« Certains collègues ne respectent pas les règles sanitaires et ça m'angoisse »

16 mars 2021

4min

« Certains collègues ne respectent pas les règles sanitaires et ça m'angoisse »
auteur.e
Clémentine Marot

Chef de projet marketing freelance dans les secteurs mode et art de vivre

J’ai toujours été un peu flippé des maladies. Je ne me définirais pas comme quelqu’un d’hypocondriaque, mais presque. Vous comprenez donc pourquoi une pandémie était, pour moi, le pire scénario possible en 2020. L’apparition du Covid-19 m’a très logiquement plongé dans une profonde angoisse. Je suis commercial et j’ai vite été soulagé d’apprendre que mon entreprise suspendait une partie de nos activités et nous demandait de travailler de la maison. Mais en juin dernier, après plusieurs mois en télétravail à temps plein, j’ai choisi de surmonter ma peur pour me rendre à nouveau une fois par semaine au bureau, et retrouver mes collègues. On ne peut pas rester enfermé chez soi indéfiniment ! Sauf que je ne m’attendais pas à ce que mon positivisme et mon calme soient mis à si rude épreuve… J’ai mal vécu la désinvolture de certains vis-à-vis des mesures sanitaires.

Des règles mais des zones d’ombre

Si les règles sanitaires sont clairement explicitées par le management et régulièrement rappelées au bureau, j’ai vite réalisé que leur mise en pratique se révélerait bien plus complexe et qu’elle comporterait de nombreuses zones d’ombre, laissant place à l’interprétation de chacun.

Dès le premier jour de mon retour au bureau, j’ai gardé mon masque comme recommandé, même s’il n’y avait pas grand monde autour de moi. Rapidement, les moqueries ont fusé : « Toujours aussi flippé ! Tu gardes même ton masque à ton bureau ! » Rien de méchant bien sûr, mais je me suis senti perdu, ne sachant plus quoi faire : garder mon masque par précaution ou l’enlever pour faire cesser les moqueries ?

Mon inquiétude s’est muée en malaise lors de ma première réunion, dans un bureau fermé, lorsqu’un de mes collègues a retiré son masque pour entamer son goûter. Encore une fois, c’était le dilemme : je ne voulais pas faire une remarque pour ne pas paraître désagréable. Mais, en même temps, il me semblait que c’était la responsabilité de chacun de ne pas “forcer” l’autre à avoir une proximité physique. Quelques regards noirs suffiront finalement à lui communiquer ma désapprobation.

Nous n’avions donc pas le droit de déjeuner au bureau, mais avions-nous le droit de grignoter pendant une réunion ? Ce sont ces fameuses “zones d’ombre” que j’évoquais qui créent des situations inconfortables. J’avais à chaque fois la sensation d’être prise en étau entre ma peur, les règles sanitaires, et l’insouciance de certains collègues face au danger, pourtant bien réel.

Risque subi vs. risque choisi

Le fond du problème, c’est surtout que je ne souhaitais pas (et ne souhaite toujours pas) attraper le coronavirus par des gens que je n’ai pas vraiment choisi de voir. La situation dans laquelle je me suis retrouvée avec mon collègue n’aurait pas été la même si cela avait été hors du cadre du travail, à l’occasion d’un afterwork auquel j’aurais choisi de me rendre par exemple.

Bien sûr le confinement n’est pas une mesure viable sur le long terme, bien sûr nous avons besoin d’interactions sociales, mais le risque que nous prenons au bureau n’est, selon moi, pas choisi, d’où l’importance de respecter scrupuleusement les règles sanitaires dans ce cadre.

Cette notion de risque a beaucoup conditionné les relations entre collègues qui ont perdu de leur spontanéité et a créé une distance que je déplore. Avant, il était normal de prolonger la journée de travail en allant boire un verre avec ses collègues. Pour ma part je ne souhaite plus le faire pour le moment, préférant réserver les moments de convivialité à mes proches.

Le fait de constater que tout le monde ne respecte pas les règles, et de ne pas connaître le niveau de protection des collègues dans leur vie personnelle, pousse à un repli sur soi et instaure un climat de méfiance qu’il m’est difficile de dépasser. Le bureau est normalement un endroit où il est intéressant de côtoyer des personnes différentes de soi, de sortir de sa zone de confort. Le contexte fait qu’aujourd’hui, je ne garde contact qu’avec les collègues avec qui j’ai des affinités, je m’arrange pour venir au bureau en même temps qu’eux, et je me prive donc des interactions habituelles que j’ai avec les autres.

Inconscience ou insouciance ?

Étant très angoissé par ce virus, j’ai du mal à comprendre pourquoi nous ne portions pas tous le même niveau d’attention aux règles sanitaires. Mais je me dis parfois qu’en fait, comme la moyenne d’âge dans mon entreprise se situe entre 25 et 35 ans, la majorité de mes collègues n’avait pas vraiment peur d’attraper le coronavirus et ne se sentait pas particulièrement concernée. Chacun fait attention quand il va voir ses parents ou ses grands-parents, mais c’est tout.

Et puis, je crois aussi qu’il est très difficile de changer une norme établie, ou en tous cas que cela prend du temps. J’ai bien conscience qu’étant hypocondriaque, je prête une attention démultipliée aux gestes barrières, mais qu’il était difficile pour la majorité des gens de modifier radicalement et en si peu de temps, leur mode de vie. Je suis convaincue que mes collègues qui ne respectaient pas les règles ne le faisait pas intentionnellement, j’y vois plutôt une forme d’insouciance ou de maladresse.

La solution : la responsabilité individuelle

Je ne pense pas que le télétravail imposé soit la solution idéale face au risque de transmission du virus en entreprise, car nous avons un besoin vital d’interactions. Par ailleurs, je me demande si la hiérarchie peut réellement faire davantage pour faire respecter les règles, si ce n’est en faisant des piqûres de rappel régulières et en éclaircissant ces fameuses zones d’ombre. Envisager des blâmes ou des sanctions instaurerait un climat encore plus néfaste et conduirait certainement à des dérives, c’est d’ailleurs pour cela que je n’ai même jamais envisagé de faire part de mon inconfort à ma hiérarchie.

Depuis, j’ai choisi l’humour comme parade ! Je n’hésite pas à parler très régulièrement de mon hypocondrie, à faire preuve d’autodérision sur le sujet afin que le plus de personnes possible soient au courant et que cela les pousse à faire plus attention en ma présence.

Plus généralement, je crois qu’il en va de la responsabilité de chacun de faire preuve de civisme et de respect. Nous ne connaissons pas tout de la vie de nos collègues, c’est le propre des relations professionnelles. Certains vivent peut-être avec des personnes fragiles, d’autres comme moi sont particulièrement angoissés par la maladie… Le principe de précaution doit s’appliquer dans le monde du travail plus encore qu’ailleurs.

En attendant la sortie de cette crise, je vais continuer à prendre sur moi pour me rendre au bureau même si je ne suis pas à l’aise, car je tiens à garder le lien avec les équipes. Je n’attends qu’une chose : pouvoir à nouveau partager mon goûter en toute insouciance au bureau avec mes collègues, la bouche à l’air !

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Photo d’illustration by WTTJ

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