Bad Cop Good Cop : "Comment je suis devenu le méchant manager"

Bad Cop Good Cop : "Pourquoi je suis devenu le méchant manager"

« Veux-tu être mon Will Smith, et je serai ton Tommy Lee Jones ? ». Si dans Men In Black - et tous les autres duos de l’histoire - les good cop et bad cop finissent par se trouver naturellement, le challenge s’avère plus compliqué dans le monde du travail. Pourtant, ce duo incontournable peut se révéler indispensable pour avancer, que cette répartition des rôles soit volontaire ou non, naturelle ou construite. Focus sur ceux qui ont accepté d’endosser ce rôle parfois difficile.

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Le bad cop, l’antithèse du manager flou ?

Christophe est responsable IT dans une jeune entreprise qui cultive l’ouverture et la bienveillance. « La responsable marketing dit oui, elle passe tout. Et moi, je suis celui qui dit non. C’est contraire à ma nature, mais j’ai fini par accepter qu’il soit parfois nécessaire de tenir une certaine position pour que la machine tourne à long terme, même si c’est dur à court terme. Le cadre, il faut le poser assez vite, au risque de ne pas être aimé de tout le monde », confie-t-il.

C’est le constat que partage Roland Guinchard, psychologue et psychanalyste pendant 25 ans, aujourd’hui dirigeant du cabinet Montgolfière Management. Son objectif ? Aider les entreprises à réguler l’anxiété. Et pour cela, il constate qu’un « méchant » est parfois nécessaire. « Pour certaines personnes - plus qu’on ne le croit - réduire l’anxiété passe par un cadre de travail clair. Et pour cela, il faut des règles, et donc souvent quelqu’un qui endosse le rôle du méchant pour les faire respecter », explique-t-il. Les profils les plus anxieux sont ainsi rassurés par une personne qui donne des garanties, fidèles à ses principes. Le bad cop rassure, car il éclaire sur ce qu’il attend. « Cela explique aussi pourquoi le syndrome de Stockholm existe. Le « méchant » a un discours dur et univoque. Mais parce que son message est cohérent, il est en quelque sorte sécurisant », ajoute-t-il. Alors, en matière de management, mieux vaudrait-il être clair que gentil ?

En entreprise, le duo good cop bad cop offre donc le meilleur des deux mondes : la souplesse et le cadre, l’oreille attentive et le besoin de performance. Malgré tout, il reste la preuve d’un dysfonctionnement. « Dans une entreprise où tout fonctionne globalement correctement, où il y a des procédures adaptées que tout le monde accepte, il n’est pas nécessaire que quelqu’un prenne le rôle du méchant. C’est quand il y a du bazar - passez-moi l’expression - que le redressement est nécessaire » ajoute Roland Guinchard, également auteur de Psychanalyse du lien au travail et Personnalités difficiles ou dangereuses au travail : Identifier les comportements et gérer les troubles.

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Bad cop au bureau, cigale à la maison

Endosser ce rôle est parfois naturel, mais rarement évident. Mais alors, qui est donc ce “gentil” bad cop ? Dans ce duo, celui qui endosse le rôle du méchant est généralement le plus attentif à la loi, aux règles, aux process. Que cela soit lié à son cœur de métier (DAF, expert en sécurité,…) ou à un besoin personnel de cadre et de structure.

Le rôle du bad cop existe bien souvent en opposition à celui du good cop. Il permet d’ajuster des comportements ou des décisions qui conduiraient une équipe ou une entreprise dans la mauvaise direction. « Mon associée est une cigale. Elle ne regarde jamais à la dépense. Je pense que c’est comme ça qu’est née notre répartition des rôles au départ, avant même d’avoir des collaborateurs : elle dépensait, et je devais mettre le holà. C’est d’ailleurs l’inverse dans ma vie de couple, où ma femme tient les cordons de la bourse alors que j’aurais tendance à dépenser sans compter. Etonnant, non ? », raconte Clément, cofondateur d’une start-up dans le digital.

Alors, soyez clément avec vos supérieurs les plus difficiles. Ils ont rarement choisi cette casquette avec plaisir. D’autant plus qu’elle s’inscrit à contre-courant de la culture de bienveillance affichée par les entreprises aujourd’hui. « C’est parfois difficile d’être le rabat-joie. Mon associée crée l’émulation dans les équipes, stimule la créativité des uns et des autres, les encourage à développer de nouvelles idées. Puis j’arrive, je demande des chiffres et des résultats. Bien souvent, je suis forcé de killer certains projets pour que d’autres puissent prospérer. Mais sans cela, la boîte aurait coulé depuis longtemps », ajoute Clément.

Les conditions sine qua none pour qu’un duo fonctionne

Le duo bad cop good cop nécessite certains réglages pour que la dynamique fonctionne. Voici quelques points de vigilance à garder en tête.

  • Être conscient de son rôle, et pouvoir le quitter. « C’est seulement en discutant avec une collaboratrice sur le départ que j’ai réalisé que j’étais le méchant… mais aussi celui vers qui elle se tournait pour avoir un retour constructif sur son travail », ajoute Clément. Bien souvent, ces duos se découvrent au fil de la collaboration. Une prise de conscience importante, notamment parce qu’elle permet de démarrer la discussion avec son good cop sur les limites de chacun. « Toutes les combinaisons de profil sont possibles, tant que les rôles sont réversibles si l’un ou l’autre en ressent le besoin », explique Roland Guinchard.

  • Éviter les clivages dans les équipes. Il faut également être conscient du risque de clivage lorsque cette dynamique est mise en place. « Attention à ce que le bad cop ne soit pas mis à l’index, et que l’on ne tienne pas compte de sa capacité à remettre de l’ordre. Il faut à tout prix éviter de créer des divisions : qui est pour l’un, qui est pour l’autre », alerte Roland Guinchard. Car non, l’entreprise n’est pas un terrain de foot. Alors rangez vite ces tasses « I support Chantal <3 ».

  • Accepter de mettre du temps pour trouver le « juste niveau ». « Lorsqu’un duo se forme, quelques dérapages sont à prévoir. Le good cop peut être excessivement gentil. Et le bad cop va alors cacher son malaise à tenir ce rôle en en faisant trop, involontairement », constate Roland Guinchard. Un duo good cop / bad cop doit être équilibré. Chacun doit trouver le juste niveau de souplesse ou de rigidité pour ne pas contraindre son alter ego à contrebalancer de façon exagérée.

  • En faire un rôle à temps partiel, c’est possible. Un duo peut aussi naturellement se constituer en fonction des situations et des personnes avec lesquelles il doit interagir. « Pour la majorité des personnes de mon équipe, je suis un gentil. Mais pour deux d’entre eux, qui posent problème, je joue le rôle du méchant et mon N+1 celui du gentil. On a longtemps cherché l’équilibre entre les ménager tout en les remettant à leur place, c’est comme ça que l’on a décidé de procéder et ça semble fonctionner » confie Gérard, manager dans la banque. D’une personne à l’autre, d’une équipe à l’autre et même d’une entreprise à l’autre, le bad cop peut (heureusement) retourner sa veste.

  • Trouver un tiers. Jouer le bad cop ne signifie pas prendre des décisions arbitraires. Bien au contraire. Pour autant, c’est parfois difficile de faire comprendre à ses collègues que les règles imposées sont rationnelles et nécessaires. « Comme dans toute relation duelle compliquée, il est important d’avoir un tiers. Ce tiers peut évidemment être une personne, mais pas uniquement. Le bad cop peut aussi se reposer sur la loi, le règlement, la nécessité d’optimiser des process… Tout ce qui justifie rationnellement son comportement », illustre Roland Guinchard.

Pour toutes ces raisons, il est parfois plus facile pour certains profils d’être le bad cop. On reprochera moins au contrôleur de gestion qu’au créatif de se montrer rigide sur la gestion des coûts ou des deadlines. Pour autant, tout le monde peut, à un moment de sa carrière, se trouver dans ce type de duo.

Heureusement, il est possible d’être un bon bad cop. Être assertif, mais ouvert d’esprit. Être impartial, mais chaleureux. Montrez que votre rigueur est due à votre respect des règles et non à des préjugés personnels. Alors haut les cœurs, un bon duo - et peu importe votre rôle - peut vous offrir une belle expérience de travail qui vous apprendra beaucoup sur vous-même et sur les autres.

Photo par WTTJ

Article édité par Paulina Jonquères d’Oriola

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