Coronavirus : pourquoi sommes-nous si irrationnels ?

Coronavirus : pourquoi sommes-nous si irrationnels ?

Un article de notre expert.e

NOUS SOMMES TOUS BIAISES - C’est un fait : nous sommes tou·te·s victimes des biais cognitifs. Vous savez ces raccourcis de pensée de notre cerveau, faussement logiques, qui nous induisent en erreur dans nos décisions quotidiennes, et notamment au travail. Dans cette série, notre experte du Lab Laetitia Vitaud identifie les biais à l’oeuvre afin de mieux comprendre comment ils affectent votre manière de travailler, recruter, manager… et vous livre ses précieux conseils pour y remédier.

Explication

La crise sanitaire que traverse le monde avec le COVID-19 comporte son lot de biais cognitifs, qui expliquent certains de nos comportements irrationnels. Face à cette épidémie difficile à cerner, à des données incomplètes, et à un virus méconnu, nous tombons dans au moins quatre biais connus :

  • L’heuristique de disponibilité : en psychologie, cela désigne un mode de raisonnement qui se base uniquement sur les informations immédiatement disponibles en mémoire. Quand on vous parle de COVID-19 à longueur de journée, vous avez tendance à céder à la panique. La viralité de la maladie n’a d’égale que la viralité (numérique) des fake news et des polémiques. Ça n’aide pas à avoir les idées claires !

  • Le biais du survivant : il consiste à tirer des conclusions trop hâtives à partir d’un jeu de données incomplet. C’est un biais de sélection qui fait surévaluer la probabilité d’un scénario en concentrant son attention sur les sujets à propos desquels des informations nous sont parvenues (« survivants »). En l’occurrence, le nom de ce biais semble ici peu approprié… car il nous amène à surévaluer la mortalité du virus : on a surtout des données sur les malades aux symptômes graves et ceux qui décèdent, tandis que les malades aux symptômes légers ne sont pas allés consulter (les données les concernant n’ont pas « survécu »).

  • Le biais de normalité : c’est la tendance à croire que les choses fonctionneront toujours normalement et à sous-estimer la probabilité d’un désastre complètement inattendu et fou. C’est pourquoi la plupart des gens ne se préparent pas de manière adéquate aux catastrophes. Les entreprises (et les individus) tombent dans le biais de normalité après un désastre inattendu. Cela conduit à une mauvaise préparation (équipements, assurances, etc.). Cela conduit également à la paralysie et à ce que l’on appelle « l’effet de l’autruche ».

  • Le biais de nouveauté nous fait craindre davantage un risque nouveau (méconnu) que d’autres risques que l’on connaît. Les accidents de la route sont toujours aussi mortels— mais ils nous intéressent moins. Or les autres risques (et autres virus) ne devraient pas être ignorés !

Lire aussi dans notre rubrique : Decision Makers

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Conséquences pour les ressources humaines

L’entreprise (et notamment les CSE) a un certain nombre de responsabilités vis-à-vis de ses employés. Le code du travail précise que l’employeur doit assurer la « santé mentale » des travailleurs (obligation de sécurité).

Face à la panique généralisée, il n’est pas toujours facile de prendre les bonnes décisions. Faut-il annuler un événement parce que d’autres événements similaires sont annulés ? Faut-il aller jusqu’à fermer ses bureaux ? Sinon, quelles mesures sanitaires sont nécessaires pour améliorer la sécurité de tous ?

Comment y remédier ?

L’essentiel est de chercher un équilibre entre une juste information (ne surtout pas minimiser le danger) et le fait de nourrir la panique.

Une prise de conscience de nos biais cognitifs dans la gestion de cette crise peut aider à prendre de meilleures décisions. Par exemple, il est plus important de faciliter le lavage de mains de ses salarié.e.s / mettre à disposition du gel désinfectant pour les mains que de leur procurer des masques.

Cette crise est l’occasion d’installer de nouvelles habitudes sanitaires dans l’entreprise qui peuvent servir à minimiser d’autres risques. Grâce à des visuels appropriés, on peut inciter les employé.e.s à se laver les mains à chaque passage aux toilettes. On peut aussi installer l’habitude de désinfecter régulièrement les poignées de portes, et apporter des modifications de design utiles : des portes battantes pour aller aux toilettes (plus besoin de toucher des poignées), des serviettes en papier à usage unique à disposition pour se sécher les mains, des lingettes désinfectantes pour nettoyer les claviers et smartphones…

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Nous sommes tous biaisés !

Votre cerveau vous dupe. Notre experte Laetitia Vitaud vous révèle les biais qui affectent vos pratiques RH et managériales, et comment les déjouer.

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