La loi de l’attraction : miracle ou arnaque ? On a testé pour vous !

La loi de l'attraction : est-ce que cela fonctionne vraiment ?

Chaque année, une nouvelle méthode de développement personnel revient à la mode. En magasin, les manuels qui nous promettent une vie plus heureuse et plus saine envahissent les étalages. Sur Youtube, des chaînes de spécialistes du bien-être nous abreuvent de vidéos aux noms évocateurs tels que “les secrets pour un miracle morning réussi”, “la méthode des 5 secondes pour être plus productif”… Aujourd’hui, c’est la loi de l’attraction qui s’est hissée en pôle position dans mon feed TikTok. Des personnes magnifiques et certainement très riches racontent face caméra comment elles sont parvenus au succès en se concentrant sur les pensées positives. Me sentant prête à devenir riche et accomplie, j’ai donc décidé de goûter à mon tour cette “recette de la réussite”.

La loi de l’attraction : le topo

Commençons par faire le point sur ce concept à cheval entre l’ésotérisme et le développement personnel. On mentionne pour la première fois la loi de l’attraction dans l’ouvrage Isis dévoilée de la philosophe russe Helena Blavatsky, dans la deuxième moitié du 19e siècle. L’occultiste évoque déjà le pouvoir de l’attraction dans l’univers : « Si vous essayez d’embrasser dans l’unité d’une simple loi tous ces corps et leurs mouvements, si vous cherchez le mot qui explique, dans ce vaste panorama de l’univers, cette harmonie prodigieuse, où tout semble obéir à l’empire d’une force unique, vous prononcez une parole pour l’exprimer, et vous dites : attraction ! » La pensée new-age qui affirme que l’énergie positive attire le positif est ensuite développée dix ans plus tard par le journaliste et écrivain Prentice Mulford dans son essai La loi de la réussite. Puis, elle est largement démocratisée par le best-seller Le Secret de Rhonda Byrne (Éd. Un monde différent, 2006).

Attention, si la loi de l’attraction n’est en aucun cas basée sur des recherches scientifiques, elle stipule qu’en adoptant une attitude positive, nous attirons des choses positives. Pour la pratiquer, notre routine quotidienne doit s’enrichir de dizaines d’exercices qui favorisent les croyances positives sur nous-même et donc favorisent notre bon karma. En fait, la loi de l’attraction, c’est un peu comme la méthode agile de l’ésotérisme : un concept très vague qui comporte plein d’exercices tout aussi nébuleux. La seule différence, c’est qu’elle n’est pas vantée par Félix, scrum Master dans une start-up, mais par Alan qui revient d’un stage de transe en Inde. Un des exercices les plus connus consiste à choisir un mantra positif qu’on se répète tout au long de la journée pour s’en imprégner. Par exemple : « Je suis capable de dire “non” », « Je suis à l’aise dans mes relations professionnelles », « Je suis capable de demander cette augmentation ». C’est ce qu’on appelle des affirmations positives.

Ce n’est pas tout. Pour que nos désirs se réalisent, nous devons aussi visualiser le succès et l’état émotionnel dans lequel il nous plongerait. En gros, si vous voulez être très riche et vous expatrier à Dubaï, il suffit de vous dire que vous pouvez attirer cette opportunité en vous imaginant faire du quad dans le désert ou bouffer un steak recouvert d’or. Et surtout, penser à quel point cela vous comblerait de bonheur. Après, viennent s’ajouter d’autres exercices aussi exotiques que la gratitude, qui repose sur le fait de remercier une personne ou le monde de nous offrir quelque chose (un toit, un magnifique coucher de soleil…), la méditation ou encore les tableaux de vision (comme des “moodboard” de nos rêves)…

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Une phénomène en vogue

Avant de passer au test, une question s’impose : comment expliquer le succès de la loi de l’attraction ? Si celle-ci n’est basée sur aucune étude scientifique, pourquoi tant de personnes adhèrent à ces principes ? Pour Yves-Alexandre Thalmann, psychologue, professeur et auteur, cela s’explique par la capacité d’action personnelle que comporte la loi de l’attraction : « Elle donne une part de contrôle aux gens. Ça les persuade de gagner en agentivité, c’est-à-dire que ça leur donne le sentiment d’être acteur du monde. » Le petit plus : tous ces contenus qui nous incitent à embrasser la loi de l’attraction sont marketés comme des “secrets” qui conduisent à coup sûr au bonheur. Ils utilisent les mêmes mécanismes que ces e-books qui veulent nous vendre « une méthode simple, accessible à tous et qui ne nécessite aucune compétence pour devenir riche grâce à Internet ». On nous intrigue, on nous appâte, on nous fait l’honneur de nous mettre dans la confidence (même si elle a un prix). Et pas n’importe laquelle puisque ce secret va vraiment changer notre vie quand les autres, eux, resteront à la ramasse ! Si nous ne sommes pas séduits à cette étape, les témoignages de personnes “dont la vie a changé grâce à la loi de l’attraction” sur les réseaux sociaux et dans les livres achèveront de nous convaincre malgré leur vacuité.

La pression actuelle sur la réussite personnelle et professionnelle explique l’intérêt grandissant de cette théorie : « La quête de réussite est évidemment nourrie par les réseaux sociaux, analyse Sarah Bezençon, psychologue. Mais je pense que cet attrait pour la loi de l’attraction est aussi lié à un besoin de retour vers le spirituel dans nos vies. Alors que la religion recule, le développement personnel et le courant du “self-help” gagnent du terrain pour donner de nouvelles lignes de conduite… » Okay, maintenant que nous y voyons plus clair, place au test.

Le test

J’aimerais bien vous dire que j’ai testé la loi de l’attraction pendant trois semaines, mais j’ai vite réalisé que certaines pratiques faisaient déjà partie de ma vie avant même de lancer dans cette expérience. Et c’est certainement notre cas à tous. Qui ne s’est jamais dit : « Tu vas y arriver, tu vas y arriver » avant une présentation ou un examen ? « Profite de ce moment car il est beau » pour profiter de l’instant présent ? Ou qui ne s’est jamais imaginé en train d’annoncer une super nouvelle à ses proches pour se la péter ? Personnellement, j’aime bien me projeter dans mon job de rêve ou en train d’avaler des brochettes bœuf fromage. J’adore aussi scénariser des conversations que je pourrais avoir pendant que je prends ma douche ou aux toilettes. Bref, on a tous déjà un pied dedans (dans la loi de l’attraction, pas dans les toilettes).

Cette fois-ci en revanche, je me suis prêtée à l’expérience avec plus de rigueur en m’attaquant surtout aux affirmations positives. Même si en consultant des listes d’affirmations possibles, toutes m’ont semblé assez bâteau, certaines, plus proches de mes besoins, m’ont interpellé : « Je fais du mieux que je peux », pour ne pas me mettre trop de pression les jours où j’avais beaucoup de choses à faire ; « je contemple ce qui m’entoure et j’en apprécie la beauté » pour mieux profiter de mes week-ends, « j’attire de nouvelles opportunités », parce qu’il faut bien tenter, et enfin : « Je suis fiable et je termine toujours ce que je commence ». Chaque jour donc, devant mon miroir et tout au long de la journée, je me suis répété ces différents mantras. Voilà ce que j’en ai tiré.

Des affirmations qui maintiennent nos intentions

Commençons par le positif, car oui, même si j’étais sceptique, ce test a tout de même eu du bon. D’abord, le principe de répéter une affirmation positive a le mérite de nous rappeler notre objectif. Parce qu’on a beau se lever chaque matin, bien déterminé à devenir une meilleure personne, cette intention a tendance à s’effriter au cours de la journée jusqu’à totalement disparaître le soir venu. Les affirmations positives agissent donc comme des piqûres de rappel. Quand je sens que j’ai envie de procrastiner, hop, je me rappelle que « je suis fiable et je vais au bout des choses ». Mais il n’y a rien de magique à cela ! « Les affirmations peuvent maintenir notre intention en nous rappelant de rester concentrés sur nos objectifs, confirme Sarah Bezençon. D’ailleurs, en hypnose, on travaille beaucoup sur ce mécanisme. En aidant les personnes à accéder à un niveau de conscience plus vaste, on peut notamment leur éviter de s’auto-saboter ».

Bon, il me paraît tout de même important de nuancer le résultat : ma vie n’a pas radicalement changé, mais les affirmations m’ont plutôt aidé à aller au bout de petites tâches qui trainaient sur ma to-do list depuis des mois ou à me rassurer sur mes compétences.

Une aide à l’identification de nos besoins ?

Un autre point positif des affirmations positives : elles nous donnent l’occasion de sonder quotidiennement nos propres besoins. Pour choisir l’affirmation à adopter tout au long de la journée ou même sur une période, demandez-vous « Dans quelles ressources vais-je devoir puiser pour affronter le monde ces prochains jours ? » Ai-je besoin de courage, de patience, de bienveillance, d’énergie ? Non seulement nous anticipons mieux, mais en plus « cela nous aide à mettre des mots sur nos objectifs et à clarifier ce que l’on veut, pose Sarah Bezençon. Si on se rend compte qu’on choisit une affirmation qui sonne faux, ça peut nous amener à revoir nos objectifs. » Plus nuancé, le psychologue Yves-Alexandre Thalmann questionne tout de même ce bienfait : « Je vois bien que mes patients savent quels objectifs ils souhaitent atteindre dans la vie, et ce, sans avoir besoin d’une quelconque méthode… » Passons aux maintenant aux critiques…

Déni et culpabilité

Pendant ce test, il y a des jours où me répéter ces affirmations positives me semblait absurde. Pourquoi ? Car le décalage avec ma perception de la réalité était trop grand. J’avais presque envie de me moquer de moi-même, de me traiter de bonne poire qui essaye de s’auto-convaincre qu’elle est géniale alors qu’elle se sent nulle (eh oui, on a tous des jours sans !). Dans ces moments-là, les affirmations positives empiraient mon état parce que je concentrais mon attention sur tout ce que j’avais raté. Car pour moi, se dire qu’on est fiable alors qu’on n’a pas envoyé ce mail, fini cette tâche ou repoussé un rendu, c’est ce que j’appelle être dans le déni.

C’est tout le danger de la loi de l’attraction. « Tout ne dépend pas de nous dans la vie, explique Yves Alexandre Thalmann. Je ne pense pas que la guerre en Ukraine résulte de pensées négatives de la part du peuple ukrainien… Pourtant, on risque de se tenir responsable d’avoir pensé négativement s’il nous arrive de mauvaises choses. Avec la loi de l’attraction, on ouvre en grand la porte de la culpabilité ! » Aussi, pour le psychologue, se répéter qu’on est génial alors qu’on se sent mal serait un peu comme quand on fait un dîner avec des amis, qu’on sait qu’on a complètement raté notre plat, mais que tout le monde nous dit que c’est délicieux, « ça remue le couteau dans la plaie ! ». À l’inverse, je suis surprise de voir certaines personnes remercier la loi de l’attraction plutôt que s’autocongratuler dès qu’un succès pointe le bout de son nez… Alors que si on a eu une promotion, un nouveau job, un gros chèque c’est surtout le fruit de notre travail, non ?

Globalement, cette positivité à toute épreuve imposée par la loi de l’attraction m’a rapidement lassé. Les émotions négatives étant proscrites car susceptibles d’attirer le négatif, il faut faire taire notre dark side ! Compliqué pour moi puisque je fais partie de ceux qui pensent que l’énervement, la frustration, la jalousie, ou encore la tristesse ne peuvent pas et ne doivent pas être ignorés. Que le chaos, la disgrâce ou l’incertitude nous donnent des indices sur notre état et nos besoins. « En tant qu’êtres humains, nous sommes traversés par des mouvements intérieurs, pose Sarah Bezençon. Il nous arrive d’aller mal, et il faut en prendre acte car il n’y a rien de productif à faire semblant de se sentir bien ! Je dirais même qu’il y a une forme de violence envers soi à ne pas le reconnaître. » Voilà pour moi un des plus gros défauts de la loi de l’attraction.

Le problème du passage à l’action

Aussi, comme les exercices de la loi de l’attraction misent uniquement sur la puissance de notre pensée, ils sont de fait inefficaces. Après trois semaines de test, je suis convaincue qu’il me faudrait plus que quelques affirmations positives pour m’extraire de mon “je-m’en-foutisme” ou de la procrastination. Je dois m’entourer de personnes qui me boostent, mieux m’organiser, me coucher tôt… Les actes doivent suivre les paroles ! La psychologue et professeure allemande Gabriele Oettingen a largement contribué à mettre en lumière ce travers de la pensée positive. Dans le cadre d’une étude, celle-ci avait demandé à un premier groupe de penser aux objectifs qu’ils voulaient atteindre en visualisant avec précision la réussite (le principe de la loi de l’attraction donc), au second de penser aux obstacles qui les empêchent d’atteindre ses objectifs, et enfin au dernier de visualiser la réussite mais aussi les obstacles potentiels ainsi que des moyens de les surmonter. Devinez quel groupe a atteint ses objectifs ? Le dernier ! Et ce, quel que soit l’objectif fixé : rencontre d’un partenaire, nouvelle opportunité professionnelle, examen… « C’est bien d’avoir confiance en soi, mais pour aller au bout de son intention, il faut adapter son comportement et sortir de la pensée magique », insiste Yves-Alexandre Thalmann. « Les affirmations ne suffisent pas si on ne met pas en mouvement une dynamique. Il y a un principe de réalité auquel il faut se soumettre », abonde Sarah Bezençon.

La psychologie avant tout

Vous l’aurez compris, le bilan sur la loi de l’attraction est plus que mitigé. Si on peut même parler de loi de l’attraction… Selon Yves-Alexandre Thalmann : « La loi de l’attraction est une fake news, il n’y a pas de débat ! Ce concept est basé sur quelque chose que la psychologie scientifique n’a jamais validé. Ça reste du développement personnel. » Finalement, pour évoluer et être en accord avec soi-même, n’aurions-nous pas plutôt intérêt à nous intéresser à la psychologie plus qu’au développement personnel ?

Pour Sarah Bezençon, la loi de l’attraction n’est cependant pas incompatible avec la psychologie : « On peut piocher quelques éléments intéressants dans les principes de la loi de l’attraction. La gratitude, notamment, est un exercice très recommandé en psychologie positive. Globalement, je pense qu’il faut encourager ce désir de confiance en soi, de résilience. Il est aussi bon de se projeter dans une situation qui nous fait rêver… Mais il faut proscrire la culpabilité parce qu’elle peut nous piéger. » En effet, mieux vaut se détourner des “recettes miracles” du bonheur et commencer à se creuser la tête à la place. Et pour que cette introspection ait du sens et Yves-Alexandre Thalmann estime qu’il est nécessaire de se faire accompagner par un professionnel !

Quant à moi, je laisse définitivement la loi de l’attraction derrière moi. Ni plus heureuse, ni plus malheureuse qu’avant, ce concept me paraît tout simplement inutile. Des centaines de livres, de vidéos Youtube, d’articles pour finalement apprendre qu’il faut… croire en soi ? Bravo, on a inventé l’eau chaude !

Article édité par Romane Ganneval
Photo de Thomas Decamps

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