Cinq principes d’aménagement déjà existants pour des bureaux Covid-free

Le 11 mai a marqué pour certains le retour au bureau. Ces pionniers du déconfinement ont sûrement découvert un bureau bricolé dans l’urgence. Ici, un espace de travail condamné par du scotch rouge, là, des marquages au sol indiquant les sens de circulation. Plexiglas autour des bureaux, chaises retirées de l’open space… Autant d’aménagement, qui à défaut de rendre le lieu chaleureux et propice aux échange garantit les conditions sanitaires obligatoires.

Le Ministère du travail a d’ailleurs édicté ses consignes pour que les entreprises puissent faire revenir leurs salariés sur site en toute sécurité. Un périmètre de 4m2 par personne y est notamment demandé dans tous les espaces de travail, de même que l’affichage de la capacité des espaces communs ou la mise en place de sens de circulation avec une signalétique adaptée.

Un bureau Covid-free, est-ce forcément un espace aseptisé, où le bien-être et le confort est relégué aux oubliettes au profit d’une sécurité sanitaire ? Pas nécessairement. Il existe des principes déjà en vigueur dans certains bureaux récents dont on peut s’inspirer pour concilier respect des exigences sanitaires et qualité d’usage.

S’en inspirer, c’est à la fois viser la survie du bureau lui-même (qui aura envie sur la durée de revenir dans un bureau aussi riant qu’un hôpital ?) et se projeter dans le long terme en imaginant un lieu qui épouse les évolutions à venir de nos modes de travail.

1. Le flex office et le clean desk

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Casiers individuels pour “flex office”. @Othea Architecture Intérieure

Non moins décrié que l’open space, le “flex office” mutualise les positions de travail. Plus personne n’a de place attitrée et chacun s’installe où il le souhaite, en fonction de ses besoins et envies du jour, et de sa zone d’équipe. Puisque le flex office repose sur le partage de mobilier et d’équipements, on peut penser qu’il est incompatible avec les exigences sanitaires du moment. Mais à bien y regarder, il peut au contraire en faciliter la mise en oeuvre : son principe de clean desk (i.e. devoir laisser sa place nette et propre quand on la quitte le soir) facilite le nettoyage, et le système de casiers et penderies individuels préserve l’espace de travail des effets personnels en contact avec l’extérieur.

Sans compter que quand personne n’a de place à soi, il est plus simple de jouer sur les densités d’occupation, pour tenir compte du télétravail et des distances physiques. À ceux qui montreraient de la réserve devant un aménagement supposé anonyme et froid, Laure Philippe, architecte d’intérieur et directrice de l’agence Othéa rappelle que « réduire le nombre de positions de travail si le télétravail se développe permettra aussi d’apporter un meilleur bien-être, avec davantage de bureaux près de la lumière du jour et plus d’espace pour chacun. »

2. Des salles de réunion à composer

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Salle de réunion modulable @Othea Architecture Intérieure

Difficile de trouver meilleur ami de la contagion que la salle de réunion traditionnelle, sa grande table “du conseil”, et sa contenance extensible grâce aux chaises qu’on empruntera à droite à gauche pour faire de la place à tous les invités. Fun fact : cette configuration n’est pas pour autant l’amie des échanges réussis. Les dispositions en longueur gênent la qualité d’écoute et découragent les prises de paroles des participants les plus éloignés du centre(se réunir autour de tables rondes est d’ailleurs au coeur de la célèbre méthode Pixar, imaginée par Ed Catmull pour booster la créativité de ses employés.) Le plus souvent, le caractère fixe et imposant de son mobilier engendre aussi une utilisation sous-optimale des mètres carrés. Avec le développement des formats de réunions dynamiques et des ateliers faisant place au jeu et méthodes d’intelligence collective, d’autres types de salles de réunion ont fait leur apparition. Adieu la table massive, bonjour les chaises sur roulettes et autres poufs, tous ces éléments étant individuels et donc facilement adaptables à la distanciation physique. « Avec un mobilier modulaire et souvent multi-configurable, ces aménagements encouragent le mouvement, on y passe facilement de la station assise à la station debout ce qui participe au bien-être des personnes et à l’efficacité des réunions. » détaille Jérôme R. responsable de l’environnement de travail, et client d’Othéa avec qui il a imaginé de nouvelles salles de réunion au sein de ses locaux nantais. Quant aux post-its, indispensables à toute bonne réunion créative, prévoyez un paquet nominatif pour chacun à l’entrée et vous serez un champion des gestes barrières !

3. Le remplacement du restaurant d’entreprise par la livraison

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Exemple de salle « hors sac». @Othea Architecture Intérieure

Même avec une partie des travailleurs maintenus en télétravail, le restaurant d’entreprise reste un casse-tête. Depuis le 11 mai, de nombreux employeurs ont choisi de remplacer le service habituel par une offre de paniers repas froids à retirer et consommer ailleurs. Certains avaient devancé cette tendance, en faisant par exemple, le choix de remplacer le restaurant par une offre de frigos connectés, où le salarié vient s’approvisionner avec son badge. Encore plus radical, d’autres ont carrément abandonné l’idée de proposer une offre de restauration sur place : tous les jours, un ballet de livreurs vient fournir les salariés.

Des salles “hors sac” et autres espaces café restent à disposition pour permettre de prendre son repas dans un décor alternatif au poste de travail, sans oublier que les odeurs de nourriture sont une source bien connue de bisbilles entre collègues… Un modèle précurseur ? « Les mètres carré récupérés par l’abandon de la cuisine peuvent être réinjectés en plusieurs salles repas, plus en proximité des bureaux. On évite l’effet “hub”, qui effraie par les temps qui courent sans être gage d’un moment de qualité en temps normal, car les cafétérias sont synonymes de files d’attente et de brouhaha aux heures de pointe. Pas vraiment propice à la détente », détaille Laure Philippe.

Et si c’est l’encombrement des ascenseurs à l’heure du casse-croûte qui vous effraie, pensez aux « escaliers valorisés » : des escaliers égayés de couleurs vives et de messages aux murs pour donner envie de les emprunter. Initialement pensée comme un moyen de lutter contre la sédentarité au bureau, cette technique trouve une nouvelle lecture en permettant de mieux répartir les flux dans les différentes voies d’accès.

4. L’open space structuré

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Exemple d’open space “structuré”. @Othea Architecture Intérieure

Les consignes de distanciation sociale ont entraîné sans attendre la mise au ban de l’open space (qui, en fait, y était déjà). Il est vrai que de nombreux open spaces, bondés, encombrés, aménagés avec du mobilier bas de gamme, sont un cauchemar pour de nombreux salariés du tertiaire. Mais les aménageurs avaient entendu cette critique et proposent depuis quelques années déjà, des implantations plus subtiles et équilibrées. Les bureaux y sont répartis en petites unités séparées par toute une gamme d’éléments variés, créant une sensation d’intériorité et de cocon protecteur.

Pour Laure Philippe « l’espace ouvert structuré consiste à répartir les salariés en îlots de 2 à 4 et à composer avec des éléments comme des claustras, des pans de cloisons transparents, sans oublier les panneaux ou rideaux acoustiques. Cela structure l’espace et casse l’effet batterie de bureaux si repoussoir. Dans le contexte actuel, c’est aussi un moyen de garantir les 4m2 requis par les nouvelles consignes, en matérialisant une sorte “d’espace vital” autour de la personne. Les rangements peuvent aussi jouer le rôle de filtre, comme des bibliothèques ou même des rangements individuels au poste qui peuvent se tirer et créer une protection. Sans oublier les végétaux qui sont de plus en plus prisés. C’est ce qu’on appelle l’approche biophilique, la mise en relation des éléments de la nature avec l’homme dans son espace. »

Cela fait déjà de nombreuses années que l’open space décrié avait déjà été repensé pour inclure davantage d’intimité. Celle-ci pourrait bien se révéler particulièrement appropriée à l’heure où plus personne n’aura envie de venir sur les lieux de l’entreprise pour s’enfermer à double tour dans une boîte. Au contraire, on peut parier que les salariés seront davantage en quête d’échange et de contact, même visuel, avec des collègues qu’ils voient de moins en moins.

5. Des plateaux zen et des plateaux animés

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@ Othéa Architecture Intérieure

Avec un virus toujours actif, les éléments de type cabines téléphoniques ou “bulles”, ces petites salles de réunion de 2 à 4 personnes, souvent vitrées, risquent d’être désertées. Même à grand renfort de gel hydroalcoolique, on pourra avoir peur de la promiscuité et du brassage qu’ils induisent. Pour autant, comment offrir d’un côté des espaces “calmes” propices au deep work et des environnements animés, propices aux échanges (téléphoniques ou IRL) ? Dans un environnement ouvert, une bonne option peut alors être de réserver des plateaux à des activités strictement silencieuses, quand d’autres accueilleront volontiers les appels téléphoniques voire les discussions spontanées entre collègues. Pour que les plateaux conservent une ambiance sonore confortable, leur traitement acoustique peut être renforcé, notamment grâce à des revêtements spécifiques au sol, au plafond et sur le mobilier lui-même.« Différencier des environnements de travail zen et d’autres plus animés est apprécié à la fois de personnes qui téléphonent beaucoup et ne se voient pas passer la journée dans un espace clos exigu, et de profils plus en introspection qui vont aimer retrouver l’émulation d’un espace silencieux partagé, comme en bibliothèque », détaille Laure Philippe.

Conclusion

À contre-courant du bureau aseptisé , il est possible de construire un bureau sûr ET vivant, avec un peu d’ambition et d’imagination et en revoyant ses a priori (sans oublier d’impliquer les salariés dans la réflexion.) C’est même nécessaire pour refaire du travail un lieu de socialisation offline et redonner l’envie de venir au bureau, maintenant que tout le monde sait qu’il peut tout aussi bien travailler ailleurs.

Camille Rabineau

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