Psycho Boulot : tout peut être bon dans la procrastination !

La procrastination : comment en faire un atout au travail ?
Un article de notre expert.e

On entend souvent dire : « Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on aurait pu faire le jour-même ». Que ce soit pour les résolutions de la nouvelle année, quand vous voulez nettoyer votre bureau ou quand vous souhaitez vous mettre au sport. C’est un proverbe que tout le monde connaît et pourtant, force est de constater que personne ne l’applique. Alors pourquoi se dire en permanence qu’on veut faire des choses qu’on ne fera pas ? Dans ce troisième épisode de Psycho Boulot, essayons de comprendre avec Albert Moukheiber, ce qu’est vraiment la procrastination, comment elle fonctionne, et surtout, si c’est vraiment une mauvaise chose.

La première chose à savoir sur la procrastination, c’est que tout le monde la pratique. C’est un phénomène qui existe depuis très longtemps et qui touche tout le monde. Les joueurs de foot, les politiciens, les chefs d’entreprise, tout le monde procrastine ! Même Platon en parlait dans l’Antiquité, avec un mot savant qui répond au doux nom d’”acrasie”. L’acrasie vient du grec A : sans et Kratos : pouvoir. Autrement dit : le pouvoir sans pouvoir. Elle renvoie donc à la propriété de faire des choses qui vont à notre encontre et indique que nos comportements peuvent nous désavantager nous-mêmes. Cette sorte de divorce intérieur est souvent considérée comme un manque de volonté. Mais nous allons voir qu’à la différence de l’acrasie, la procrastination n’est pas qu’une affaire de volonté.

Le coût de la vie

On compte plusieurs modèles théoriques en sciences cognitives et en sciences sociales qui peuvent expliquer la nature de la procrastination. Parmi eux, on trouve ce qu’on appelle une dyade, soit la combinaison de deux éléments en psychologie, qui prend ici, la forme d’un trou : le « trou intention-action » - ou en VO -, la « Intention-Action Gap ». Ce trou symbolise le fossé plus ou mois grand qui peut se creuser entre notre intention de faire quelque chose et le moment où l’on passe véritablement à l’action. Plusieurs éléments viennent moduler ce « trou intention-action »

1 - Premièrement, il existe ce qu’on appelle le « coût d’entrée » ou « la friction ». Ce coût se calcule en estimant combien il est difficile ou pas de démarrer une action.

2 - Deuxièmement, on trouve le « coût de maintien » qui s’obtient en estimant cette fois-ci s’il est difficile ou pas de continuer l’action.

3 - Enfin, nous obtenons « la récompense » dont l’intensité s’adapte en fonction de la vitesse à laquelle je vais la décrocher après avoir effectué une action.

Admettons que vous êtes fumeur et que vous voulez arrêter. Le coût d’entrée est assez simple. Sauter une seule clope, ce ne sera pas si compliqué. En revanche, dans deux heures, quand l’envie reviendra, le coût de maintien sera beaucoup plus important. Ici, nous sommes en présence d’une situation de procrastination où démarrer l’action est assez facile, maintenir l’action se trouve être relativement difficile et la récompense - se sentir mieux, mieux respirer - est relativement lointaine. Typiquement une situation où vous risquez de procastiner.

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Découper, c’est gagné !

Alors comment peut-faire pour réduire ces coûts d’entrée, réduire ces coûts de maintien et obtenir une récompense plus rapide ? Comme nous l’avons vu, la procrastination n’est pas qu’une question de volonté. Il faut également prendre en compte la manière dont nous visualisons les tâches que nous voulons effectuer.

Disons que nous avons un projet à mener. Il s’agit d’un grand, très grand projet qui nous prendra des mois de travail. Si nous attendons six mois pour avoir notre récompense, nous allons avoir beaucoup de mal à maintenir notre effort. Mais si nous le découpons en petites parties, ce projet va sans doute être beaucoup plus simple à aborder. En anglais, on appelle le “chunking : on va découper notre tâche hyper consistante en petits morceaux, plus digestibles. C’est pour cela que la manière dont nous visualisons les choses que nous devons faire est presque aussi importante que notre volonté de bien (les) faire.

On peut imaginer que la procrastination est une bonne chose. On appelle ça le « désengagement intentionnel ». En nous désengageant, nous allons procastiner les choses qui nous font du mal. Par exemple ? Notre stress. Si vous êtes stressé par une présentation que vous devez réaliser dans trois jours, vous pouvez vous dire grâce à la procrastination que vous stresserez plus tard. C’est un mécanisme de décalage des actions bien connu qu’on appelle tout simplement la flemme. Et la flemme, ça peut être de la bonne procastination !

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