Un salaire élevé fait-il de nous une cible potentielle au licenciement ?

Salaire élevé : cible prioritaire au licenciement ?

Tandis que débute le dernier trimestre de cette année particulière, les annonces de licenciements se multiplient, partout. Certains secteurs sont plus gravement touchés ou menacés que d’autres, à l’image du prêt-à-porter ou de l’industrie non alimentaire. Vous craignez que votre niveau de salaire fasse de vous une cible toute trouvée ? Et si votre employeur songeait à réaliser une coupe rapide et substantielle en se séparant de ses collaborateurs les mieux payés ?

Le compteur semble tourner en continu, à notre grand désespoir : licenciements dans les entreprises, fermeture de magasins, enseignes en péril… Les autorités comme les observateurs économiques prévoient le pire pour les mois à venir. Les secteurs les plus touchés sont ceux en lien direct avec la clientèle : restaurants, hôtels, compagnies aériennes et culture, comme l’indique un rapport de l’INSEE. Parallèlement, le gel des recrutements se généralise, avec une chute de plus de 55% du nombre d’offres d’emploi cadre publiées en France cette année par rapport à 2019.

Dans son rapport sur le sujet, l’Observatoire des Inégalités nous apprend que les niveaux de salaire les plus élevés se retrouvent chez les cadres dirigeants, les professions médicales et parfois informatiques, les activités juridiques ou encore les personnels navigants de l’aviation. Si les entreprises mettent ainsi la main au portefeuille, c’est avant tout pour s’assurer la fidélité des salariés. Sachant cela, il est naturel de craindre l’effet inverse : quand les coupes budgétaires deviennent incontournables, on imagine aisément l’entreprise se tourner vers les solutions radicales et à effet immédiat.

Un salaire, mais pas que

Perdre son emploi peut s’avérer être un événement traumatisant, à l’origine d’une forme de deuil. On ne perd pas un être cher, mais il s’agit d’une fin possiblement brutale, avec laquelle il faut apprendre à composer. La magnitude du séisme dépend de l’attachement que nous portons à notre travail, de la place que nous lui donnons. Et de notre réponse à cette question : dans quelle mesure est-il le reflet ou la pierre angulaire de mon identité ?

Un revenu confortable est aussi une sécurité. Grâce à lui, vous avez un toit et un frigo rempli. Plus largement, il autorise un certain niveau de vie. Mais pas que. Un niveau de salaire élevé a généralement pour corollaire un statut social élevé. Un haut magistrat a peu de chances d’être payé au SMIC. Un salaire équivaut à une valeur financière, laquelle semble bien souvent définir ce que nous « valons », tout court. S’inscrire dans une telle réflexion revient à faire du chômage un no man’s land identitaire, une version au rabais de qui l’on est. Ce cheminement mental n’a, lui, aucune valeur : estimer un être humain à l’aune de sa rémunération est une aberration… vers laquelle il nous arrive de glisser malgré nous, au risque de rendre la perte de salaire plus difficile qu’elle ne l’est déjà.

Qu’avez-vous exactement à perdre ?

Pas facile de faire une croix sur votre poste valorisant, votre sentiment de sécurité, votre statut social et votre train de vie. Le sentiment de deuil peut être exacerbé par différents facteurs :

  • L’importance que vous donnez à votre statut/prestige. Dans quelle mesure définissent-ils qui vous êtes ?
  • Ce que représente une « belle carrière » dans votre famille. Êtes-vous le premier à avoir décroché un poste lucratif ? Vous a-t-on mis la pression pour « réussir » ou marcher dans les pas de vos aînés ? Êtes-vous au contraire une « anomalie » dans un entourage moins aisé, davantage tourné vers des carrières moins lucratives ? Votre famille a peut-être connu des moments difficiles que votre sécurité financière actuelle permet d’effacer.
  • La manière dont cela risque d’affecter votre train de vie. Passer du temps en famille ou avec des amis est synonyme pour vous de grands restaurants, de vacances à Courchevel ? Si votre quotidien (emprunt immobilier, scolarisation des enfants dans le privé…) reflète votre niveau de salaire, la perspective du chômage a de quoi vous provoquer des insomnies.

Dans le doute, passez à l’action

Si vous craignez de perdre votre emploi, passez à l’action sans tarder, ne serait-ce que pour vous projeter dans la suite.

1. Libérez-vous de vos « menottes dorées »

Un salaire élevé assortit de primes ou d’avantages en nature constitue une forme de prison dorée, coinçant parfois les salariés à un poste qui ne le rend pas heureux. Si vous sentez que le vôtre est menacé, c’est peut-être l’occasion d’y réfléchir : aimez-vous ce que vous faites ? Ou êtes-vous resté pour le salaire ? Un licenciement pourrait être le déclic dont vous aviez besoin. Dans une récente enquête menée par le cabinet de recrutement Robert Half, on apprend que 70% des salariés français réévaluent leurs carrières pour l’ère post-coronavirus. Peut-être en ferez-vous partie ?

2. Acceptez votre peur de l’inconnu

Dites-vous que vos peurs sont peut-être totalement infondées. « Les salariés surestiment généralement le risque de perdre leur emploi – et sous-estiment parallèlement la difficulté d’en retrouver un », peut-on lire dans un article des chercheurs en sciences économiques et sociales Andy Dickerson et Francis Green.

Des universitaires américains ont suivi des salariés en période d’activité et d’inactivité. Ils ont constaté qu’un « sentiment persistant d’insécurité de l’emploi s’accompagne de symptômes dépressifs et d’un état de santé perçu comme relativement mauvais. » En d’autres termes, craindre le pire nous mine la santé.

3. Regardez l’avenir en face

Avoir un travail apporte une double sécurité : celle d’une carrière fléchée et celle de percevoir un salaire à la fin du mois. Sans lui, l’avenir devient plus flou, donc inquiétant. Notre peur de l’inconnu surpasse toutes les autres et devient une source potentielle de stress, de colère, de frustration et d’incapacité aller de l’avant.

En matière de stress, se sentir démuni est un facteur aggravant. Observez vos pensées, voyez si vous avez le sentiment de subir les événements. Mais ne vous laissez pas paralyser. Réagissez.

4. Offrez-vous un temps d’introspection

Il est temps de vous poser quelques questions existentielles et de regarder de plus près ce qui fait de vous un être singulier. Identifiez ce qui contribue à votre bonheur, les périodes durant lesquelles vous avez été le plus heureux, ce qui vous passionne. Quels étaient vos rêves d’enfant ? Revenez sur le moment de votre vie (peut-être durant vos études ?) où vos choix ont pu s’orienter vers un projet sûr et raisonnable, une profession stable et très bien payée. Votre vie va peut-être changer, mais rien ne dit qu’elle sera moins belle.

Citons l’exemple de Jan McCourt, qui, après avoir perdu son emploi dans la finance à Londres, s’est lancé dans l’agriculture avec son épouse. Il témoigne dans une interview pour le magazine britannique Management Today : « Sur le coup, j’ai très mal vécu mon licenciement, mais avec le recul, et même si notre situation financière n’est pas au beau fixe, c’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver. C’est un fait, je passe plus de temps avec mes proches, je décide moi-même de mon avenir et j’ai le sentiment d’avoir repris contact avec la vraie vie. »

5. Adaptez votre budget mensuel

Faites le point sur votre train de vie et voyez comment adapter vos dépenses afin de mieux gérer une perte de revenus. Faites-en l’expérience tant que vous êtes encore en poste, en réduisant vos sorties par exemple. Commencez à mettre de l’argent de côté – votre salaire vous le permet, c’est déjà une bonne nouvelle – et épongez vos éventuelles dettes ou crédits.

6. Envisagez la suite de votre carrière

Affûtez vos compétences en regardant ce qui se fait aujourd’hui dans votre secteur, activez votre réseau professionnel, rapprochez-vous de vos collègues. Pourquoi pas également suivre une formation ? Pensez aussi à étudier les autres secteurs dans lesquels vous pourriez travailler. Au moment de candidater, veillez à affiner votre CV en fonction du poste visé. Estimez enfin le montant de vos indemnités de licenciement ou de vos allocations chômage pour peut-être lancer votre propre activité.

7. Entourez-vous des bonnes personnes

N’hésitez pas à parler à vos proches, à vos amis et vos collègues dans la même situation que vous. Leur soutien vous aidera à reconnaître qu’il y a une vie après un licenciement et que tous tiennent à vous, même quand vous vous sentez rejeté par votre entreprise.

Si vos peurs sont légitimes mais infondées, il vous sera toujours bénéfique de réfléchir à votre avenir et de vous préparer financièrement au pire. Et, pourquoi pas, d’envisager une autre voie, en accord avec qui vous êtes.

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Photo d’illustration by WTTJ

Traduit de l’anglais par Sophie Lecoq

Emma Cullinan

Psychotherapist and writer

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