Ski de nuit, escape game et libertinage : 5 folles histoires de Nouvel An au taf

Bosser le soir du Nouvel An : 5 salariés racontent leur histoire

Travailler le soir du réveillon, ce n’est (presque) jamais une partie de plaisir, surtout quand on sait que nos proches vont mettre leurs plus beaux habits de lumière et passer la soirée à se trémousser sur le dancefloor. Mais il arrive aussi que cette corvée se transforme en souvenir impérissable parce que rien ne se passe comme prévu. En tout cas, Tanguy, Clément, Thomas, Julia et Michel ne risquent pas d’oublier le jour où ils ont accepté de faire l’impasse sur la fête la plus attendue - et souvent décevante - de l’année !

Tanguy, service trois étoiles à Brisbane en Australie

Après avoir obtenu mon diplôme d’école de commerce et travaillé un an comme commercial dans une entreprise à Paris, j’ai besoin de prendre l’air. Pas de copine, pas d’enfant, rien ne me retient ici. Sur un coup de tête, je pose ma démission et prends un billet d’avion sans retour, direction l’Australie. Changement de décors. À Brisbane, je gagne ma vie comme hôte d’accueil dans un restaurant branché. Mais alors que je profite de mon jour de repos, la personne en charge du planning du restaurant m’appelle catastrophée : il lui manque un barman pour une soirée d’entreprise qui a lieu dans deux heures. Je n’ai jamais fait de cocktail, je ne sais pas me servir d’un shaker. J’accepte, sans vraiment savoir comment je vais pouvoir régaler les deux cents convives. Alors que je viens d’enfiler mon tablier, je vois des dizaines de bouteilles de liqueur dans le bar et des caisses de champagne. Par chance, le seul mélange que j’ai en tête, c’est le kir royal et personne ne sait ici que c’est ringard. J’accentue mon accent français et propose différentes mixtures. C’est un triomphe !

Le lendemain, la directrice de l’établissement me propose le poste de responsable de bar. J’accepte à une condition, mon meilleur ami vient de France pour les fêtes et je ne peux pas travailler à ce moment-là. Deal. Je potasse de nouvelles recettes entre deux services et innove dans mon coin. Sébastien arrive, on enchaîne les excursions plus ou moins exotiques et pour notre premier réveillon en maillot de bain, je planifie une tournée mémorable des bars de la ville. On s’apprête à sortir quand… ma cheffe me demande encore une fois de la sauver. Elle a besoin d’un barman et d’une personne qui ramasse les verres pour une soirée de 5 000 personnes. Je regarde Sébastien. Je ne peux pas lui faire ça, il a quand même traversé la planète pour venir me voir. Et puis, je suis toujours celui qui l’amène dans des plans galère. Il reconnaît mon regard de chien battu. Comme toujours, il cède. On n’a jamais vu une soirée pareille. Au bar, j’enchaîne les cocktails jusqu’à 5 heures du mat et mon ami se faufile tel un chat entre les tables. Au petit matin, on rentre tout guilleret, sans avoir bu une seule goutte d’alcool. Mais on sait déjà que c’est le meilleur nouvel an de toute notre vie.

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Clément, game master avec des inconnus

Cela fait trois ans que j’ai monté Escape Kit, un site sur lequel on peut télécharger des scénarios d’escapes game à faire chez soi, en famille ou entre amis. Comme vous pouvez l’imaginer, les fêtes de fin d’année sont un moment charnière pour nous : les gens sont généralement chez eux et cherchent des activités pouvant rassembler plusieurs générations. Alors, si des joueurs sont bloqués ou n’arrivent pas à suivre les instructions, je garde toujours mon téléphone du boulot près de moi. Le soir du nouvel an ne fait pas exception. Chaque année, je me rends à une soirée chez des amis pour danser et marquer le coup, mais je n’oublie pas de glisser mon casque et mon ordinateur dans mon sac. On ne sait jamais !

Le 31 décembre 2020, ça n’a pas loupé… Alors que j’ai déjà bien tapissé mon estomac de petits fours, de tartines d’houmous et de tapenade, bu quelques verres de champagne, et commencé à ambiancer le dancefloor, mon téléphone sonne. Il est 22h30 et l’appel vient du sud de la France. Je chope mon ordinateur et me précipite dans un vestibule à l’autre bout de l’appartement pour m’éloigner de la sono. La famille qui m’appelle vient d’imprimer les consignes d’un scénario assez complexe et les cinq joueurs sont complètement perdus… Caché sous une pile de manteaux, je me donne pour mission de sauver leur réveillon et le mien par ricochet. Au départ, je donne quelques instructions pour les mettre dans les bonnes dispositions, mais je vois qu’ils n’arrivent pas à s’en sortir sans moi. Pas le choix, il est temps d’enfiler ma casquette de game master. À 900 km de chez eux, je surveille leur progression dans le jeu et leur donne des indices au compte-gouttes. Pour obtenir une aide de ma part, ils doivent faire cinq pompes. Toutes les cinq minutes, ils crient dans mes oreillettes : « Un, deux…, trois, quatre…, cinq ! » Juste avant le décompte, ils arrivent à résoudre l’énigme, le jeu est terminé. La famille me souhaite une super nouvelle année et je rejoins mes amis bien éméchés dans le salon l’air de rien. À quelques secondes près, j’aurais commencé 2021 avec des inconnus ! Et je me demande bien ce qu’il va encore m’arriver cette année.

Thomas, dîner aux chandelles et libertinage

J’ai seize ans, je suis au lycée hôtelier de Dinard en Bretagne et avec quelques amis de promo, j’ai l’habitude de travailler dans le restaurant gastronomique de la ville en extra les week-ends et pendant les vacances scolaires. Cette année-là, pour le soir du nouvel an, je suis en salle, pendant que mes acolytes sont au chaud en cuisine. Rien à signaler, sauf peut-être un couple d’une cinquantaine d’années qui détonne un peu des autres clients. Ils ont fait l’effort de sortir leurs habits de fête et semblent décidés à prendre du bon temps : ils choisissent le menu dégustation et un des grands crus de la carte. Mais surtout, ils sont particulièrement réceptifs à mes petites attentions et n’hésitent pas à faire quelques blagues pour égayer ma soirée “de labeur”. Au moment de partir, l’homme glisse discrètement une liasse de billets dans la poche intérieure de ma veste. Montant du pourboire : 200 euros !

À peine ont-ils quitté les lieux que je m’empresse d’annoncer la bonne nouvelle en cuisine. Dans quelques heures, on va pouvoir claquer notre butin en boîte et danser jusqu’au petit matin sans toucher à nos économies ! Le service se termine sans heurt et à 1h du matin un taxi nous attend. Quand on arrive au Métrodome, la seule discothèque du coin, l’air est déjà moite, les corps dénudés et les enceintes crachent - comme toujours - les pires tubes des années 80. Bizarrement, je ne suis pas étonné de retrouver le couple qui a égayé ma soirée accoudé au bar. Je les remercie et rejoins ma bande de potes sur la piste de danse. Seulement, je sens que la femme est troublée par ma présence. Plusieurs fois elle me prend par la main pour m’amener dans un coin à l’écart. Et finit par lancer : « Est-ce que ça t’intéresse de rentrer avec moi ? » Du haut de mes seize ans, je bafouille : « Mais, vous n’êtes pas seule… » Elle répond : « Il est ok, la seule condition, c’est qu’il puisse regarder. » Je décline poliment et m’empresse de raconter l’anecdote à mes amis qui pleurent de rire, sauf mon meilleur ami Julien qui n’est pas insensible à la proposition. À tel point que ce dernier décide se rapprocher du couple et quitte les lieux en leur compagnie. Le lendemain, encore vaseux, on se retrouve pour un débrief chez moi : on veut des détails croustillants ! Malheureusement, rien ne s’est vraiment passé comme prévu. Alors que mon ami pensait assouvir un de ses fantasmes de film x, il nous raconte qu’il a été incapable de faire quoi que ce soit à cause de la pression et de l’alcool… Vingt ans plus tard, cette soirée figure encore dans son top 3 des moments les plus gênants de sa vie.

Julia, des allers-retours en vain sur Sunset Boulevard

Depuis plus d’un an, je fais des allers-retours entre Paris et Los Angeles où j’ai rencontré mon compagnon lors d’une escapade avec des copines. Même si on manque de sous, la vie est douce : on vient de se marier à Beverly Hills, et Michael occupe un poste d’agent immobilier assez convoité, vous savez comme dans Selling sunset, la téléréalité américaine diffusée sur Netflix, la chirurgie esthétique en moins. Seulement, pour compléter nos revenus et nous offrir la lune de miel de nos rêves, il nous arrive de prendre son vieux tacot et sillonner la cité des anges comme chauffeur Uber. Il conduit et moi, je fais la conversation. Nos clients adorent discuter avec une “vraie parisienne”. Pendant les fêtes de fin d’année, la plateforme américaine fait une annonce choc : le soir du réveillon, les courses seront exceptionnellement facturées dix fois plus que le reste de l’année. On imagine déjà conduire Justin Timberlake chez lui et se faire un max de dollars !

Comme à notre habitude, on commence notre service à 21 heures. Rien à signaler sauf le trafic sur Sunset boulevard, particulièrement dense ce soir-là. Alors qu’il n’y a pas un chat dehors, deux cents voitures font des allers-retours dans le centre-ville. Les heures passent, il est presque minuit et on n’a toujours pas pris un seul client… L’incompréhension laisse place à la déception. On découvre que tous les chauffeurs de Los Angeles ont bien entendu l’appel d’Uber et qu’ils ont abandonné leurs plans de soirée pour se faire des sous. Ce n’est pas ce soir qu’on pourra se payer un trip aux Bahamas. Mais plutôt que de se laisser abattre, Michael prend le volant et nous ramène à la maison juste avant le décompte de la nouvelle année. Enfin en amoureux, on ouvre une bouteille de champagne, on danse et… je vous laisse imaginer ce que fait un couple de jeunes mariés dans cette situation. Neuf mois plus tard, notre fils naît. Il a aujourd’hui six ans, et quand il sera suffisamment grand pour comprendre, on ne manquera pas de lui raconter cette histoire.

Michel, descente de piste rouge sur les fesses

J’ai grandi dans une station de ski de Haute Savoie et quand j’étais jeune, pendant les fêtes de fin d’année, je me faisais toujours un petit pécule en bossant comme pisteur. Rien de plus normal puisque je connaissais tous les recoins du domaine et je savais où pouvaient se cacher les skieurs qui refusaient de rejoindre leur chalet à la tombée de la nuit. Le soir du nouvel an, les télésièges avaient réussi à fermer à l’heure, tout était sous contrôle avant la descente aux flambeaux organisée chaque année pour le réveillon. Les gamins du club de la station faisaient sensation avec leur spectacle devant les vacanciers massés au bout de la piste rouge en moonboots et doudounes flashy (oui, à la fin des années 80, c’était la mode). Mais alors que j’encadrais l’événement, au loin, plus haut, caché derrière un sapin, j’ai remarqué un couple qui avait déchaussé ses skis et qui s’était assis sur une branche morte. Que faisaient-ils là-bas à cette heure-là ? J’ai avancé dans leur direction et leur ai fait signe de descendre. « On est bloqués, hurlaient-ils. On a froid et on n’arrive pas à avancer. » Il était 22h30. Impossible de prendre une motoneige pour les récupérer ni d’appeler mon collègue de la remontée mécanique qui avait déjà bu quelques shots au bar du village. Je n’avais pas d’autre choix que de filer chercher mes skis de fond dans le garage familial pour remonter la piste à contresens et les sortir de là.

Trente minutes plus tard, alors que j’arrivais enfin à leur hauteur, je leur ai demandé comment ils s’étaient retrouvés dans cette galère. Un couple d’amis, très bons skieurs, les avaient amenés sur la piste la plus difficile du coin sans leur apprendre les rudiments de la glisse et ils avaient tracé devant. Comme il n’y avait pas de téléphone portable à cette époque, le couple n’avait pas pu prévenir les secours. Ils étaient bien sûr incapables de descendre sur leurs skis dans l’obscurité. J’ai donc décidé de caler ceux de Philippe sur mon sac de secours pour qu’il puisse descendre sur les fesses pendant que je plaçais sa compagne devant moi dans mon chasse-neige. Juste avant minuit, nous sommes enfin arrivés au bout du calvaire. Ils étaient sauvés et ma soirée aussi ! Mais avant de prévenir leurs amis qui commençaient vraiment à s’inquiéter, ils ont offert une tournée générale au personnel de la station.

Article édité par Gabrielle Predko
Photo de Thomas Decamps

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