« Vous êtes trop qualifié » : comment passer la barrière de la surqualification ?

21 mars 2018 - mis à jour le 10 nov. 2022 8min

« Vous êtes trop qualifié » : comment passer la barrière de la surqualification ?

auteur.e.s

Manuel Avenel

Journaliste chez Welcome to the Jungle

Ingrid Dupichot

Freelance Content Writer

Votre profil professionnel est béton. Après de longues et laborieuses études et/ou de nombreuses compétences glanées au fil des expériences, vous pensiez que les recruteurs n’attendaient que vous ? Surprise, on vous rétorque que vous êtes « surqualifié » pour le poste. Mais qu’est-ce que cela veut dire et comment réagir ?

Surqualification : de quoi parle-t-on ?

Quand on entend le terme surqualification, c’est généralement pour faire référence à une situation professionnelle dans laquelle, nos compétences et/ou nos expériences dépassent celles qui sont requises pour le poste auquel on candidate. Typiquement, si vous êtes diplômé d’un parcours d’ingénieur en informatique, avez managé des équipes pendant 10 ans chez Google et décidez de changer de crèmerie pour une offre de réparateur dans une petite boutique d’informatique, il y a de fortes chances pour que vous soyez surqualifié pour le poste (on exagère à peine).

Vous avez toutes les compétences certes et même beaucoup d’autres en stock. Alors en quoi la surqualification pourrait-elle poser problème au juste ? Est-ce pour autant un avantage au moment de postuler d’être surarmé pour un job ? L’entreprise n’aura-t-elle pas quelques craintes au sujet de votre candidature ? Et si vous êtes dans le cas de notre ingénieur - que nous appellerons John par choix purement arbitraire - pourquoi postulez-vous à cette annonce qui semble en-deçà de vos compétences ?

Ce n’est pas toujours un choix de candidater à des postes sous qualifiés

Après de nombreuses tentatives de candidatures envoyées aux plus belles entreprises de votre secteur, aucun retour concluant ? Vous décidez de jeter votre dévolu sur une autre annonce, qui ne paie pas de mine (mais vous permettra au moins d’avoir une paie !) et pour laquelle vous êtes hyper qualifié ? Votre cas n’a rien d’étonnant.

D’après une étude de l’OIT, 20% des salariés des pays à revenu élevé ont un niveau d’éducation supérieur à celui requis par leur métier. Et la France suit cette tendance. D’après l’étude du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) de juin 2021, le niveau des actifs détenteurs d’un bac + 3 a ainsi augmenté de 16% entre 1994 et 2019, mais le nombre d’emplois requérant cette qualification, n’a quant à lui augmenté que de 7%. Et de manière générale, le volume d’emplois non qualifiés est resté le même. Ce qui entraîne un phénomène de sélection favorable aux entreprises qui recrutent désormais des salariés diplômés, là où elles formaient encore sur le tas il y a plusieurs décennies.

C’est encore un phénomène que l’on retrouve lorsqu’on est étudiant ou jeune diplômé, contraint de temporiser avant de décrocher un travail correspondant à nos compétences, avec un job alimentaire pour lequel on est surqualifié et qui constitue un moment propice pour découvrir les codes de l’entreprise.

Si on y ajoute la mauvaise conjoncture de ces dernières années, et la mobilité grandissante de ceux qui ne pensent plus à faire carrière toute leur vie dans une même entreprise ou le même secteur, ou encore ces salariés qui cherchent à quitter leur job pour lever le pied pour un train de vie plus équilibré, les raisons pour lesquelles certains candidats revoient leurs prétentions à la baisse ne manquent pas.

Les questions que vous devriez vous poser si vous souhaitez candidater à un poste pour lequel vous êtes surqualifié

Il arrive aussi que postuler à un poste pour lequel on est surqualifié représente un choix de carrière voulu. Si par exemple, vous souhaitez échapper à un travail trop prenant, dans lequel vous n’arrivez plus gérer votre équilibre vie pro et perso, repartir dans un poste avec moins de responsabilités peut-être une bonne option. Il faut tout de même s’attendre à accueillir un certain nombre de déconvenues lorsqu’on postule ainsi à un échelon inférieur.

  • Salaire en baisse : d’abord, c’est du côté de la rémunération escomptée que le bât blesse. Forcément, c’est un salaire en dessous de ce à quoi vous pourriez prétendre au vu de vos qualifications que vous percevrez à la fin du mois.

  • Bore-out en vue : l’ennui au travail risquerait également de pointer son nez. Ce phénomène porte même le doux nom de bore-out (théorisé par Peter Werder et Philippe Rothlin pour qualifier un ennui mortel au quotidien dans son travail). En effet, si vous bossez dans un environnement qui ne vous stimule pas intellectuellement car vous en maîtrisez toutes les arcanes, cela peut vite vous faire tourner en rond et regretter votre poste de jeune cadre dynamique au sein de la start-up nation. Se démotiver est un risque.

  • Coincé dans son évolution : lorsqu’on est recruté à un poste sous-qualifié, on peut s’attendre à avoir peu de marge de progression. Vous postulez à ce nouveau job, rien ne garantit que des perspectives d’évolution se présenteront à vous.

Mais si cela est votre choix, vous êtes sans doute préparé à ce genre d’ajustements et à ses conséquences sur votre train de vie. Ces considérations en tête, vous pouvez cliquer sereinement sur “envoyer” à cette offre d’emploi qui vous fait de l’œil.

3 conseils pour rassurer un recruteur lorsqu’on candidate à un poste pour lequel on est surqualifié

Ceinture marron de judo, vous vous êtes entraînés pendant des mois à courir 15km et nager le dos crawlé en pleine mer, pour au final vous inscrire au club de marche de votre quartier ? Vous êtes sans doute ultra qualifié. Niveau taf, vous candidatez en votre âme et conscience à un poste où vous aurez largement les compétences suffisantes ? Accrochez-vous, car la bataille n’est pas pour autant gagnée.

De prime abord, il peut paraître plus facile et rapide de décrocher un job lorsqu’on est surqualifié. À peine votre candidature envoyée en guise d’appât et tout un banc de recruteurs mordent à l’hameçon. Finger in the nose. Pourtant, si votre profil ne cadre pas avec la fiche de poste publiée, il y a des chances pour que votre candidature ne soit pas du goût du recruteur. Il est même probable que vous fassiez carrément flipper un recruteur un peu trop sensible. Voici comment vous pourriez le rassurer.

1. Mettez-vous à la place du recruteur

On vous le dit, votre candidature risque de provoquer l’émoi de certains recruteurs. Et pour cause, ces derniers peuvent par exemple se demander si vous avez bien lu la fiche de poste avant de candidater. Alors comment faire comprendre qu’il n’a pas à s’inquiéter et que « tout va bien se passer » avec son CV et sa lettre de motivation ?

Pour cela, faites appel au psychologue qui sommeille en vous et saisissez les doutes qui parcourent l’esprit de votre recruteur. Ce dernier s’imagine peut-être que ces nouvelles fonctions pourraient vite vous ennuyer, et vous rendre insatisfait. Qu’à la première occasion, vous l’abandonnerez et qu’il devra trouver quelqu’un d’autre (de moins bien forcément) pour vous remplacer. Il pourrait s’interroger sur votre parcours et se demander si vous avez échoué dans votre précédente fonction. Si vous parviendrez oui ou non à vous intégrer dans une équipe qui n’a pas les mêmes qualifications à poste égal. Si vous n’allez pas attiser la jalousie de vos collègues voire de votre futur manager. Si vous n’allez pas truster très rapidement des perspectives d’évolution et bien sûr, une des questions qui lui taraude le plus l’esprit : quelles seront vos prétentions salariales pour travailler dans son entreprise ?

Ces questionnements en tête, vous pourrez mieux saisir les enjeux de votre candidature pour cette entreprise, vous n’aurez plus qu’à rassurer sur ces points le recruteur.

2. Soignez votre candidature et restez honnête

Un CV attractif vous permet de décrocher l’entretien et l’entretien, le poste. Vous n’êtes pas obligé de tout mettre sur votre CV, surtout si vous avez de nombreuses années d’expérience derrière vous. Mais il est essentiel d’assumer vos choix. N’enlevez donc pas de ligne de votre CV dans le but de paraître moins qualifié. En revanche, une bonne approche peut être de rédiger un CV fonctionnel et non chronologique. Plus dynamique, il mettra en avant vos compétences et expériences directement liées au poste.

Dans votre lettre de motivation, préférez parler de spécialisation pour combattre l’idée d’une apparente régression. Concentrez-vous sur le poste proposé et les compétences pour l’exercer. Par exemple, si vous aviez un poste où vous managiez des équipes, concentrez-vous sur l’aspect opérationnel de celui-ci et n’évoquez que brièvement vos compétences managériales.

3. Insistez sur votre valeur ajoutée

Bien sûr, il serait dommage de ne pas profiter de votre grande expérience pour vous démarquer des autres candidats. C’est un atout de taille pour vous faire recruter à ce nouveau poste. Pour ce faire, prenez bien soin d’identifier les atouts supplémentaires que vos concurrents sont peu susceptibles d’avoir. Par exemple, votre expérience passée vous a apporté :

  • la capacité de gérer des situations critiques et de communiquer efficacement,
  • résistance au stress,
  • autonomie,
  • sens des responsabilités,
  • facilité à apprendre,
  • une spécialisation dans un domaine particulier.

Insistez donc sur les avantages que l’entreprise aura à vous choisir : il vous faudra moins de temps pour être opérationnel, vous savez comment motiver les autres collaborateurs, vous êtes apte à développer un nouveau business rapidement…

3 conseils pour réussir son entretien

Une fois passé l’étape du CV et de la lettre de motivation, vous devez encore vous montrer vigilant pour l’entretien. Voici quelques conseils pour écarter la problématique de la surqualification.

1. Montrez votre motivation et votre stabilité

Le recruteur cherche un profil qui restera en poste sur le long terme et a besoin d’être rassuré sur votre motivation et votre stabilité. Car si vous lui laissez penser que vous candidatez par dépit à ce poste, faute de mieux, il pourrait penser qu’à la première occasion qui se présentera, vous en profiterez pour mettre les voiles… ruinant ainsi son process de recrutement. Pour y remédier : mettez en valeur votre loyauté ! Si vous avez travaillé longtemps pour le même employeur, mentionnez-le. Une main sur le cœur, l’autre sur le code du travail, prononcez le serment « Je jure d’être fidèle à l’entreprise » (si vous croisez les doigts vous n’irez pas enfer). Sans aller jusqu’à ces vœux de fidélité un peu extrême, vous pouvez simplement signifier à ce recruteur que vous comptez vous inscrire dans la durée au sein de cette compagnie.

2. Dressez des objectifs clairs en cohérence avec votre projet

Le prochain challenge : démontrer que le fait de revenir à un poste moins qualifié correspond à un projet réfléchi et cohérent.

Pour convaincre que ce “déclassement” est un souhait d’évolution, vous pouvez par exemple expliquer que vous avez accepté certains postes pour une évolution de carrière mais vous vous recentrez enfin sur ce que vous aimez vraiment.

Autre réplique bonne à déblatérer dans pareille situation « ce nouveau poste présente certes moins de responsabilités mais il se situe dans un grand groupe avec d’excellentes perspectives d’évolution à long terme ou un salaire intéressant ». Vous portez un intérêt particulier à l’entreprise, ses valeurs, son mode de fonctionnement ? C’est le moment de lâcher vos compliments qui flattent sans doute, car derrière un recruteur il y a un cœur qui bat.

Vos expériences parlent également pour vous, imaginez votre parcours professionnel comme une suite d’étapes jusqu’à cet entretien. Si vous en êtes arrivé là, c’est peut-être parce que vous n’êtes plus intéressé par le train de vie d’un emploi aux défis multiples (stress, gros horaires…) et qu’il en découle chez vous, une véritable volonté d’un rythme de travail moins soutenu.

Vous avez des impératifs de santé, ou de nouvelles priorités familiales ou personnelles ? Faites entendre cet argument. Vous souhaitez changer de secteur, vous réorienter ou acquérir de nouvelles compétences pour progresser plus tard dans votre carrière ? Toutes ces raisons sont bonnes à dire.

Gardez en tête que plus votre parcours vous apparaîtra clair, plus il le sera dans l’esprit du recruteur. Votre surqualification sera alors justifiée et ne lui causera plus d’angoisses.

3. Jouez-là finement sur les questions de salaire et promotions

On vous a prévenu, prétendre à un poste pour lequel vous êtes surqualifié risque de faire baisser vos émoluments mensuels. L’entreprise qui recrute a sans doute pensé à un budget pour ce poste auquel elle recrute et la marge de négociation paraît mince. Rien ne vous empêche d’aborder la question lors de l’entretien, mais ayez conscience que malgré vos compétences et expériences hors du commun pour un tel poste, vous postulez d’abord à un poste. Idem pour les perspectives d’évolution. Il est très louable de mentionner votre désir de progresser (si c’est votre choix). Cela montre que vous vous projetez sur le long terme. Toutefois, le poste auquel vous candidatez doit être votre priorité. C’est pour cette mission que vous vous engagez dans l’immédiat. Vous pouvez attendre que le recruteur mette ce sujet en premier sur la table ou encore proposer une fourchette de salaire adaptée au poste et non pas à vos qualifications.

Article mis à jour par Manuel Avenel