L’estime de soi à l’épreuve de la recherche d’emploi, comment garder confiance ?

Recherche d'emploi : comment affecte-t-elle l'estime de soi ?

Guettant la sonnerie de votre téléphone, vous attendez qu’un employeur potentiel vous rappelle. Entre les réponses négatives de certains et le silence radio des autres, vous vous demandez si vos candidatures tombent juste. Vous vous dites peut-être que vous visez trop haut ? Que vos compétences et qualités ne sont peut-être pas suffisamment mises en avant dans votre CV ? Et inévitablement, vous commencez à douter de vous… et à vous interroger : “qu’est-ce que je vaux, finalement, sur le marché du travail ?” Alors, pourquoi cette période de recherche d’emploi met notre estime de nous-même à rude épreuve ? Et comment, sereinement, garder confiance ?

Mais pourquoi la recherche d’emploi met-elle à l’épreuve notre estime de soi ?

« J’ai l’impression que je n’ai pas les qualités nécessaires pour être embauché(e). Je suis trop nul(le).» « Ils vont se rendre compte que je manque d’expérience ; il y a sur le marché de bien meilleurs candidats que moi. » Vous les connaissez ces petites phrases démotivantes qui trottent dans la tête ? C’est normal mais attention, est-ce que vous n’auriez pas un peu tendance à prendre vos pensées (négatives) pour la réalité ?

L’estime de soi, un jugement subjectif que l’on porte sur soi-même

Déterminer soi-même sa propre valeur, quelle drôle d’idée ! Et pourtant, nous le faisons sans arrêt… En tant qu’humains, nous avons gardé ce réflexe ancien de survie qui vise à vérifier régulièrement en quelques coups d’œil notre valeur au sein du groupe afin de s’assurer qu’on a toujours bien notre place dans la communauté. De ce réflexe découle l’estime de soi, que l’on peut définir comme le jugement, l’évaluation que nous portons sur notre propre valeur. Selon l’American Psychological Association, elle englobe « la perception qu’une personne a de son apparence physique, sa vision de ses réalisations et de ses capacités, de ses valeurs et de son succès, ainsi que sa vision de la manière dont les autres la perçoivent et lui répondent. » Plus cette vision est positive, plus on peut parler de bonne ou de haute estime de soi.

Depuis notre naissance, nous nous constituons une image de nous dont l’estime de soi fait partie. Comme l’a expliqué le sociologue américain Charles H. Cooley, cette image se définit dans l’altérité, c’est-à-dire dans la relation et sous le regard des autres ; dans la relation aux parents d’abord, durant la petite enfance, puis peu à peu avec notre entourage et avec nos pairs. Christophe André, médecin psychiatre à l’Hôpital Sainte-Anne à Paris, explique bien le fonctionnement de cette estime de soi dans son ouvrage Imparfaits, libres et heureux, pratiques de l’estime de soi (aux éditions : Odile Jacob). Pour le psychiatre, cette estime de soi a besoin, pour subsister, de deux « nourritures » essentielles : la reconnaissance sociale et le sentiment d’efficacité personnelle.

Pas de boulot, pas de feedback ?

Qui dit estime de soi dit évaluation… On se juge, et puis, pour vérifier qu’on ne se trompe pas, on regarde ce que les autres semblent penser de nous. Ou à l’inverse, on se concentre sur ce que son entourage rapporte à notre propos, puis on se fait un avis - positif ou non - sur la question. Mais lorsque l’on vit une phase de recherche d’emploi, on manque parfois de retours de son environnement auxquels se fier… Plus d’évaluations, plus de retours clients pour nous rappeler qu’on est quelqu’un de bien puisqu’on fait du bon travail. Alors que la reconnaissance sociale est un élément essentiel pour nourrir notre estime de soi, on peut commencer à douter et à ruminer, selon qu’on a tendance à se trouver plutôt chouette ou carrément nul.

Sans emploi, on se sent parfois à la marge…

L’absence de travail peut être lourde à vivre dans une société qui le valorise tant. N’est-ce pas par leur boulot que tant de personnes ont l’habitude de se présenter ? « Bonjour, je m’appelle Chloé, actuellement en recherche d’emploi », peut être difficile à assumer. On parle alors de reconnaissance de conformité : nous sommes nombreux à nous rassurer en étant bien perçus, comme semblables et conformes au groupe. Être étiqueté « sans emploi » nous met donc sur la touche… Le groupe peut même nous projeter une certaine pression : « Tu ne devrais pas faire la fine bouche, il faut que tu bosses » ; « Cela fait longtemps que tu cherches, ne serais-tu pas trop difficile ? » Ces petites phrases déstabilisantes de notre entourage censées nous aider ont souvent l’effet inverse : au lieu de nous motiver, nous pouvons nous sentir dévalorisés et perdre peu à peu confiance.

La peur du rejet réactivée

Difficile de savoir ce que l’on vaut quand ceux que nous considérons comme les principaux évaluateurs - c’est-à-dire les recruteurs - ne répondent pas ! Les réponses négatives et l’absence de réponse à nos candidatures peuvent nous déstabiliser et réactiver une peur de rejet toute naturelle. Si cette peur peut nous être utile à un certain niveau (par exemple, en nous aidant à peaufiner nos candidatures), elle peut aussi parfois nous tétaniser. C’est cette même peur qui peut nous faire interpréter négativement les événements, lorsque, par exemple face à l’absence de réponse à nos candidatures, on se dit qu’on est “trop nul” plutôt que de prendre en compte la quantité énorme de personnes qui ont dû postuler pour le poste… Dans ce cas, il est important de se rappeler que le fait qu’une autre personne que nous ait été recrutée parmi les centaines d’autres candidats n’est pas une attaque personnelle et ne fait pas de nous un(e) moins-que-rien !

Douter de ses capacités et craindre d’être démasqué

Pendant nos recherches, on se met parfois même à douter de nos propres capacités : « ils vont se rendre compte que je ne suis pas au niveau. » Le sentiment d’être un imposteur pointe le bout de son nez, surtout quand les offres d’emploi affichent une liste de compétences à posséder longue comme le bras. La peur d’être démasqué (“et si le recruteur se rend compte que je suis une personne moins compétente que j’en a l’air ?”) surgit. Comme si les autres attendaient de nous qu’on sache tout sur tout, qu’on soit parfait ! S’il est normal de douter, cette inquiétude peut paralyser. Le doute a sa fonction - il nous permet de nous remettre en question et d’éviter de foncer droit dans le mur, par exemple en postulant pour un poste bien au-dessus de nos qualifications - ce n’est pas pour autant qu’il faut se décourager pour un poste parfaitement à notre portée. Douter oui, mais ne pas se dévaloriser pour autant !

La notion d’estime de soi n’est pas la même chez tout le monde : elle peut être stable chez certains et plus fragile chez d’autres. Bien évidemment, les conditions qui ont conduit à la situation de recherche d’emploi pèsent dans la balance. L’ébranlement de l’estime de soi peut être d’autant plus grand quand les conditions de l’expérience de chômage sont subies (licenciement, etc.) et traînent dans la durée. Les difficultés s’exacerbent aussi quand nos parcours de vie nous ont parfois ébranlés. C’est pourquoi, nous vous proposons quelques pistes pour prendre soin de vous durant cette période.

Recherche d’emploi : comment prendre du recul et garder confiance ?

1. Faites le point sur vous et votre valeur ajoutée, objectivement

Puisque l’estime de soi est une évaluation subjective - donc potentiellement faussée -, pourquoi ne pas faire le point avec un professionnel pour gagner en objectivité ? Le psychiatre Christophe André nous rappelle qu’il vaut mieux « se montrer prudent par rapport aux conclusions précipitées de son critique intérieur ». C’est pourquoi, faire le point sur son parcours et ses compétences avec une personne neutre peut vraiment vous aider à faire la différence entre les faits et votre interprétation !

Faire un bilan de compétence ou un bilan de carrière peut également être utile pour y voir plus clair. Vous faire accompagner par un coach vous permettra de prendre du recul sur votre parcours et faire le point sur vos atouts et vos forces. Autre moyen de connaître efficacement sa valeur sur le marché du travail : rencontrer des recruteurs, des chasseurs de tête ou des consultants dans des cabinets de recrutement. Ils pourront vous faire des retours instructifs sur votre profil, vous auder à vérifier vos perceptions et préparer vos armes !

2. Construisez votre confiance dans l’action

Plus l’on tarde à agir, plus la peur d’agir est grande… Et notre estime de soi s’en trouve altérée. Une semaine passée à parcourir les sites d’offres d’emploi d’un air désabusé ne fait pas de bien au moral…. Christophe André, dans sa pratique de thérapeute, observe à quel point l’action peut nourrir notre estime de nous. Se mettre en mouvement nous fait prendre conscience que nous avons les capacités nécessaires pour changer notre situation et agir sur notre destin. Vous aimeriez vous mettre en mouvement, mais rien ne se passe sur le marché de l’emploi ? Rien de tel que des actions régulières pour gagner un peu en confiance… et en fierté ! Vous pouvez essayer de diversifier vos actions en vous fixant toujours des objectifs atteignables, petit pas par petit pas.

En plus de vos candidatures classiques, vous pouvez par exemple :

  • Réorganiser complètement votre CV/votre profil LinkedIn/votre book et le faire valider par des proches
  • Contacter un professionnel du métier que vous visez pour échanger avec lui
  • Renouer contact avec des anciens collègues/anciens camarades de promo, prendre des cafés avec des personnes de votre réseau
  • Vous renseigner sur les formations dans votre domaine, suivre une formation grâce à votre Compte Personnel de Formation, suivre un MOOC en langues ou dans un domaine qui vous intéresse
  • Faire des candidatures spontanées dans des structures dont le projet vous plaît tout particulièrement, etc.

Toutes les actions que vous entreprenez et qui donnent des résultats concrets, même petits, vous permettent de reprendre le contrôle, renforçant au passage votre sentiment d’efficacité personnelle. Le philosophe Charles Pépin qui a exploré cette notion de confiance en soi démontre que si l’action comporte un risque - celui de se planter -, elle amène souvent un plus grand bien : émerge alors le « plaisir de constater les résultats et la confiance qui s’en dégage ».

3. Lancez-vous dans des projets personnels motivants pour soigner votre humeur et donc, votre estime de soi

Si vous comptiez uniquement sur votre vie professionnelle pour vous épanouir, vous courrez le risque de trouver le temps long durant votre période de recherche. Puisque l’estime de soi se nourrit du sentiment d’efficacité personnelle, et de la reconnaissance que l’on ressent de notre entourage, il peut être intéressant de conserver des activités qui nous permettent de nous sentir bien, et à notre place, au delà de la sphère pro. Fini de culpabiliser parce que vous allez courir ou vous balader le mardi matin quand vos amis vont au travail, ces activités vous sont peut-être indispensables pour tenir dans la durée !

Activités sportives, créatives, ludiques, associatives ou encore petits boulots peuvent vous permettre de garder la pêche ! Pourquoi ne pas mettre par exemple bénévolement vos compétences au service de ceux qui en ont besoin, accepter des missions courtes ou dépanner des proches ? Autant d’occasions de vous sentir utile et de vous rappeler votre valeur !

4. Ne restez pas seul(e) : l’importance de bien s’entourer

Puisqu’il n’y a pas “que le travail dans la vie”, il est essentiel de veiller à bien s’entourer durant cette période de recherche d’emploi. En restant isolé, vous vous protégez du regard parfois critique des autres, mais vous vous privez de feedbacks potentiellement riches aussi. « Ce jugement que nous portons en permanence sur nous-même ne pourrait alors se nourrir que de notre subjectivité ; le risque serait trop important », rappelle Christophe André qui nous met en garde contre nos perceptions parfois erronées de nous-même.

Les relations positives, la convivialité et les moments d’amitié peuvent vous permettre d’être mieux fixé sur votre valeur tout en vous permettant de prendre soin de vous. Vous pouvez par exemple vous rapprocher de personnes dans la même situation que vous pour vous épauler les uns les autres, ou entamer des démarches de réseau ; au-delà des opportunités professionnelles que cela pourrait vous ouvrir, il est souvent bon de lire dans les yeux de nos interlocuteurs la valeur qu’ils vous octroient ! N’hésitez pas aussi à vous accorder du bon temps de loisirs avec des proches : on ne peut chercher du boulot 24h/24, 7jours/7 ! Ce qui nous met de bonne humeur à tendance à améliorer légèrement notre estime de nous, profitez-en ! Veillez bien sûr à sélectionner avec soin les relations qui vous font du bien en évitant les sources de pression et de dévalorisation.

La situation de recherche d’emploi peut être vécue comme une épreuve qui vient parfois réactiver nos fragilités. Rester en mouvement et en relation est un bon moyen d’entretenir notre estime de soi et ne pas s’enfermer dans des chaînes de pensées négatives. Prendre soin de soi est tout particulièrement important durant cette période et peut même avoir un impact sur l’efficacité de vos recherches : vous serez d’autant plus avenant et dynamique que vous vous sentirez bien dans votre peau. D’où l’importance de rester à l’écoute de ses émotions, de ses besoins et de faire preuve de bienveillance avec soi-même… Tout en se faisant confiance. Car si la route n’est pas sans embûches, vous avez en vous les ressources pour trouver la meilleure réponse possible à chaque situation !

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Photo d’illustration by WTTJ

Cécile Pichon

Psychologue du travail, Coach et Consultante RH

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