« La fois où j’ai (trop) picolé à la soirée de Noël de ma boîte »

16 déc. 2022 4min

« La fois où j’ai (trop) picolé à la soirée de Noël de ma boîte »
auteur.e
Gary Finn

Managing director at Branditmedia

Fin d’année, votre entreprise organise l’incontournable soirée de Noël et vous avez bien l’intention de vous lâcher et d'évacuer la pression accumulée tout au long de l’année. Il faut dire que les petits fours et le champagne vous y poussent largement. Mais on ne le dira jamais assez : faites bien attention à votre consommation d’alcool, il serait bien dommage de perdre le contrôle et ruiner votre réputation juste avant votre entretien annuel… Un salarié raconte sa propre sortie de route.

Même si je travaillais dans les médias, et que je savais que l’histoire regorgeait de salariés qui s’étaient réveillés en regrettant leurs (mauvais) comportement à leur soirée d’entreprise, ça n’a pas empêché mes pieds d’aller tout droit vers la maquilleuse fantaisie lors de la fête de Noël de ma propre boîte. En même temps, qu’est-ce je pouvais bien risquer, franchement ?

Quand je suis arrivé à la soirée de Noël de mon entreprise, un bref échange avec l’une des cheffes de rubrique de mon équipe m’a suffi pour comprendre que la soirée promettait :
« - Ça va ? Qu’est-ce que je te sers à boire ?
- Oui. »
Le ton était donné.

Les soirées de Noël d’entreprise relèvent du cauchemar pour les services RH. C’est là que des quantités plus ou moins importantes d’alcool, - souvent gratuit, si le boss n’est pas trop pingre -, entrent en collision avec des salariés pressés de relâcher un peu la pression accumulée tout au long de l’année, et d’autant plus pendant le rush pré-Noël. Alors il y a toujours un risque de dérive : vous-même avez forcément déjà eu vent d’histoires de salariés qui ont trouvé de bon ton de donner des « conseils » à leur boss ou qui se sont un peu trop emballés en passant sous le gui avec un collègue… Côté positif : on repart de la fête de Noël avec en moyenne sept nouveaux potins – la précieuse monnaie de la vie de bureau – en poche. De mon côté, j’étais sur le point d’en fournir un huitième à mes collègues… photos en prime.

Car cette année, notre boîte, qui a de gros moyens, a carrément loué une salle, avec un vrai groupe de musique qui a sa petite réputation. Esclave de l’actualité et de l’imprévu, j’arrive bien évidemment en retard (en plus, c’est bien plus classe que d’arriver à l’heure). L’ambiance est déjà au rendez-vous, Mumford & Sons chantent « Galway Girl » à pleins poumons, et le bar est déjà collant et noyé sous les verres renversés. Un membre de l’équipe marketing slalome entre les costumes et les robes à paillettes, caméra pro et trépied à la main pour interviewer les équipes sur « l’année qui vient de s’écouler ». Il n’est pas exagéré de dire que les images seront, dans leur grande majorité, inexploitables. On y voit principalement des types qui n’ont clairement plus 20 ans crier « Ouuaaiiiiis, woooouh » à la caméra, renversant au passage la moitié de leur verre sur les chemises des autres tout en leur écrabouillant les pieds.

Ah, rien de tel que les soirées comme celles-ci pour faire tomber les barrières entre collègues et décloisonner la vie de bureau. Évidemment, la distribution d’alcool gratuit aide. Seuls quelques résistants (on ne veut pas dénoncer, mais généralement issus de l’équipe légale ou finance) restent plus raisonnables que jamais (c’est que la facture va tomber chez eux). Alors que les commerciaux, eux, semblent partis pour former le plus grand Paquito du monde.

Je me dis finalement que c’est assez plaisant de voir ses collègues décompresser après une année difficile. Et notre boss n’est pas le dernier à en profiter. Entouré de sa petite armée d’obligés, il se dirige vers la maquilleuse fantaisie – parce qu’allez, c’est la bamboche ! –, et tout ce petit monde lui emboîte le pas. Je vois mes collègues revenir avec des petits logos de la boîte sur le visage. C’est la décadence façon corporate, validée par la direction. Je me dis que le moment est venu de donner un coup de pouce à ma carrière et de les imiter pour montrer ma bonne volonté.

Quatre verres plus tard, ma règle concernant la consommation de gin (« Si c’est gratuit, reste à l’eau ») n’est plus qu’un lointain souvenir. Je fonce droit sur la maquilleuse, et du doigt, lui montre non pas les logos de la boîte déclinés en tons discrets, mais le tigre dans son catalogue de maquillages pour enfants.

« Je veux ça !»
J’ai de nouveau cinq ans. Et mon rêve va se réaliser. Merci le gin !

Le résultat est magique.
La maquilleuse plie bagage. Elle a fini.

Je vais me retrouver le seul, parmi 160 âmes — la direction et toutes les équipes réunies —, à avoir le visage peint en orange et blanc… avec les moustaches.
Fier de ma bêtise, je ne tarde pas à réaliser que dans la salle se trouvent des membres du comité de direction, des rédacteurs en chef et des invités spéciaux de tailles conviés par la boîte pour l’occasion. Si vous avez déjà essayé de parler stratégie annuelle ou nouvelles rubriques avec des collègues occupés à vous rugir au visage et vous appeler Tigrou, vous comprendrez mon amour soudain pour les boissons sans alcool.

Quelqu’un est même sorti à la supérette du coin pour me rapporter une boîte de Frosties de Kellogg’s, un remontant pour ma future gueule de bois, accompagné de « Et le tigre est en toi ! ». Hilarant. Vive les années 1980.

J’essaie de jouer le jeu, mais il y a un moment où entre « rire avec » et « rire de » se mélangent, et ça commence à piquer.

On demande, enfin on exige plutôt, de faire des selfies avec moi, parfois de force. Tout le monde me prend en photo. Soudainement, la perspective d’un taxi direction chez moi me paraît bien plus tentante que de me laisser entraîner « au bout de la nuit » (les démons de minuit, tout ça). Je renverse délibérément mon verre sur ma veste, m’excuse auprès de l’assemblée et tire ma révérence, pendant que le chef de rubrique Arts & Lettres massacre un poème de William Blake.

Contrairement aux bruits de couloir, qui disparaissent avec le temps, une tête de tigre est indélébile. Mais quand je fais mon apparition au bureau après le week-end, personne ne semble se rappeler de Tigrou : génial, l’histoire s’arrête là pour moi !

J’imagine que mes collègues ont d’autres moments embarrassants à se mettre sous la dent. Notre rédacteur en chef a décidé qu’il voulait jouer de la guitare avec Marcus Mumford à la fin de leur prestation, mais était trop ivre pour jouer quoi que ce soit de vaguement reconnaissable. Un reporter politique a été chopé par les videurs les bras chargés de deux magnums de champagne (c’était des faux, pour la déco)…

Alors que la pression et la honte retombent de mon côté, je me connecte à mon ordinateur et je lance Slack. C’est à ce moment que je découvre avec stupeur le nouveau nom du nouveau canal des responsables éditoriaux : #tiger.

Article traduit par Sophie Lecoq, édité par Gabrielle Predko, photo par Thomas Decamps

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