BADASS : Parler de sa vie privée au boulot ? Attention à l’effet boomerang !

BADASS : faut-il parler de sa vie privée au travail ?
Un article de notre expert.e

Lucile Quillet

Journaliste experte de la vie professionnelle des femmes

Bonjour, je suis Lucile, journaliste indépendante et autrice du livre de coaching « Libre de prendre le pouvoir sur ma carrière », quand je ne réponds pas à vos dilemmes pros sur Instagram. Dans BADASS, je vous explique comment ne plus être une « gentille fille » pour décomplexer votre carrière.


Les trois semaines sur la presqu’île de Crozon étaient magiques, votre gros clash familial avec volées de merguez mis à part. De Mykonos, vous êtes revenue avec un bronzage parfait et un récit de summer love torride (vous, en trouple avec un pêcheur et une peintre argentine dans une piscine à débordement). À votre retraite silencieuse Vipassana, vous avez découvert votre moi profond et avez désormais très (très) envie d’en parler. Bref, vous ramenez un paquet d’anecdotes au bureau en cette rentrée et, enivrée par la joie de la liberté et l’été retrouvés, vous vous prêté à plus de confidences que prévu avec vos collègues (surtout depuis que Benoît de la compta est devenu une star de TikTok en un été). Sauf que… non.

La vie perso convertie en qualité pro

S’il est tentant de parler de sa vie privée pour gagner du lustre ou se faire apprécier de ses collègues (« love me, please, looove me »), vous risquez de vous prendre un boomerang dans la figure très fort. Car, malheureusement, on tire bien plus rapidement des conclusions sur les aptitudes professionnelles des femmes à partir de leur vie personnelle. C’est triste, c’est sexiste, mais c’est encore la réalité.

Vous-même avez sans doute péché en pensant que Sandrine ne ferait pas une bonne manager après qu’elle vous ait raconté le week-end où elle a perdu l’ouïe à cause des cris de ses triplés. En revanche, quand Bastien confie n’avoir dormi que quatre heures à cause du petit dernier, vous avez vu en lui un warrior. Les choses changent (trop lentement), et pour les femmes actives, il faut toujours être un peu plus vigilante sur ce qu’on dit.

Le problème est qu’on ne peut pas non plus ne pas parler de sa vie personnelle au travail, sous peine de passer pour une asociale paranoïaque. Ce serait aussi manquer une occasion de parfaire votre image pro. Alors, quels petits morceaux de notre vie perso jeter aux crocodiles pour les rassasier sans finir par être mangée toute crue ? On y arrive.

1. Distinguez l’intime et le privé

Évidemment, on ne va pas passer en mode muraille de Chine au moment de répondre à un tout simple « C’était bien tes vacances ? » Heureusement, la vie personnelle se subdivise en deux sous-catégories qui vont faire toute la différence : le privé et l’intime.

Le privé, ce sont les éléments de votre vie perso totalement inoffensifs, moins susceptibles d’être l’objet d’un jugement de valeur. Ce sont les morceaux à lancer à vos collègues, ceux qui vous permettent de jouer le jeu de la sociabilité et leur donnent l’impression de mieux vous connaître, sans pour autant leur servir votre âme sur un plateau.

L’intime, c’est ce qui vous appartient, ce qui parle de votre vécu, de vos blessures, de vos vulnérabilités et aussi ce qui peut faire plus facilement l’objet d’un jugement. Plus c’est « croustillant », plus les pookies de l’open space auront envie de le répéter… Plus votre “moi pro” passera en arrière-plan.

J’ai découvert la cuisine nikkei pendant les vacances : privé. J’ai dépensé 5000 euros en une nuit au casino : intime. J’ai été championne de curling durant mon adolescence : privé. J’ai été mariée quatre fois : intime.

2. Réglez votre curseur

Dans un monde idéal, je vous conseillerais de garder tout l’intime pour vous. Mais dans la vraie vie, on doit composer, soit parce que cette partie intime a un impact sur notre vie pro, soit parce que l’on aurait trop l’impression de se trahir en cachant tout.

Vous êtes aidante d’un proche en situation de dépendance, vous entrez dans un processus de PMA, vous vivez votre foi de façon appliquée, vous êtes en couple avec une personne du même sexe… C’est à vous de placer le curseur entre l’authenticité (ce qui vous permet d’être à l’aise, de ne pas avoir l’impression de jouer un rôle, de vous simplifier la vie) et la sécurité (ce qui vous protège du jugement et de la caricature). Entre les deux, il y a la balance de votre bien-être professionnel qui vous permet d’être vous tout en gardant les cloisons protectrices pour laisser chaque chose à sa bonne place.

La forme importe : vous pouvez informer votre N+1 que vous êtes en processus de PMA (ce qui explique des absences répétées) sans que tous vos collègues soient au courant (ce qui évite de faire face aux « Alors, ça en est où ? ») Vous pouvez expliquer à l’équipe que vous ne buvez pas d’alcool aux afterworks car vous avez connu jadis des problèmes d’addiction, sans vous étendre. Gardez en tête que ce que l’on dit une fois est une information mais ce dont on parle à répétition peut rapidement devenir une étiquette.

3. Définissez vos “no go zones verbales”

Souvent, pris dans l’enthousiasme du moment, on parle plus vite que son ombre. Qui aurait cru que le récit de votre randonnée du week-end aurait débouché sur celui de la pire mycose de votre vie ?

Pour baliser votre conversation de petits warnings, il est utile d’anticiper et définir des “no go zones verbales” précises, c’est-à-dire tous ces sujets pour lesquels vous vous savez prête à plonger (c’est si tentant et facile) mais devez faire demi-tour immédiatement : vos problèmes conjugaux, vos traumatismes, les difficultés d’éducation avec les enfants… Tous ces éléments intimes qui peuvent faire l’objet d’un jugement de valeur et être mal traduits dans la sphère pro. Surtout que cette partie de votre vie n’a rien à faire ici. Vous n’avez pas besoin de vous dévoiler autant pour bien vivre au travail.

4. Confortez votre storytelling

Less is more mais selected is encore plus more. Quitte à subir l’effet boomerang de la vie perso, autant que ce dernier soit positif et serve vos objectifs.

Réfléchissez aux « go zones verbales » à exploiter, soit toutes les informations du “privé” qui vont renforcer votre image pro : anecdotes, hobbies, centres d’intérêt qui peuvent être traduits en qualités professionnelles. Vous jouez depuis onze ans dans une équipe de handball : vous savez travailler en équipe. Vous êtes synesthète et voyez des variations de couleurs en écoutant de la musique : vous avez la fibre créative.

5. Le secret n’existe pas

Surtout, n’oubliez jamais que le secret n’existe pas. Car vos collègues ne sont pas vos amis (du moins, pas tout de suite). Car la confiance n’est pas due, mais se gagne avec le temps. Car les informations peuvent parfois être utilisées contre vous par des “rivaux”. Car au travail, comme partout ailleurs, les gens aiment les ragots. Aussi, parlez, racontez, partagez, mais soyez prête à éventuellement assumer face à tout l’open space.

Certains pensent que moins partager sa vie privée appauvrit les relations professionnelles, que cette réserve et prudence rendent le travail plus ennuyeux. Je crois au contraire que ces cloisons multiplient les espaces de notre vie et sa richesse. Au travail, mes problèmes personnels n’ont pas leur place. Je ne suis ni la mère, ni la femme de, ni l’amie, ni la fille ni la soeur : je suis une professionnelle. En restant discrète, c’est à une autre dimension de soi jusqu’ici inconnue que l’on fait de la place : pour soi, et aux yeux des autres.

Lucile Quillet est l’autrice du livre Libre de prendre le pouvoir sur ma carrière, guide de coaching professionnel pour les femmes qui veulent se réaliser au travail (éd.Diateino). Vous pouvez la joindre sur LinkedIn et lui partager vos problèmes et questions sur Instagram.

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Comment rayonner, asseoir sa valeur et obtenir ce que l’on mérite vraiment au travail en tant que femme ? Lucile Quillet répond.

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