En recherche d’emploi ? Faites des pauses ! C’est la science qui le dit

02 nov. 2022 - mis à jour le 02 nov. 2022 6min

En recherche d’emploi ? Faites des pauses ! C’est la science qui le dit

auteur.e

Manuel Avenel

Journaliste chez Welcome to the Jungle

En période de recherche d’emploi, marquer des temps de pause serait bénéfique pour obtenir plus d’entretiens d’embauche. C’est la conclusion d’une enquête co-dirigée par Serge da Motta Veiga, enseignant-chercheur à l’EDHEC.

La période de recherche d’emploi ne semble pas propice à se la couler douce, encore moins à s’octroyer un peu de détente. Investir son temps autrement qu’à la quête d’un job peut même sembler improductif ou pire, vous donner l’impression de glander quand ce n’est pas votre entourage qui vous le fait ressentir. Mais au-delà des pressions qui affluent de toutes parts, la recherche d’emploi doit être considérée pour ce qu’elle est : une activité à part entière particulièrement énergivore et qui nécessite de se ressourcer. Et si nous prenions le temps de faire des pauses en recherche d’emploi, sans pour autant culpabiliser ?

Pourquoi vous devriez souffler un peu sans culpabiliser

10 candidatures envoyées, ça use, ça use !

En 1983, Ron Herbst, marin de 19 ans lançait une bouteille à la mer au milieu de l’océan Atlantique, avec un court message et ses coordonnées, porté par la seule curiosité de recevoir un jour, une réponse. Qu’il obtiendra en 2016, soit 34 ans plus tard. Si postuler en bonne et due forme a plus de probabilités d’aboutir que d’attendre patiemment qu’un recruteur en vacances à la Grande Motte ne tombe sur votre CV poussé par les vagues, cette anecdote rappellera peut-être au plus opiniâtres d’entre vous, le long silence suivant parfois l’envoi de candidatures. Et pour cause, une récente enquête de la plateforme d’aide à la création de CV Zety, menée sur 670 000 CV, estime que seules 10% des candidatures expédiées débouchent sur un entretien d’embauche et que 20% de ces entretiens mènent à un emploi. Ces statistiques peu encourageantes le rappellent, candidater est parfois une véritable course d’endurance au l’issue de laquelle les places sur le podium sont chères. Avant de trouver un emploi, la même enquête mesure qu’il faut envoyer en moyenne entre 30 et 50 CV.

Et comme pour l’épreuve de course, le fruit des efforts accomplis en recherche d’emploi n’est pas toujours immédiat. « La recherche d’un emploi est un processus qui n’est pas tout le temps très encourageant. On peut vite entrer dans une spirale négative si par exemple, 50 CV envoyés n’entraînent qu’une ou deux réponses positives », observe Serge da Motta Veiga, enseignant-chercheur à l’EDHEC, spécialisé dans les thématiques de recherche d’emploi. De la même manière qu’il ne vous viendrez pas à l’esprit de courir un marathon sans passer par le stand des boissons rafraîchissantes et autres energy drink, la recherche d’emploi doit-être considérée comme une activité nécessitant des temps de repos. « De fait, on peut mettre son emploi du temps à disposition pour ne faire que ça et passer huit heures par jour à chercher un emploi. Ça devient parfois une activité à temps plein en elle-même et il est donc nécessaire de la ponctuer de pauses », confirme Serge da Motta Veiga.

Se libérer des pressions sociales

« Il faut vraiment que tu remettes le pied à l’étrier » ; « Tu as rappelé le recruteur dont je t’ai parlé ? » ; « Tu ne fous rien de tes journées ! » En recherche d’emploi, des pressions multiples sont subies de toutes parts : financière, sociétale, de la part de son entourage… Les chômeurs sont encore largement stigmatisés. Alors comment arriver à déculpabiliser et se dire que l’on peut tout de même souffler sans tendre le flan à la critique ou se dévaluer soi-même ? « La société nous impose à travers le regard des autres, des attentes qui sont très fortes », explique le chercheur. Mais pour lui, c’est d’autant plus une raison de prendre des pauses. « Il y a des demandeurs d’emploi qui vivent déjà avec un niveau de stress élevé, avec des ressources énergétiques et financières affaiblies. Elles ont justement besoin de s’accorder des pauses pour ne pas s’épuiser davantage. » Mais en fait, pourquoi les pauses sont-elles si recommandées ?

En recherche de taf, une pause s’impose

La pause, ça coule de (res)source

Dans toute activité nous sommes confrontés à nos propres limites. Notre énergie physique ou mentale n’est pas infinie et la recherche d’emploi, trop souvent perçue comme une période d’inactivité, peut en réalité être très exténuante et stressante. Appuyer sur le bouton pause, fait alors forcément du bien. « Quel que soit notre travail ou notre activité, un des éléments principaux qui permet aux gens de retrouver de l’énergie, c’est de faire une pause », explique Serge da Motta Veiga. Un peu comme lorsqu’on termine notre journée de travail et que l’on coupe pour recharger les batteries. « Mais on ne doit pas attendre la fin de la journée pour profiter des vertus réparatrices des temps de pause et cela vaut pour la recherche d’emploi », insiste le spécialiste.

Dans une étude réalisée auprès de jeunes diplômés américains en recherche d’un premier emploi dont il est le co-auteur, il observe ainsi que « lorsque les demandeurs d’emploi parviennent à se détacher psychologiquement de leur recherche sur une base hebdomadaire, ils se sentent reconstitués, revigorés et finissent par fournir plus d’efforts et obtenir un plus grand nombre d’entretiens ». En d’autres termes, les temps de pause ont un impact positif direct sur les résultats de la recherche d’emploi, notamment parce que les candidats qui s’en octroient arrivent à rester motivés sur la durée, ce qui à terme améliore leur productivité et le nombre d’entretiens qu’ils obtiennent. Et rester motivé est essentiel dans la quête d’un nouveau job, car rappelons-le, la recherche d’emploi est une épreuve d’endurance pas toujours gratifiante.

Autre vertu de la pause : éviter des erreurs bêtes

Ne pas prendre le temps de se reposer, c’est aussi prendre le risque de faire des choses contreproductives ou des erreurs, parfois rédhibitoires, parce que nos capacités de concentrations atteignent leurs limites. Des fautes d’orthographe, un mauvais objet de mail, une erreur de nom d’entreprise restée bêtement sur notre ancien template, qui pourraient entacher notre candidature. Des coquilles dont on se passerait bien lorsqu’on sait que pour 73% des employeurs, les difficultés à s’exprimer à l’écrit sont rédhibitoires. « La recherche d’emploi est faite d’un nombre assez petit de tâches répétitives, explique Serge da Motta Veiga. Pendant cette période, un candidat doit envoyer son CV en continu une cinquantaine voire une centaine de fois, postuler en ligne et remplir des formulaires qui se ressemblent, écrire des lettres de motivation à chaque fois adaptée ou personnalisée. Bref, c’est très usant sur le plan mental. » Tout bonnement, la pause permet ainsi une prise de recul pour sortir un peu la tête du guidon. Mais cela dépend aussi du type de pause que l’on s’accorde.

Y-a-t’il des pauses meilleures que d’autres ?

Outre la motivation, la pause a des effets positifs sur nos capacités de travail et de concentration. De nombreuses études ont mis ce phénomène en avant. Récemment, l’une d’elle a montré que pour bénéficier des effets bénéfiques, la pause devait cocher certaines conditions. Le nec plus ultra en matière de pause serait ainsi ce que les neurosciences nomment l’état par défaut (ou errance mentale) : totalement inoccupé, notre cerveau continue à fonctionner et cet état permet une meilleure régénération de nos ressources et intégration d’informations. Cyril Chouffe, chercheur à la Chaire “Talents de la transformation digitale” de GEM, a étudié les effets de cet état sur nos capacités de travail. Pour ce faire, il a convié trois groupes d’étudiants à réaliser des tâches de gestion de planning relativement complexe pendant quarante-cinq minutes. Le premier groupe travaillait en continu, alors que le second et le troisième bénéficiaient d’une pause de soixante secondes tous les quarts d’heure. À ceci près que le troisième groupe devait mémoriser un texte durant ce temps de pause, l’empêchant d’entrer dans un état d’errance mentale. Il observe ainsi que l’errance mentale se démarque nettement en termes d’amélioration des capacités attentionnelles ainsi que de gain d’énergie et de disponibilité. Les étudiants du deuxième groupe avaient un taux de performance plus élevé de 10% par rapport aux deux autres groupes. C’est pour cette raison qu’il est d’ailleurs déconseillé de passer sa pause dejeuner devant un ordinateur, parce qu’on ne va pas se ressourcer pleinement et continuer à utiliser cette énergie qui est limitée chez nous.

Après deux semaines de recherche, les étudiants suivis lors de l’étude de Serge da Motta Veiga ont répondu à la question : “Quel genre de pause faites-vous ? ”. « L’idée était qu’ils nous donnent à l’aide d’un mot-clé la substance des trois à cinq pauses qu’ils prenaient au quotidien. Certains considèrent qu’envoyer des textos à leurs amis et leur famille est une pause. D’autres personnes vont regarder un épisode de leur show préféré sur Netflix ou jouer aux jeux vidéo. D’autres encore vont s’accorder une soirée pour sortir au restaurant avec leurs amis. Chaque pause est définie par chaque personne et il s’agit parfois de faire du sport, ou simplement de dormir. C’est ça qui est génial avec la pause c’est qu’il n’y a pas de jugement car c’est ce qui convient à chacun. »

Des étudiants interrogés dans l’étude préféraient quant à eux, fonctionner par étapes, ne s’accordant de répit qu’après l’obtention d’une première offre ou d’un entretien. « Je ne vais pas dire que c’est une bonne manière de fonctionner, c’est à eux de voir, chaque personne se fixe ses propres objectifs et tout le monde n’a pas la même résilience. Mais imaginez vous que vous n’ayez pas d’entretien pendant deux mois : risqué… Je me dis qu’ils auraient pu être plus efficaces et obtenir plus d’entretiens s’ils avaient fait plus de pauses avant. »

Ne lâchez pas tout de suite vos confections de CV et meilleures proses destinées à vos lettres de motivation pour vous ruer sur Netflix ou démarrer un Mario Kart. Car la pause n’a rien de magique. « Ce n’est pas parce que vous ferez une pause aujourd’hui que demain vous obtiendrez un entretien », prévient Serge da Motta Veiga. Il faut plutôt comprendre que se permettre des moments de détente permet de restaurer son énergie, de se donner un regain de motivation, éléments essentiels à la recherche d’emploi. L’effort devient alors positif et de cela découle la probabilité de décrocher plus d’entretiens.

Article édité par Aurélie Cerffont, photo Thomas Decamps pour WTTJ

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