Le couperet tombe : « à compter du premier juillet, nous sommes appelés à revenir 3 jours par semaine sur site, lâche-t-elle dépitée. Et nous allons passer à 4 jours par semaine au mois d’août ! » Adieu veaux, vaches, cochons… Le retour à Paname s’annonce salé. « On s’est fait à l’idée qu’il fallait rentrer à Paris, avoue-t-elle, mais il est fort possible qu’on fasse partie de ces parisiens qui font une dépression post-confinement. Le bruit, le stress, la proximité, je ne sais pas si je vais supporter. » Sarah en a conscience, ce n’est pas elle, jeune recrue qui fera bouger les mentalités. Et puis elle tient à son CDI. « Je suis déjà chanceuse d’avoir trouvé un job », s’anime-t-elle. Elle revient donc à Paris résignée. « Ce n’est pas dans cette entreprise que je pourrai vivre à Tours et travailler à Paris, déplore-t-elle. Je sais que le télétravail est non négociable. » Sarah remet donc ses projets à plus tard.

Celui qui a tout quitté pour devenir nomade…

Lorenzo est développeur pour une start-up. Né de l’union d’un espagnol et d’une norvégienne, il a toujours grandi à l’étranger. Il se sent d’ailleurs plus citoyen du monde que parisien. « Je n’ai pas d’attache géographique autre que celle de mon travail », explique-t-il. À l’annonce du confinement, il s’empresse de rendre son studio parisien et rejoindre de la famille en Espagne. De confinement en confinement, Lorenzo vadrouille. « Mon entreprise n’envisageait pas un retour en physique au travail, affirme-t-il. Donc j’en ai profité pour visiter mes proches à droite à gauche. » C’est ainsi qu’il parcourt l’Europe, laptop à la main. « C’était le rêve !, s’enthousiasme-t-il. Je retrouvais la vie d’expatrié que j’avais toujours connu. J’étais libre comme l’air et cela n’avait aucun impact sur mon travail. » Puis, le vaccin est arrivé et la Covid-19 a lentement reculé. « On a été informés qu’un retour sur site était envisagé pour juillet à raison d’un ou deux jours par semaine, s’alarme-t-il. C’est impossible ! Je ne me vois pas me replonger dans ma vie d’avant. Maintenant, je le sais, je suis fait pour cette vie nomade ! J’ai envisagé toutes les options, mais il n’y en a qu’une qui vaille : le full remote. Si on ne me l’accorde pas, c’est bien dommage. Dans ce cas, je me mets en freelance. »

Télétravail : que puis-je demander ?

Acquise depuis un an, la pratique du télétravail n’est pas devenue un droit pour autant. Vous souhaitez en obtenir davantage ? Soyez prudent, vous risquez de sacrifier votre job sur l’autel du télétravail. Adrien Tritz, juriste et directeur du Centre de Formation du Management (CEFOMA) et Mireille Tritz-Kayser coach professionnelle et fondatrice de Coach’Mi, vous conseillent sur la marche à suivre.

Droit au télétravail : que dit la loi ?

La loi française est conçue de telle manière que le travail en présentiel est le principe, et le télétravail l’exception. C’est ainsi que la crise sanitaire a permis à l’employeur d’imposer, de manière exceptionnelle, à ses employés de rester en télétravail. «Mais, il ne s’agit pas d’un droit, précise le juriste Adrien Tritz. Que l’on se trouve dans le cadre de l’urgence sanitaire ou non, explique-t-il, il n’y a que deux moyens de bénéficier du télétravail : soit un accord d’entreprise le prévoit, soit un accord individuel est passé entre le salarié et son employeur. Cet accord individuel - qui représente 95% des cas de recours au télétravail en entreprise - précise les modalités pratiques d’exécution du télétravail (nombre de jours, matériel à disposition…) et de retour en présentiel. »

Autrement dit, sans accord d’entreprise, votre employeur ou manager a parfaitement le droit de vous faire revenir en présentiel, si bon lui semble. « Le télétravail est un mode exceptionnel d’organisation du travail, ajoute-t-il, votre employeur peut vous faire revenir d’office et de droit. » Et le maintien de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 30 juin 2021 n’y change rien ! « S’il n’y a pas de risque sanitaire majeur exigeant le recours au télétravail, précise le juriste, l’employeur n’y est pas contraint. » Alors que peut-on faire ? « Rien d’autre que de négocier un accord individuel avec son employeur », conclut-il.

Négocier du télétravail : les conseils de coach

1. S’interroger sur ses besoins et savoir placer le curseur

« Le télétravail a révolutionné notre de manière de vivre et de travailler », reconnaît Mireille Tritz-Kayser, coach professionnelle. Pour beaucoup d’entre nous, il a permis de prendre du recul sur notre quotidien et nos choix de vie. « C’est étonnant de voir la panique qui nous saisit, observe-t-elle. Nous remettons en cause un quotidien que nous avons accepté pendant des années. » Pour autant, cette parenthèse de recul ne doit pas nous faire basculer dans un changement radical, mais nous recentrer sur nos besoins. « On perçoit des demandes virulentes de télétravail, remarque-t-elle. Mais cela doit toujours se faire en bonne intelligence. Il faut à tout prix éviter le conflit et favoriser la discussion et la conciliation. »

D’abord, « il est impératif de vous interroger sur vos priorités, suggère la coach. Est-ce votre travail et la sécurité qu’il vous apporte ? Votre lieu de vie ? Votre équilibre de vie ? Où mettez-vous le curseur ? »

Ensuite, « cette situation pose évidemment la question du sens au travail, relève Mireille Tritz-Kayser. Jusqu’ici, nous avons été nombreux à fonctionner en pilote automatique, sans se poser de question. Sans savoir si on aime ou non ce qu’on fait. Or, le télétravail a offert à certains l’opportunité de s’épanouir dans un autre mode de vie, de découvrir un nouvel équilibre de vie. Ici encore, nous sommes les seuls à pouvoir juger ce qui nous convient le mieux, ce qui satisfait pleinement nos besoins. »

2. Se montrer concret et rassurant

Si vous décidez de demander à votre manager davantage de télétravail, allez-y préparé. « Adoptez une posture ouverte à la discussion et positive. Il n’est pas question ici de soulever de nouveaux problèmes, mais d’apporter des solutions et des propositions concrètes à votre employeur. Efforcez-vous de maîtriser vos émotions et de rassurer votre employeur sur votre flexibilité et la conscience que vous avez de ses propres besoins. »

3. Être lucide : le jeu en vaut-il la chandelle ?

Enfin, soyez lucide. Si le contexte interne est ouvert au télétravail, vous pouvez décemment aborder le sujet avec votre manager. « Si l’employeur y est réticent ou même fermé, n’allez pas risquer votre poste, conseille la coach. À moins bien sûr qu’il ne vous apporte plus entière satisfaction… »

Aussi bonne fut notre expérience en télétravail durant la crise sanitaire, on ne peut attendre du législateur qu’il impose le télétravail à notre employeur. C’est loupé, ce coup-ci la loi n’est pas de notre côté ! « Dura lex sed lex » dit la locution latine : « la loi est dure mais c’est la loi. » Reste que, « le rapport au travail a changé, nuance Mireille Tritz-Kayser. On ne pourra pas revenir comme en arrière. Il y a plein d’avantages au télétravail, tant pour le salarié, que pour l’employeur. Depuis la crise, on n’a jamais vu autant de demandes de formation en management d’équipe en télétravail… »

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Photo by WTTJ
Édité par Manuel Avenel

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