Travailler en voyageant : Johnny FD, le gourou des "digital nomads"

Rencontre avec Johnny FD, gouru des digital nomads

Voyager d’un continent à l’autre avec son laptop dans son sac à dos, travailler sur une plage paradisiaque déserte quand d’autres dépriment de la grisaille automnale, partir le week-end faire de la plongée dans la mer rouge avec des amis plutôt que passer une énième après-midi à regarder les passants de la terrasse d’un café, vous en avez toujours rêvé ? Vous avez prévu même de sauter le pas ? Johnny FD, lui n’a pas hésité une seconde à quitter San Francisco, pour devenir ce que l’on appelle aujourd’hui un “digital nomad”. Figure de proue de cette communauté qu’il a créée et organisateur de la conférence “Nomad Summit”, il a accepté de nous raconter la vie qu’il partage avec ses compagnons de route, mais aussi comment ils ont réussi à adapter leur mode de vie à la situation sanitaire actuelle.

Depuis une décennie tu es connu comme le porte-voix des digital nomads. On sait pourtant très peu de choses de toi. D’où viens-tu et à quoi ressemblait ta vie avant que tu commences à voyager à travers le monde ?

J’avais une vie très simple ! J’ai grandi à San Francisco, j’avais un boulot stable qui me faisait enchaîner des journées de 8 heures. Je gagnais plutôt bien ma vie, mais je n’étais pas véritablement heureux. Pour moi, tout a changé après avoir lu The 4-hour Work Week de Timothy Ferriss en 2007. J’ai d’abord démissionné, puis je me suis concentré sur les enseignements de la seconde partie du livre qui aborde la question de la liberté. Dans ces pages, on apprend par exemple que créer son business, c’est travailler pour soi afin de réaliser ses propres rêves et non pas ceux d’un autre. Cela permet également de disposer pleinement de son temps et se concentrer sur ce qui est vraiment important pour nous. J’ai quitté mon appartement et mon petit confort et je me suis envolé pour la Thaïlande, où j’ai été guide de plongée à mon compte pendant quatre ans dans les îles. Si le cadre de vie était exceptionnel, je n’avais pas encore trouvé un moyen pérenne de voyager en gagnant ma vie confortablement et je tournais un peu en rond. Soit je retournais aux États-Unis soit je trouvais un moyen de me faire de l’argent d’une autre façon.

« Créer son business, c’est travailler pour soi afin de réaliser ses propres rêves et non pas ceux d’un autre »

Aujourd’hui, tu vends un certain mode de vie à travers ton blog, mais quand tu t’es lancé, il a fallu que tu trouves une autre activité pour vivre, non ?

Tu vas te moquer de moi, mais j’étais dans une telle impasse qu’un jour j’ai tapé sur Google : « Comment se faire de l’argent sur Internet ? » Cela peut paraître étonnant, mais j’y ai trouvé quelques idées qui m’ont aidé à me lancer dans le e-commerce. Une fois que j’ai réussi à stabiliser ma situation, j’ai eu envie de partager mon expérience autour de moi et j’ai commencé à raconter mon mode de vie dans un blog. Même si ce n’était pas vraiment prévu, c’est à travers lui que la communauté des nomades du numérique s’est construite. Il y a un peu moins de dix ans, très peu de personnes travaillaient à distance. En 2013, on était seulement une vingtaine à vivre de cette façon. On se rencontrait via des amis communs, il n’y avait pas encore de structure, ni de groupe à proprement parler, ce n’était pas du tout populaire. Le blog a permis aux autres nomades d’échanger des bons plans, d’entrer en contact les uns avec les autres et à nous faire connaître au travers d’événements. Il est difficile de savoir combien se sont lancés depuis, mais je pense qu’on est aujourd’hui quelques milliers à travailler en changeant régulièrement de lieu de vie.

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Vous vous donnez des rendez-vous, vous échangez des bons plans… Vous vous suivez et vous vivez ensemble aussi ?

Les nomades sont par nature très indépendants et vivent généralement chacun de leur côté. Après, ils ne sont pas aussi anticonformistes qu’ils le pensent. Ils ont tous envie d’aller là où leurs amis de la communauté sont allés, lorsqu’ils pensent à changer de pays. D’ailleurs, ils ne choisissent généralement pas une destination pour y faire du tourisme, mais parce qu’en suivant les conseils des autres, ils sont sûrs de trouver une bonne connexion Internet et savent d’avance qu’ils ne seront pas les seuls nomades du coin.

Personnellement, j’ai toujours eu peur qu’une ville ne devienne trop populaire, qu’il y ait trop de monde, que les prix flambent et que les règles concernant les visas ne changent. Pour éviter que cela n’arrive, je suis toujours en quête de nouvelles destinations, comme un défricheur de tendance dans la mode recherche ce que l’on portera dans deux ans. Ces dernières années, j’ai passé du temps au Mexique, en Georgie, en Lituanie, en Ukraine, aux Maldives, à Bali, en Grèce, au Népal…

« Personnellement, j’ai toujours eu peur qu’une ville ne devienne trop populaire […] Pour éviter que cela n’arrive, je suis toujours en quête de nouvelles destinations, comme un défricheur de tendance dans la mode recherche ce que l’on portera dans deux ans. »

Depuis 2015, tu es connu pour organiser le plus grand événement de la communauté des digital nomads, le Nomad Summit. D’autres nomades t’aident à l’organiser ? Combien font le déplacement ?

Je pense qu’il est important de rappeler que pendant ces quatre jours qui rassemblent environ 400 participants, il y a près d’une dizaine de conférences où l’on donne tout un tas de conseils sur le nomadisme 2.0 : comment construire un business en ligne rentable, comment gérer une chaîne Youtube, comment voyager léger, ou encore vivre cette expérience en famille… Voilà, ce que les participants viennent chercher et puis, cela permet de créer des liens et faire du networking.

Côté organisation, après avoir défini un lieu, j’essaie de trouver un partenaire pour m’épauler. Cela peut être une organisation ou une personne. Ensuite, j’embauche des volontaires et des travailleurs de la communauté qui nous aident à tout mettre en place. On est en général sept personnes à y travailler pendant des semaines. Selon les compétences de chacun, certains s’occupent du networking ou d’organiser l’after party, du marketing… Tous sont d’anciens participants qui ont commencé à nous donner un coup de main de manière informelle et qu’on rémunère aujourd’hui.

Ils ont fait le choix de travailler d'où ils veulent, quand ils veulent

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Vous gagnez votre vie grâce à cette activité ?

Non, c’est quelque chose que je fais parce que j’aime ça, mais aussi, parce que je veux expliquer au plus grand nombre qu’il est possible de vivre de cette façon. J’ai la chance d’avoir du temps libre, de l’argent et une certaine expérience pour me permettre d’organiser des événements. Mais il ne faut pas croire que c’est ce qui me fait vivre, loin de là !

Dans le travail, est-ce que les nomades s’entraident ?

Ça arrive ! Si par exemple un développeur est très doué en code Wordpress et qu’un autre galère un peu, le premier lui proposera un coup de main. Et le second l’aidera en retour sur une créa par exemple. Les gens s’entraident et collaborent, mais ce n’est pas une obligation. Chacun doit d’abord gérer son propre business.
C’est d’ailleurs pour échanger davantage, se donner des conseils, partager, en plus d’alléger les coûts que beaucoup voyagent et habitent ensemble. Personnellement, je suis plus heureux tout seul, mais ça m’est déjà arrivé de vivre en colocation avec d’autres nomades.

Avez-vous le temps de profiter des endroits dans lesquels vous restez et ce malgré le fait que vous travaillez ?

Je vais prendre mon exemple personnel : quand je travaille, je le fais comme un salarié lambda et je m’impose des journées de sept heures. La seule différence, c’est que je n’ai pas de bureau fixe, donc je m’installe un peu où je peux, cela peut être dans un café ou dans un espace de coworking. Ma vie est vraiment différente de celle des sédentaires pendant le week-end. À chaque fois que j’ai du temps libre, je sais que je vais me débrouiller pour passer deux ou trois jours en vadrouille quelque part. Aux États-Unis, si l’on veut se faire un week-end un peu magique, il faut toujours prendre l’avion. Finalement, ça n’en vaut pas la peine. Ici, je suis déjà sur place et il me suffit de sortir de chez moi pour en profiter ! Ce mode de vie et les aventures qui vont avec, c’est vraiment ce qui fait le sel de notre mode de vie. Après, chaque membre de la communauté s’adonne à ses propres loisirs en fonction de ses envies.

« À chaque fois que j’ai du temps libre, je sais que je vais me débrouiller pour passer deux ou trois jours en vadrouille quelque part. »

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Combien de temps restez-vous dans une ville en moyenne ?

En temps normal, hors covid, je reste entre un et trois mois à un endroit. Beaucoup de soi-disant nomades voyagent trop rapidement, n’arrêtent pas de changer de ville. Dans ces conditions, ils n’ont ni assez de temps pour travailler, ni assez de temps pour profiter de ce que chaque endroit propose comme activités culturelles, ce sont juste des backpackers en perpétuel mouvement. Il y a aussi ceux qui restent trop longtemps dans un même endroit et ne bougent pas assez. Ils vivent pratiquement comme des expats. La frontière entre les deux est ténue, mais pour moi, le digital nomad est celui qui arrivera à trouver le juste équilibre.

Cela fait plus de dix ans que vous avez choisi ce mode de vie. Si on se projette un peu, vous imaginez un jour renouer avec un quotidien disons plus “traditionnel” ?

Je ne crois pas. Même si je finis par m’installer quelque part avec une compagne et que j’ai des enfants, je sais que je continuerais à travailler à distance. Je voyagerais peut-être un peu moins, entre trois ou six mois par an, mais je ne peux pas y renoncer. D’ailleurs, j’ai rencontré pas mal de familles de nomades ! Ce qui est certain, c’est qu’en vivant de cette façon, parents comme enfants s’enrichissent et apprennent davantage sur le monde qui nous entoure.

Ça ressemble à quoi la vie d’un digital nomad en pleine crise du coronavirus ?

Depuis le début de la crise sanitaire, je suis au Sri Lanka. Et même si je me suis retrouvé bloqué ici, j’ai très vite réalisé que j’avais beaucoup de chance. Pendant la durée du confinement en Europe, j’ai pu continuer à voyager librement dans le pays. Il y a tellement peu de touristes que les sites habituellement très fréquentés sont vides, et les hôtels bradent leurs prix. Pour aider un peu le pays, je me suis rapproché de l’office du tourisme afin de produire des vidéos Youtube pour montrer toutes les richesses du Sri Lanka quand la crise sera terminée.

La crise actuelle n’a-t-elle pas mis fin à une certaine idée du nomadisme : celle qui veut que l’on enchaîne les avions pour se rendre d’un bout à l’autre du monde comme certains prennent les transports en commun ?

Je pense qu’on va être toujours plus nombreux à travailler à distance et à voyager. Seulement, tout sera un peu plus lent. De toute façon, prendre l’avion toutes les deux semaines pour aller d’un endroit à l’autre du globe ce n’était pas viable pour l’équilibre de ces travailleurs, ni respectueux de l’environnement. Ce ralentissement est donc, pour moi, une bonne chose !

En prenant un peu de recul, quels sont les avantages et les contraintes de ce mode de vie ?

Je pense qu’on apprend beaucoup sur nous-mêmes en voyageant et il faut le dire, c’est aussi une façon très économe de vivre. Nous sommes généralement payés en dollars ou en euros alors que nous vivons en Thaïlande ou au Sri Lanka, donc nous y gagnons en taux de change et en impôts. Psychologiquement, ce mode de vie a des effets très bénéfiques, on se sent vraiment libre : avec le décalage horaire, on travaille quand on veut et où on veut. Et on fait des expériences qu’on n’aurait pas imaginées : des safaris, de la plongée dans une mer inconnue et préservée, apprendre des nouvelles langues… La liste est longue ! Mais rien n’est parfait et le revers de la médaille, c’est qu’il est difficile de rencontrer l’amour quand on bouge tout le temps. De temps en temps, on peut se sentir seuls, même si les outils nous aident à rester en contact avec nos amis et nos familles.

« Mais rien n’est parfait et le revers de la médaille, c’est qu’il est difficile de rencontrer l’amour quand on bouge tout le temps. »

Quel serait le premier conseil que vous donneriez à une personne qui envisage de sauter le pas ?

Commencez par vous documenter sérieusement. Lisez les blogs et les histoires de ceux qui l’ont fait et trouver votre propre itinéraire. Mais il ne faut pas non plus trop réfléchir avant de se lancer. Et arrêtez de dire que vous allez le faire dans un an ou deux… La vie a tendance à nous rattraper. J’ai envie de dire : qu’est-ce que vous attendez ?

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Photo copyright Nomad Cruise Rene Schiffer

Romane Ganneval

Journaliste - Welcome to the Jungle

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