Voix grave, claire, profonde... Notre timbre impacte-t-il notre carrière ?

Notre timbre de voix influe-t-il sur notre carrière ?

Avoir l’air posé, assuré, sûr de soi… autant d’attitudes qui se perçoivent à travers la posture, mais aussi et plus étonnamment par la voix. Au même titre que nos gestes et nos mimiques reflètent nos pensées, notre voix dit beaucoup de la personne que l’on est, des émotions qui nous traversent et des blocages qui nous entravent. Tandis que certains trouvent leur voix trop fluette, d’autres vont la trouver trop stridente ou trop rocailleuse. Dans le cadre professionnel, cela peut être perçu comme un véritable handicap chez certains qui ont l’impression que leur voix ne leur permet pas d’être entendus comme ils le voudraient, voire agace ou déroute leurs interlocuteurs. Mais le timbre de voix peut-il vraiment influencer la carrière ? Et si oui, de quelle façon ?

Les voix graves sont-elles plus attirantes ?

Selon une récente étude menée par Krishnan Nair, chercheur à la Northwestern University, au nord de Chicago, les PDG de sexe masculin seraient mieux payés lorsque leur voix sonne plus “masculine”. Pour affirmer cela, le spécialiste et son équipe ont comparé des enregistrements vocaux de présidents de différentes sociétés britanniques parmi les mieux cotées en bourse lors de leurs trois premières années d’exercice. Il ressort que plus la voix est profonde et masculine, plus les PDG sont susceptibles d’avoir un salaire élevé. En cause ? L’être humain associe naturellement voix masculine et force physique, plaçant inconsciemment la personne à la voix plus masculine en position de leader. Bien sûr, quelqu’un à la voix plus masculine n’est pas nécessairement imposant physiquement, et quand bien même il le serait, rien n’indique que ressembler à Hulk fait de lui un meilleur PDG. Mais toujours est-il que l’étude du docteur Nair met en lumière cette association inconsciente entre « masculinité de la voix » et position de force, un phénomène qui va jusqu’à se répercuter sur la grille des salaires. De la même façon, une étude de 2015 menée conjointement par les universités de Miami et Duke suggérait que les électeurs étaient plus à même de voter pour des candidats politiques à la voix profonde, prêtant à ces derniers à une plus grande compétence. Mais pourquoi au juste valorise-t-on les voix profondes ?

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Une construction “sociale” de la voix

À l’âge adulte, les voix des hommes et des femmes se différencient en raison de l’épaisseur et de la taille des cordes vocales, pourtant la nuance se joue davantage au niveau du timbre de voix que de la hauteur. Selon les observations menées par Aron Arnold, docteur en sciences du langage, une voix de femme, même grave, sera perçue comme féminine en raison de son timbre, plus clair. Pour illustrer la différence entre hauteur et timbre, le chercheur prend l’exemple d’une note jouée sur un piano ou sur un violon : la hauteur est la même, mais le timbre est plus sombre avec le piano qu’avec le violon. S’il existe donc bien des différences physiques qui font que la majorité des femmes ont un timbre plus clair que la plupart des hommes, les valeurs que nous associons à ces différences de sonorité reposent en revanche sur des constructions sociales.

Aron Arnold, a observé que les enfants modulent leur voix en fonction de leur genre, alors même qu’il n’existe aucune différence physique au niveau de l’anatomie phonatoire à cet âge. De la même façon que le genre joue un rôle prépondérant sur la façon dont nous construisons notre gestuelle, la vision très binaire qui régit nos sociétés occidentales fait que, pour être accepté, nous conformons notre voix à notre genre. Et parce que nos sociétés reposent sur un système patriarcal, nous associons la voix masculine aux valeurs supposées caractériser les hommes, tandis qu’à l’inverse, celle des femmes se doit de refléter, en creux, les attributs de la féminité. « Une femme doit véhiculer l’image de la mère, avec une voix douce, berçante, sensuelle, dotée d’une certaine fermeté mais pas trop, éclaire la coach vocale Yael Benzaquen. À l’inverse, les hommes à la voix trop grave et « molle » peuvent donner une image de nounours, qui manque d’autorité. »

Avoir une voix plus profonde correspondrait donc mieux au cliché de l’homme viril, sûr de lui, apte à prendre soin de son clan, tandis qu’une voix douce, sensuelle, collerait à l’image de la femme rassurante, maternelle et sexuelle à la fois. Mais la tendance ne serait-elle pas en train de s’inverser ? Une étude montre qu’entre 1945 et 2017, la voix des femmes est plus grave d’une demie octave. Si certains y voient le signe de l’émancipation des clichés associés à la voix féminine, l’écrivaine et musicienne Blandine Rinkel y voit une contrainte que s’est imposée le sexe féminin, pour se faire entendre dans un milieu professionnel encore largement dominé par les hommes.

Déconstruire les clichés

Le timbre de voix joue donc indéniablement un rôle sur la façon dont les autres nous appréhendent. Or dans le cadre professionnel, où se nouent les relations de pouvoir, il semble prendre d’autant plus d’importance qu’il fait partie des premiers éléments que notre interlocuteur va percevoir de nous. Attention toutefois : lui accorder trop d’attention peut être dangereux. « La voix est représentative d’un être et si celui-ci est convaincu de ce qu’il dit, sa voix sera efficace », tranche Yael Benzaquen. L’idée n’est donc pas de penser que notre timbre de voix peut influer d’une façon ou d’une autre sur notre carrière, mais plutôt de se réapproprier notre voix, de façon à ce que celle-ci corresponde à qui nous sommes. « Les personnes qui veulent améliorer leur voix doivent travailler trois choses, explique la coach vocale. D’abord, croire en ce qu’elles vont dire, améliorer leur diction pour donner une épaisseur à leur propos, et apprendre à prendre le temps de dire, afin que la pensée puisse être comprise. » De nombreuses personnalités politiques ont par exemple eu recours à des coachs vocaux pour apprendre à s’exprimer de façon à ce que leur propos aient le temps de s’imprimer chez leurs sympathisants.

Plus que chercher à aggraver sa voix pour asseoir sa crédibilité, mieux vaut donc travailler sur ce qui nous conduit à penser que notre voix est un problème. Quels sont les blocages émotionnels, physiques qui font que notre timbre de voix ne semble pas nous correspondre ? Comment peut-on améliorer notre diction pour être mieux compris ? « La voix peut être modifiée par plusieurs éléments extérieurs, détaille Yael Benzaquen. Cela peut venir de tensions et de pressions internes, d’une mauvaise diction due à la position des muscles faciaux, d’une posture qui empêche de bien respirer… » L’importance est avant tout d’identifier ce qui nous pose un souci dans notre voix pour faire en sorte qu’elle nous plaise ou correspondre à des critères arbitraires.

S’il est vrai que le timbre de voix peut influer sur une carrière, dans le sens où les études montrent qu’une voix douce et profonde aura a priori plus tendance à rassurer l’interlocuteur, attribuer des qualités professionnelles à une personne en fonction de son timbre de voix est un raccourci dangereux. Rappelons-nous que plus que le timbre de voix, c’est surtout la diction, le rythme de la parole, et la clarté de l’élocution qui feront que la parole sera convaincante.

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Photo par Welcome to the Jungle
Édité par Romane Ganneval

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