L’entreprise en solo : soutenir les freelances en Europe

Être freelance aujourd’hui, qu’est-ce que c’est ? En tant que dirigeants de petites entreprises bénéficiant d’une protection faible voire inexistante, les freelances manquent parfois d’informations concernant les politiques juridiques et administratives du pays où ils travaillent, et les différences entre leur statut et le marché du travail traditionnel. Naviguant dans une « zone trouble » entre salariés et entrepreneurs, ils ont l’avantage de ne pas dépendre d’horaires ni d’un lieu de travail précis. Mais ce mode de vie professionnelle n’est pas toujours aussi idyllique qu’on le croit.

Tous les freelances font face au même défi : réussir à construire et diriger une entreprise tout en menant une vie équilibrée. Le Harvard Business Review a interrogé environ 400 freelances d’Europe et d’Amérique du Nord. Pour l’un des répondants, rester dans la course se fait au prix d’efforts constants pour se faire connaître. La nécessité permanente de vendre ses propres services, la solitude et la construction d’une identité et d’une réputation de marque sont également au nombre des difficultés citées.

En plus de diriger une entreprise – c’est-à-dire de choisir un modèle économique, de gérer les comptes, les ventes et autres activités quotidiennes –, les freelances sont souvent tenus de mener à bien des projets comme tout autre employé. Toutefois, ils ne bénéficient pas des mêmes avantages que les salariés (comme les congés payés) ni de la sécurité de l’emploi, ce qui profite aux clients en leur évitant les coûts du travail puisqu’ils n’ont aucune prestation à payer. Le travail des freelances s’inscritdonc sur les comptes comme une simple dépense.

Pour faire face aux difficultés et aux contraintes de la vie de freelance, qui suppose d’importants risques et une protection minimale, les ressources humaines devront mettre en place des outils et des ressources pour leur permettre de se concentrer sur leur travail. Pour accroître la productivité et trouver un équilibre, elles pourraient d’adresser à des organisations qui gèrent l’aspect administratif de l’activité des freelances.

S’affranchir des limites géographiques

D’après la European Freelancers Week, on compte environ 11 000 000 de freelances en Europe uniquement. Bien que ce chiffre représente moins de 12 % du marché du travail, il correspond néanmoins à une part importante de la population du continent – et une part qui continue de croître. Si on considère cette communauté comme ne dépendant pas d’un point géographique particulier, on comprend mieux les défis que représente la numérisation du travail – surtout pour ceux qui résident dans des villes coûteuses comme Paris, Londres ou Amsterdam. Les entreprises et agences de ces capitales travaillent parfois avec des individus bien au-delà des frontières géographiques traditionnelles.

Dans son ouvrage, Le Précariat, Guy Standing, professeur en développement à l’université SOAS de Londres, décrit les contraintes qui pèsent sur les freelances confrontés à une concurrence agressive. Il explique que le marché du travail en freelance, dopé par la numérisation et la mondialisation, est un marché mondial en apparence ouvert où, pour trouver du travail, les participants doivent faire la meilleure offre. En pratique, cela signifie que les freelances sont forcés de baisser leurs honoraires pour continuer d’attirer les clients.

Tous les freelances que j’ai rencontré m’ont dit avoir un comptable qu’ils ne souhaitaient pas recommander. Il m’a donc fallu deux mois pour trouver quelqu’un.

Tom Bourlet, freelance installé à Brighton, au Royaume-Uni, se dit capable de faire face aux agences en demandant moins et en produisant plus. Il désigne les petites entreprises comme sa clientèle cible. Son principal défi : obtenir un premier rendez-vous pour lancer de nouveaux projets. Il souligne aussi la difficulté de trouver un comptable fiable à un prix raisonnable.

« Tous les freelances que j’ai rencontrés m’ont dit avoir un comptable qu’ils ne souhaitaient pas recommander. Il m’a donc fallu deux mois pour trouver quelqu’un », explique-t-il.

Généralement, afin de s’aligner sur le coût de la vie, les salaires sont plus élevés dans les centres urbains que dans les banlieues et zones rurales. Néanmoins, ces critères sont sans importance pour les clients qui embauchent des freelances aux quatre coins du monde. Tom Bourlet, par exemple, vit à Brighton et peut facilement entrer en concurrence avec les freelances et agences de Londres. Tout ce qui compte pour le client, c’est combien d’économie il va pouvoir faire.

Représentation commune des freelances en Europe

Une étude de 2019 sur le statut de freelance en France, menée par la plateforme en ligne Malt, a montré que, bien que 60 % des freelances français se réservent au moins quatre semaines de vacances par ans, ils continuent néanmoins de répondre aux demandes des clients pendant leurs congés. Ils ont également tendance à travailler plus que les salariés durant le weekend. Au vu de cet équilibre (précaire) entre vie professionnelle et vie privée, il semble évident que les freelances ont besoin de plus de soutien.

La communauté de Malt a été créée par des freelances qui souhaitaient contourner le manque de transparence de certains intermédiaires et éviter la course au prix le plus bas qui sévit sur certaines plateformes.

Partenaire de près de 70 000 entreprises immatriculées et 100 000 freelances, Malt accompagne ses adhérents dans les démarches administratives et la comptabilité, et propose une assurance responsabilité civile professionnelle et un moyen de paiement sécurisé. En outre, Malt travaille exclusivement avec des talents et entreprises locaux, ralentissant ainsi la délocalisation du travail. Camille Léage, directrice de la communauté, souligne l’importance de la lutte contre la dévaluation des services.

« La communauté de Malt a été créée par des freelances qui souhaitaient contourner le manque de transparence de certains intermédiaires et éviter la course au prix le plus bas qui sévit sur certaines plateformes. »

De la même manière, Smart, une organisation visant à permettre aux freelances de faire leur travail plus efficacement, est active dans neuf pays européens (Belgique, Allemagne, France, Espagne, Italie, Pays-Bas et Autriche) et propose à ses membres des avantages et services collectifs comme un soutien juridique, financier, administratif et économique, notamment pour la facturation. Ainsi, Smart permet aux freelances de travailler sans se soucier des contraintes administratives que supposent la création et la gestion d’une entreprise.

Donner du pouvoir aux freelances dans le monde des entreprises

Malgré les quelques organisations qui cherchent à redonner du pouvoir aux freelances en Europe, le statut des freelances dans les entreprises reste flou et incertain. Dans un article pour la European Freelancers Week, Sarah De Heusch, responsable de projet chez Smart, explique la crise identitaire qui frappe les freelances. Étant donné le manque de clarté du statut de freelance dans les domaines de la politique publique et de la législation nationale, ces travailleurs n’ont droit qu’à une protection minimale.

« On confond souvent le travail en freelance et le travail indépendant. En théorie, le travail indépendant est un statut juridique tandis que le travail en freelance ne l’est pas nécessairement. Ce dernier renvoie plutôt à un mode de travail et de vie, et s’applique à des situations allant bien au-delà du travail indépendant, par exemple aux individus qui sont employés dans une entreprise pour une mission courte, à ceux qui passent régulièrement d’une entreprise à une autre, aux travailleurs indépendants qui optent pour un statut de salarié au sein de coopératives ou de sociétés de portage, etc.* »

Le problème de fond reste le même : le travail en freelance constitue toujours l’exception, et non la règle. Dans un monde dominé par l’ubérisation du marché, où un grand nombre de freelances effectuent des contrats flexibles ou des contrats « zéro heure », il est crucial de mettre en place un large filet de sécurité sociale pour éviter l’apparition d’un nouveau type de prolétariat. Et de telles protections ne viendront pas seulement d’organisations comme Malt ou Smart.

On confond souvent le travail en freelance et le travail indépendant. En théorie, le travail indépendant est un statut juridique tandis que le travail en freelance ne l’est pas nécessairement.

Pour offrir plus de soutien aux freelances, il s’agirait de les inclure dans les discussions en matière de politique publique et dans l’élaboration de la législation. Pour ce faire, des projets comme i-Wire, qui vise à créer une classification des « travailleurs indépendants », sont un bon point de départ. Idem pour le soutien accru du Parlement européen, notamment la mise en place, en avril 2019, de « droits minimum » pour les travailleurs à la demande. On est toutefois en droit de se demander si ces efforts législatifs pourront fournir un filet de sécurité adéquat dans un monde d’incertitude et de perturbation numérique.

Dans les entreprises, les solutions sont plus simples. Les RH doivent faire savoir aux freelances que leur point de vue compte, à la fois grâce au langage et aux outils utilisés lors du recrutement, et en incluant les candidats sélectionnés dans la culture d’entreprise dès leur embauche. De plus, ils peuvent orienter les freelances vers les plateformes comme Smart et Malt pour les soulager de leurs tâches administratives.

Il y a encore beaucoup à faire avant que les freelances puissent jouir d’une protection complète. En posant les bases d’un soutien solide, les départements des ressources humaines peuvent déjà leur simplifier considérablement la vie. Au bout du compte, les freelances les plus talentueux finiront par être attirés par les organisations où ils se sentent les plus appréciés.

Article en collaboration avec Are We Europe

Illustration : Eddie Stok

Are We Europe

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