Entre art et technique, le métier de scénographe d'événements

Le métier de scénographe expliqué par Lucie Coudurier

Agée de 29 ans, Lucie Coudurier travaille en tant que scénographe pour des marques, des artistes, des réalisateurs ou encore des agences d’événementiel. Professionnelle de la mise en scène et du décor, elle dévoile pour Welcome to the Jungle les coulisses de ce métier à la fois artistique et technique.

Quel a été ton parcours pour devenir scénographe ?

Je me suis longtemps cherchée. Après mon bac, à la plus grande surprise de mon entourage, je me suis inscrite en prépa commerce mais au bout de trois mois, j’ai réalisé que je m’étais trompée de parcours. J’ai donc rejoint une prépa artistique. Je ne savais pas du tout ce que je voulais faire. Beaucoup de mes amis préparaient le concours d’entrée à l’école Camondo. Par mimétisme, j’ai fait comme eux et j’ai finalement été la seule à réussir l’examen. J’ai donc suivi une formation de cinq ans en design d’objet et architecture d’intérieur.

Cette formation te correspondait-elle plus ?

J’avais un esprit assez cartésien, j’aimais la rigueur, l’idée d’avoir des règles et de pouvoir m’en émanciper, de pouvoir proposer des solutions créatives. Je me suis rendu compte que l’architecture regroupait tous ces éléments et que l’espace m’intéressait. Au fil des années, je me suis dit que je n’étais peut-être pas tombée là-dedans par hasard.

Quelles ont été tes premières expériences professionnelles ?

À la sortie de mon école, j’ai eu un peu de mal à trouver du boulot parce que Camondo est une très bonne école pour développer sa créativité mais on ne nous enseigne pas d’applications concrètes et utiles pour le monde du travail. En sortant, je n’avais donc aucune expertise en particulier. J’ai commencé par travailler avec plusieurs designers avant d’intégrer l’entreprise Bulthaup, qui conçoit et fabrique des cuisines haut de gamme. Rapidement, j’ai senti que je préfèrerais travailler sur des projets plus éphémères avec davantage de liberté et de créativité. Je me suis intéressée au milieu de l’événementiel et de la publicité et j’ai commencé à collaborer en auto-entrepreneur avec l’agence Hmm!, qui fait désormais partie du groupe Hopscotch. Difficile de décrire mon poste, j’étais un peu un couteau suisse : tantôt designer d’espace, tantôt directrice artistique. Au bout de deux ans, j’ai senti que je commençais à prendre mon envol, que j’étais capable de remporter des appels d’offres. Ainsi je me suis lancée seule en créant ma propre structure. C’était il y a cinq ans.

Lucie Coudurier dans son studio - Paris.

En quelques mots, comment définirais-tu le métier de scénographe ?

Le métier de scénographe consiste, selon moi, à retranscrire dans l’espace l’histoire et les valeurs d’une marque ou d’une personne. L’objectif est de décliner le message qu’elle souhaite porter en expérience événementielle. Cela peut se concrétiser de multiples manières : créer la scénographie d’un concert, concevoir et mettre en place un décor pour un événement… Outre l’aspect créatif, ce métier recouvre une grosse partie gestion de projet. Il faut coordonner les ressources techniques et artistiques afin d’adapter le site à l’univers de la marque, et planifier la fabrication et l’installation des décors en respectant des contraintes budgétaires et des délais parfois très courts.

Le métier de scénographe consiste, selon moi, à retranscrire dans l’espace l’histoire et les valeurs d’une marque ou d’une personne. L’objectif est de décliner le message qu’elle souhaite porter en expérience événementielle.

Sur quels types de projets travailles-tu ?

J’ai des profils de clients très variés. Je travaille beaucoup pour des marques sur des lancements de produits, des ouvertures de boutiques, des défilés de mode, avec des agences de publicité en tant que set designer mais aussi avec des sociétés de production pour le décor de leurs clips, et des artistes pour monter des performances. Récemment, je me suis occupée de l’architecture d’intérieur, en collaboration avec l’agence Bonheur Permanent, d’une nouvelle boutique de maroquinerie baptisée Louvreuse.

Plus précisément, comment se déroule une mission avec une marque ?

Si je prends l’exemple d’un lancement de produit, la première étape consiste à se documenter sur la marque pour bien connaître son héritage et ses valeurs afin de comprendre comment le produit qui va être lancé découle de cette histoire. Toutes ces informations me permettent d’établir mon cahier des charges et de faire mes premières propositions créatives à mon client, sous la forme de moodboards. Des planches d’inspiration avec des images, des couleurs, des textures, des typographies qui permettent de donner un premier aperçu de l’identité visuelle que l’on souhaite donner à l’événement.

Une fois que nous nous sommes mis d’accord, je peux commencer à dessiner et à concevoir concrètement l’espace dans lequel sera organisé le lancement du produit. Pour certains clients, je vais jusqu’au bout de la mission en établissant les fichiers techniques pour la fabrication du décor, et en participant au montage et au démontage de l’installation. J’ai toujours travaillé seule mais depuis quelques mois, je collabore avec des assistants qui m’aident sur les gros projets.

Pour certains clients, je vais jusqu’au bout de la mission en établissant les fichiers techniques pour la fabrication du décor, et en participant au montage et au démontage de l’installation.

Comment trouves-tu de nouveaux clients ?

Par chance, je n’ai jamais eu besoin de démarcher. Les projets me viennent beaucoup grâce au bouche-à-oreille, par le biais des Directeurs Artistiques, des Responsables de la communication avec qui j’ai travaillé et qui me recommandent auprès d’autres clients. La scénographie événementielle est un métier de niche, nous sommes peu nombreux sur le marché, contrairement aux chefs déco dans la mode ou la musique. Il suffit d’avoir réussi quelques missions pour se faire connaître.

Quel est le délai moyen d’une mission ?

C’est très variable. Pour les lancements de produits et les défilés, on me sollicite en général 2-3 mois à l’avance mais pour un clip ou une campagne de pub, le délai se réduit à deux semaines environ.

Parviens-tu à imposer ta signature personnelle ou dois-tu te soumettre aux idées de tes clients ?

Mon objectif est d’offrir un regard neuf, d’aider la marque à s’émanciper de ses codes en se basant sur de nouvelles inspirations. Mais il est très important de savoir rester à sa place pour ne pas cannibaliser l’univers de son client. Je ne vais pas imposer ma signature, comme pourrait le faire un artiste qui est une marque en soi. Mon job de scénographe consiste vraiment à retranscrire son histoire et ses valeurs spatialement. Avec l’expérience que j’ai acquise ces dernières années, je peux désormais choisir les clients pour qui je travaille, ceux qui reconnaissent ma créativité et avec qui je me sens sur la même longueur d’onde. Mais globalement, il n’y a pour le moment que dans le domaine de la musique où je jouis d’une liberté presque totale car les artistes me donnent souvent carte blanche.

Mon objectif est d’offrir un regard neuf, d’aider la marque à s’émanciper de ses codes en se basant sur de nouvelles inspirations. Mais il est très important de savoir rester à sa place pour ne pas cannibaliser l’univers de son client.

À quelles difficultés es-tu confrontée en tant que scénographe ?

La principale difficulté, c’est le respect des contraintes budgétaires. Les marques ont souvent du mal à définir mon métier, à se rendre compte du temps de travail nécessaire pour concevoir une scénographie et la produire. Or pour des lancements de produits, les budgets grimpent vite et le scénographe doit passer un temps fou à suivre le chantier. Du coup, lorsque les budgets sont serrés, le scénographe peut se voir embarquer dans des missions assez physiques : louer une camionnette pour aller chercher les matériaux, porter et installer soi-même les éléments de décor, démonter l’installation…

Qu’est-ce qui te plait le plus dans ce métier ?

La liberté de pouvoir choisir les projets sur lesquels je travaille et le fait d’apprendre de nouvelles choses en permanence. Mes missions sont très variées, je suis en contact avec plein de corps de métiers différents (ébénistes, sound designers, fleuristes…). Je n’ai vraiment pas le temps de m’ennuyer.

Quelles qualités doit avoir selon toi un bon scénographe ?

Un scénographe doit savoir faire preuve d’humilité car comme je l’ai expliqué plus haut, il faut rester à sa place pour ne pas écraser la marque avec laquelle il collabore. Et puis, il faut être logique, vif et réactif. Les délais pour proposer ses idées et les mettre en oeuvre sont courts, très courts. Au début, c’est très angoissant mais cela devient rapidement une gymnastique. Enfin, il faut être ouvert, regarder ce qui se fait ailleurs, voyager, aller voir des expos pour trouver de nouvelles inspirations en permanence et pouvoir concevoir des scénographies vivantes et originales, tout en respectant l’histoire de la marque.

Il faut être logique, vif et réactif. Les délais pour proposer ses idées et les mettre en oeuvre sont courts, très courts. Au début, c’est très angoissant mais cela devient rapidement une gymnastique.

Lucie Coudurier en quête d’inspiration - Gaëtan Lanzani, Paris

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Photo by WTTJ

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