Imposer le pass sanitaire dans son entreprise : qu’en pensent les managers ?

Imposer le pass sanitaire : qu'en pensent les managers ?

Depuis son obligation le 9 août en vue d’accéder à certains services, le pass sanitaire fait débat. Un sujet économique et social qui prend de l’ampleur puisqu’à compter du 30 août, des milliers de professionnel·le·s seront concerné·e·s par ce dernier. Mais au final, peut-on vraiment imposer le pass sanitaire en entreprise ? Qu’en pensent les managers ? Simple procédure ou dictature, inadmissible ou incontestable, on fait le point.

Tour d’horizon du pass sanitaire

Le pass sanitaire, quézako ? C’est simple : pour accéder à de nombreux espaces et services, il est désormais obligatoire de présenter une preuve sanitaire de vaccination complète ou un résultat négatif d’un test PCR / antigénique de moins de 72 heures. Comment ? Via un QR code crypté dans l’application TousAntiCovid ou, éventuellement, à l’ancienne sur papier.

Depuis le 9 août, le pass sanitaire est devenu le sésame des français·e·s pour se rendre en toute liberté dans les restaurants, les bars, les lieux de loisirs et de cultures, les centres médicaux et commerciaux, les transports de longue distance, les foires, etc. Bref, vous l’aurez compris, tous les lieux sanitaires et établissements / services accueillant plus de 50 personnes. Et si certains secteurs d’activité ne sont pas concernés par son obligation en entreprise, d’autres, au contraire, ne peuvent y déroger. En effet, à partir du 30 août (30 septembre pour les mineur·e·s), le pass sanitaire sera imposé aux professionnel·le·s intervenant dans les lieux indiqués ci-dessus. Concernant les personnels des établissements de soins et médicaux sociaux tenus de l’obligation vaccinale, des aménagements sont prévus jusqu’au 15 octobre 2021.

Et si le pass sanitaire fait débat et divise, l’inquiétude monte tant du côté des salarié·e·s que des employeurs. En effet, à partir de mi-octobre, les tests de dépistage ne seront plus remboursés. Dès lors, les employé·e·s devront payer leurs propres tests afin de travailler, soit une somme allant de 20 à 150€. Au regard du droit de travail, des questions commencent à se poser : l’employeur doit-il / elle payer les tests de ses collaborateurs.rices ou est-ce de leur ressort ? Affaire à suivre…

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Pas de pass, pas de salaire ?

Rappelez-vous : le 20 juillet, Elisabeth Borne, ministre du travail, déclarait au micro d’Europe 1 que « Si les salarié·e·s ne sont pas vacciné·e·s, le contrat sera suspendu, sans rémunération, et une fois le pass sanitaire validé, le contrat reprendra. Après deux mois de suspension, ce sera un licenciement pour “motifs personnels” (…) avec toutes les garanties de la procédure de licenciement prévue dans ce cas, dont les indemnités de licenciement pour le / la salarié·e ». Eh bien les choses ont changé, car désormais, le projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire, adopté le 26 juillet, prévoit une suspension du salaire des non-vacciné·e·s… Sans licenciement ! Mais alors, que pensent les managers de tout ça ?

Dans le camp des pour :

Prendre conscience de la maladie

« Chez Médicalib, les infirmièr·e·s libérales avec qui nous travaillons sont vaccinées à plus de 80%, donc bien au-delà du taux moyen français qui est de 70% pour le moment. Ils / elles ont conscience qu’ils / elles sont au contact direct du public et que le covid-19 est une maladie qui peut ne pas être négligeable pour certaines personnes. Il est important de prendre les mesures nécessaires pour protéger les patient·e·s et ne pas transmettre la maladie. Évidemment, si je côtoie des client·e·s ou des patient·e·s au quotidien dans mon travail, c’est alors mon devoir d’être vacciné pour les protéger mais aussi pour me protéger. » , nous confie Nicolas Baudelot, CEO de Médicalib.

Servir l’intérêt général et garantir l’activité

La vision de Nicolas Baudelot ne s’arrête pas là. Pour lui, le pass sanitaire sert l’intérêt collectif, il nous explique : « J’aime bien prendre l’exemple du taux d’alcoolémie pour les gens qui conduisent. Si tu souhaites boire et faire la fête, c’est ton choix, mais dans ce cas là tu le fais chez toi et tu ne prends pas ta voiture. Je pense que pour le pass sanitaire, c’est la même chose. Si tu veux aller au cinéma, au restaurant ou au bar, c’est très bien, mais alors il faut garantir la sécurité et la santé des autres. Le pass sanitaire sert l’intérêt général. Par exemple, je suis pompier volontaire dans les Yvelines où environ 30% des pompiers ne veulent pas se faire vacciner. Cela va poser problème, parce qu’à un moment donné, nous n’avons pas le choix. Si demain 30% des pompiers ne peuvent pas aller travailler, ça risque d’être compliqué d’avoir des secours pour le reste de la population. Il est primordial de penser collectivement. »

Responsabilité de l’employeur

Pour Stéphanie, gestionnaire RH, le pass sanitaire permet d’assurer la sécurité de ses salarié·e·s. Elle déclare : « Il en va de la responsabilité de l’employeur concernant la santé de ses salarié·e·s, cela implique également d’assurer la responsabilité en cas d’incident suite à la vaccination. De fait, tout effet secondaire indésirable du vaccin doit donc passer en accident du travail. L’entreprise est responsable de la santé de ses salarié·e·s au travail, tout comme elle doit faire en sorte qu’ils / elles travaillent dans des conditions où ils / elles ne puissent pas être blessé·e·s. L’entreprise doit donc faire en sorte que les collaborateur·rice·s ne puissent être contaminé·e·s. ».

Dans le camp des contre :

Baisse des gestes barrières

« Le pass sanitaire donne une fausse impression de sécurité et fait baisser la garde et les gestes barrières de la part des salarié·e·s. Ainsi, le virus continue de circuler silencieusement. », nous confie Sophie, responsable dans un magasin. Et d’ajouter : « Je vois les employé·e·s vacciné·e·s ne suivant plus les gestes barrières, ils / elles se lavent moins les mains qu’avant alors que cela était pourtant devenu une habitude. De même, le masque est de moins en moins porté, bien que nous ayons communiqué sur l’importance d’appliquer les gestes barrières, et ce, même vacciné·e.s. »

Inégalités de traitement entre les travailleurs

Autre problématique soulevée par Clotilde, manager dans l’aéronautique : une injustice de traitement entre les salarié·e·s de secteurs différents. « Le débat ne doit pas avoir lieu dans chaque entreprise. Le débat doit avoir lieu dans la société et être tranché par ceux / celles que nous avons élu·e·s pour nous représenter et éclairé par les experts scientifiques dont c’est le rôle. Pour plus d’égalité entre les travailleur·euse·s, il est important de clarifier les règles et qu’elles soient les mêmes pour tous. La situation actuelle est inconfortable car inégale : on distingue le / la travailleur·euse du / de la citoyen·nne. Par exemple, je suis privilégiée par rapport à une infirmière en CHU, car moi j’ai le choix de me faire vacciner ou pas. Or au quotidien, nous sommes 2 citoyennes qui côtoyons d’autres citoyens. Moi autant qu’elle les jours où je vais au bureau. »

Atteinte à la vie privée

« C’est une atteinte à la vie privée. Ce n’est pas le rôle des managers de surveiller et de vérifier les informations personnelles des collaborateur·rice·s car ce n’est pas leur métier. C’est une décision du ressort de l’Etat que d’imposer la vaccination, et non des managers. Ne déplaçons pas le débat et les responsabilités qui vont avec » , nous confie un lecteur. Fabrice, gérant d’un restaurant s’indigne face au pass sanitaire. Il nous confie : « Pour ma part, je suis vacciné contre la Covid-19. Mais l’une de mes serveuses ne l’est pas. Pour autant, je ne vais pas l’inciter à le faire. De même pour mes clients ! A cause du virus, mon activité s’est mise en pause pendant un an. Maintenant que la machine s’est remise en route, ce n’est ni mon rôle ni mon métier que d’aller vérifier si ils/elles ont un pass sanitaire. »

Photo par WTTJ
Article édité par Paulina Jonquères d’Oriola
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