Recrutement : et si vous acceptiez les fotes d’orthograf ?

Recrutement : et si vous acceptiez les fotes d’ortograf ?

Fautes de frappe, accords hasardeux, mauvaise concordance des temps… Un tiers des recruteur·e·s écartent directement une candidature à partir de deux fautes d’orthographe, selon une étude menée par le cabinet de recrutement Robert Half. Autant dire que les recruteur.e.s ne font pas preuve d’une grande compréhension lorsque les candidat.e.s parjurent la langue de Molière. Et pourtant, ces dernier.e.s ne sont pas irréprochables sur le sujet. Une étude menée en juin 2019 par le site emploi Qapa révèle que 58 % des offres d’emploi qu’ils/elles rédigent contiennent plus de trois fautes d’orthographe ou de grammaire. Accentué par l’usage croissant des mails et des SMS, dont la rapidité laisse primer la phonétique sur l’orthographe, le niveau de maîtrise du français écrit décroît, côté candidat.e comme recruteur. Dans un tel contexte, quelle importance accorder aux fautes d’orthographe commises par les candidat.e.s ?

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Les jeunes recruteur.e.s, qui affichent un niveau d’orthographe plus faible que leurs aîné.e.s, sont d’ores et déjà moins sévères sur ce sujet. « Dans 20 ans, le fait qu’un.e candidat.e ne sache pas coder pourrait être jugé plus sévèrement que le fait qu’il/elle ne sache pas écrire », avance Christelle Martin Lacroux, enseignante en sciences de gestion à l’Université de Grenoble et auteure d’une thèse sur « l’appréciation des compétences orthographiques en phase de présélection des dossiers de candidatures ». Récemment, l’université de Hull en Angleterre a préconisé à ses enseignant.e.s de ne pas sanctionner les erreurs à l’écrit des étudiant.e.s au motif, rapporte le Figaro, qu’une telle pratique est jugée “élitiste et excluante”, n’en déplaise à Bernard Pivot.

Le risque ? Passer à côté d’un talent

Face à cette tendance, les recruteur.e.s ont-ils/elles intérêt à lâcher du lest sur ce sujet ? Pour Amélie Favre-Guittet, présidente du cabinet de recrutement Talent Management Groupe, la réponse est oui. « On fait tous des fautes d’orthographes, moi la première. C’est donc assez hypocrite de demander une orthographe irréprochable chez un.e candidat.e lorsqu’on fait soi-même des fautes », estime-t-elle. Par ailleurs, en étant arc-bouté sur l’orthographe, « les recruteur.e.s passent à côté de talents qui, à défaut d’avoir un parfait niveau de français écrit, disposent de compétences clés au regard du poste qu’ils/elles visent », rappelle-t-elle. Résultat : lorsqu’elle source sur LinkedIn un profil de commercial, Amélie Favre-Guittet n’hésite pas à orthographier la fonction de manière différente, avec des fautes. « Il y a 3000 résultats lorsqu’on écrit commercial avec 3 « m ». C’est autant de personnes potentiellement talentueuses à côté desquelles un recruteur.e peut passer », illustre-t-elle. Après tout, « L’orthographe ne fait pas le génie. » écrivait Stendhal. La preuve : Einstein, Winston Churchil, Jules Verne, Thomas Edison… dont les carrières n’ont pas été freinées par leur piètre niveau d’orthographe. Autre point soulevé par la chargée de recrutement : en éliminant les candidatures sur le seul critère des fautes d’orthographes, les recruteur.e.s risquent également de faire preuve de discrimination envers une grosse partie du marché de l’emploi. À commencer par les candidat.e.s qui souffrent de dyslexie, de dyspraxie ou de dyscalculie. Soit 6 à 8 % de la population française, selon la Fédération française des Dys. Mais aussi les plus jeunes, moins à l’aise avec l’orthographe que les seniors, les hommes qui, d’après plusieurs études, ont des profils moins littéraires que les femmes, ainsi que les travailleurs.euses étranger.e.s, dont la langue maternelle n’est pas le français. Le vivier de recrutement des entreprises devient alors plus limité.

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Une indulgence selon les postes

Pour Élisabeth Simon-Roussel, dirigeante du cabinet d’accompagnement RH RecrutEmploi, l’indulgence des recruteur.e.s vis-à-vis de l’orthographe dépend surtout du poste qu’ils/elles ont à pourvoir. « Pour les profils techniques dont les compétences rédactionnelles ne font pas partie de la fiche de poste comme les cuisiniers/ières ou les data scientists, on peut être indulgent. À l’inverse, pour les profils d’assistant.e.s de direction ou de community managers, pour lesquels la rédaction est un critère de sélection, c’est plus compliqué. D’autant que ces profils constituent la vitrine de l’entreprise et peuvent donc ternir son image s’ils font des fautes dans leurs écrits », explique-t-elle. Aussi talentueux soit-il, un profil briguant un poste qui nécessite une aisance rédactionnelle mais qui n’a pas une orthographe irréprochable fera donc chou blanc. « Un.e juriste qui fait des fautes mais qui est exceptionnel.le dans son poste sera écarté.e. Pour ce profil, une mauvaise maîtrise du français est rédhibitoire », confirme Sébastien Canard, co-fondateur du cabinet de recrutement OpenSourcing. Reste que lorsque les profils sont rares sur le marché, par exemple dans la Tech, les recruteur.e.s font moins la fine bouche et s’accommodent de quelques fantaisies orthographiques. « L’une des pistes à exploiter est d’indiquer, dès l’offre d’emploi, que l’orthographe est un critère important au vu du poste, donc de faire preuve de transparence sur ses critères de sélection », estime Amélie Favre-Guittet. Les freins sont toutefois nombreux. En travaillant sur sa thèse, Christelle Martin Lacroux, a constaté qu’une faute d’orthographe créé un effet de halo qui occulte complètement les atouts d’un CV. « Plusieurs socio-linguistes montrent que savoir écrire sans faute est une norme sociale, qui en dit long sur la manière dont un.e candidat.e peut s’adapter à un environnement professionnel et se conformer à son auditoire », explique-t-elle.

Le correcteur orthographique, ce héros !

Plutôt que d’écarter systématiquement les candidatures truffées de fautes, certains recruteur.e.s se demandent si un filtre peut être mis en place une fois que la recrue est en poste. « La présence ou non d’un.e assistant.e dans l’environnement professionnel du/de la candidat.e est un facteur important », illustre Élisabeth Simon-Roussel. Pour limiter la casse, les entreprises demandent à leurs salariés.e fâché.e.s avec l’orthographe de passer tous leurs écrits au correcteur orthographique. Les solutions MerciApp, BonPatron, Scribens ont par exemple les faveurs des entreprises. Certains groupes comme Groupama et la RATP vont même jusqu’à leur financer des formations de remise à niveau en orthographe tellement cette compétence est un enjeu de compétitivité. « Ces formations, élégamment appelées « Communication écrite », s’adressent également aux dirigeant.e.s qui veulent revoir les fondamentaux en grammaire et orthographe », indique Amélie Favre-Guittet. Tous les vendredis, c’est de manière ludique que cette dernière sensibilise son équipe à l’orthographe. « En fin de réunion, je leur partage les posts LinkedIn de la formatrice, une snipeuse de fautes d’orthographe, Mélany Bigot. Cela nous permet de réviser les fondamentaux sans que ce soit ennuyant », confie-t-elle. Pour Christelle Martin Lacroux, le problème doit être pris à la source. « La méthode de recrutement par simulation de Pôle emploi est une piste qui mérite d’être davantage exploitée car elle sélectionne les candidat.e.s sur des critères plus justes et assure donc une meilleure diversité dans les profils recrutés », explique-t-elle. De plus en plus plébiscité par les recruteurs, surtout depuis la crise du Covid-19, l’entretien vidéo – en live ou différé - s’affranchit également de ce problème et constitue une alternative pour éviter de discriminer les candidat.e.s sur le seul critère de l’orthographe. Bone nouvel.

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Photo par WTTJ

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