Julie Chapon, co-fondatrice de Yuka, l'appli qui scanne notre alimentation

Interview de Julie Chapon (Yuka) : challenges et avenir

Yuka est une appli’ qui nous permet de connaître en un scan la composition des produits que nous mangeons ou mettons sur notre corps. Résultat : on achète ce qu’il y a de meilleur pour nous et on évite les additifs nocifs. L’appli’ vient de passer la barre des 5 millions d’utilisateurs alors qu’elle n’existe que depuis janvier 2017.

Nous avons rencontré Julie Chapon, en charge de la communication de Yuka depuis le lancement de l’appli’. Il y a deux ans, elle flairait à juste titre le potentiel de Yuka, projet fraichement imaginé par deux frères développeurs, ses associés aujourd’hui. Elle nous explique son rôle, garante de l’image de l’appli’, mais aussi son parcours et ce que cette expérience lui apprend.

Quel âge as-tu ? Que faisais-tu avant de rejoindre Yuka ?

J’ai trente ans. J’ai un parcours assez classique. J’ai fait mes études à l’EDHEC, une école de commerce à Lille. Comme je ne savais pas trop ce que je voulais faire, j’ai commencé par travailler dans le conseil pour pouvoir faire différentes missions dans différentes entreprises. J’accompagnais des grands groupes comme la SNCF, GRTgaz, Europe Assistance dans des problématiques de transformation digitale. Je me disais que ça allait m’aider à savoir ce que je voulais faire.J’ai fait ça pendant cinq ans, mais finalement, ça ne m’a pas forcément aidé à trouver ma voie.

Comment es-tu passée du conseil à Yuka ?

Alors que je me remettais en question professionnellement, j’ai croisé la route de deux frères, François et Benoît, qui sont mes deux associés actuels. Ils avaient déjà commencé depuis deux ou trois semaines à travailler sur une idée de scan de code-barres de produits. Ils s’étaient inscrits au hackathon food de la Gaîté Lyrique en février 2016 et m’ont proposé de les aider à y participer. C’est à ce moment-là qu’on s’est rendu compte qu’on bossait bien tous les trois. Ça a été le début de notre aventure.

Etais-tu particulièrement sensible aux problématiques sur la nutrition avant de travailler avec Benoît et François ?

Oui, j’ai toujours fait attention à ce que je mangeais, je me suis toujours pas mal renseignée sur le sujet. Mais en commençant ce projet, ça a été exponentiel. J’ai commencé à écrire des articles sur le sujet et plus je me renseignais, plus ça me plaisait. C’est aussi pour ça que j’ai lancé le blog Yuka.

Comment se sont passés les débuts ? Quels étaient vos rôles à chacun ?

On a gagné le hackathon de la Gaîté Lyrique, ce qui nous a un peu lancés et on a développé l’appli’ pendant toute l’année 2016 : les garçons s’occupaient de la partie tech, moi j’ai commencé à construire la communauté et toute la communication autour du projet. À l’époque, on faisait ça en parallèle de nos boulots. Le programme de Ticket For Change que nous avons fini fin 2016 a été le déclic pour nous lancer à temps plein. L’application a officiellement été lancée en janvier 2017.

Comment as-tu fait pour construire la communauté Yuka avant même que l’appli’ ne soit disponible ? Sur quoi as-tu misé ?

Très tôt, on a créé le site web et les internautes pouvaient s’inscrire à notre newsletter pour être au courant du lancement de l’application et de l’évolution des maquettes. Puis sur notre blog, j’ai rapidement publié un article par semaine sur la nutrition. On n’a jamais laissé notre communauté sans nouvelles !

Pour nous faire connaître des journalistes, je reconstituais leurs adresses mail et je leur écrivais des mails très personnalisés. C’est comme ça que j’ai décroché deux ou trois grosses communications dès le début qui en ont entraîné plein d’autres par la suite.

De manière générale, j’ai choisi de communiquer autour du projet, de l’équipe, mais surtout autour de son sens. L’appli’ n’est pas un simple outil, c’est un vrai projet global qui participe à l’amélioration de l’industrie alimentaire. C’est un projet engagé.

De manière générale, j’ai choisi de communiquer autour du projet, de l’équipe, mais surtout autour de son sens.

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Qu’est-ce qui te plait dans cet engagement ?

On a un réel impact sur la consommation des utilisateurs, on ressent un vrai changement chez eux. On reçoit entre 200 et 300 messages quotidiens dans lesquels ils nous racontent qu’ils n’achètent plus tel produit, qu’ils ont changé leur façon de consommer, certains nous disent même qu’ils ont perdu du poids. On observe aussi des améliorations dans la composition des produits car certains additifs sont enlevés. On ne s’attribue pas ce changement, mais on y contribue !

On est également fier notre programme nutrition, disponible sur notre site, qui aide notre communauté à adopter des habitudes alimentaires plus saines en dix semaines avec des conseils, des recettes, un accès à un nutritionniste. C’est d’ailleurs ce qui nous permet de nous autofinancer. À l’avenir, le cœur du business model est de monétiser l’application et de développer des fonctionnalités premium.

On reçoit entre 200 et 300 messages quotidiens dans lesquels les utilisateurs nous racontent qu’ils n’achètent plus tel produit, qu’ils ont changé leur façon de consommer, certains nous disent même qu’ils ont perdu du poids.

Yuka rend visible la nocivité de certains produits. Comment as-tu géré la réaction des grandes marques ?

On a eu beaucoup de chance, on a eu très peu de mauvaises réactions, pourtant, tout le monde nous avait mis en garde. Au début, les grandes entreprises nous ont laissé faire car personne ne nous connaissait. Et ensuite, elles n’ont pas eu le choix…

Aujourd’hui, nous avons des rapports cordiaux avec les marques, même celles dont les produits sont mal notés. Comme on travaille en open source, certaines marques qui veulent fiabiliser leurs informations nous les envoient directement. Mais on est complètement indépendants, donc on a aucun partenariat avec les marques et sur l’appli’ aucune d’elles n’est privilégiée.

Selon toi, à quoi devez-vous votre succès ?

Je pense que c’est parce qu’on ne s’est pas demandé ce qu’on pouvait inventer, on s’est demandé à quelle problématique on pouvait répondre. Et c’est aussi surement parce qu’on est arrivé au bon moment, le facteur chance a joué.

On vit à une époque où la préoccupation des consommateurs pour ce qu’ils mangent et ce qu’ils mettent sur leur corps est vraiment de plus en plus forte. Cette préoccupation a été, en plus, alimentée par différents scandales autour de l’industrie agroalimentaire. Il y a quelques années, on ne se préoccupait pas autant de la composition des produits ! L’application répond à un vrai besoin actuel.

Le design de l’appli’ y est également pour quelque chose. François, notre CTO, est un passionné de design. Il a eu à cœur de créer un produit hyper beau, épuré, facile. Notre appli’ est assez simple et agréable à utiliser. Il n’y a pas mille fonctionnalités et on ne traite pas mille sujets. Mais chaque chose qu’on fait, on essaye de le faire bien. Je pense que c’est ce qui fait notre force.

Je pense que c’est parce qu’on ne s’est pas demandé ce qu’on pouvait inventer, on s’est demandé à quelle problématique on pouvait répondre.

Avez-vous eu des moments plus compliqués dans le développement de Yuka ?

Au début on a mal géré l’argent, on a fait des dépenses inutiles. On avait racheté une base de données quelques milliers d’euros qui ne nous a jamais servie car elle était moyennement exploitable.

Quels sont tes challenges au quotidien ?

C’est vraiment d’avoir une organisation ultra efficace et quasi-militaire, d’être un peu une machine. Parce qu’on est une petite équipe, j’ai plein de sujets à gérer. Aujourd’hui, les garçons s’occupent du développement de l’appli’ donc moi, je m’occupe de la comm’, du blog, du recrutement, du service client. Je dois donc très bien m’organiser pour tout piloter et trouver les bonnes personnes pour bien déléguer.

Qu’as-tu appris de cette aventure entrepreneuriale ? Quel conseil aimerais-tu donner à ceux qui veulent se lancer ?

Qu’il ne faut pas penser que parce qu’on n’a pas les « compétences », on ne peut pas y arriver. Je sortais du conseil où je n’avais aucune compétence pour lancer une start-up. Je n’aurais jamais pensé de toute ma vie faire ça, mais les compétences s’acquièrent. Je ne savais pas faire et j’ai appris !

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Photo d’illustration by WTTJ

Philippine

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